Grenade est un petit archipel composé, outre l’île principale, de plusieurs petites terres éloignées d’une quarantaine de kilomètres. L’une d’elle se nomme  : ‘l’île ronde’. Nous décidons de nous y rendre afin de jouer aux Robinson puisqu’elle n’est habitée que par une quinzaine de familles de pêcheurs dans son sud. Le mouillage se trouvant au nord nous serons seuls. En quelques heures de voile nous y arrivons sous un magnifique soleil de ce bel après midi d’aout. Seul un catamaran y est ancré. Par discrétion nous le laissons à plusieurs centaines de mètres dans notre sud. Notre pioche tombe sur un zone de sable fin et s’y enfonce à la première sollicitation. Nous assurons le mouillage en tirant fort sur la chaine le moteur en marche arrière. Il tient bien aucun danger donc.

Nous nous trouvons dans un décor de carte postale. Une grande baie couverte d’eau cristalline ceinturée au trois quart par une plage de sable blanc elle même bordée par une foret inextricable de palmiers. Exactement l’image que l’on se fait d’un mouillage de rêve et nous avons la chance de nous y trouver à bord de notre voilier. Nous laisserons passer le temps et les jours à lire,nager et dormir. Puis, finalement lassés de ne rien faire  nous organisons une première plongée avec nos bouteilles. Ce n’est pas simple car seuls en cet endroit, nous n’avons  pas de sécurité pour nous aider en cas de besoin. Le plus dangereux pour nous est de nous voir emporter par le courant sans possibilité de rejoindre Fleur de Lys. Nous décidons donc de traîner notre annexe derrière nous durant toute la durée de nos évolutions et de ne nous éloigner du voilier qu’ à contre courant.

Nous n’avons pas bien choisis le site car les fonds ne sont pas extraordinaires. Quelques poissons et gorgones peuplent cet espace sans plus.  Nous sommes loin des myriades d’organismes marins qui colonisent les fonds de la mer rouge ou nous avons plongés de nombreuses fois. Un groupe de gros rochers de la taille d’un bel immeuble surgit de l’eau à quelques centaines de mètres de notre mouillage. Nous y plongerons la prochaine fois .

Le soir, une yole de pêche nous aborde gentiment. Les trois pêcheurs qui  y travaillent nous proposent du poisson que nous refusons poliment n’en étant pas friands et donc consommateurs uniquement en cas de nécessité… Ils parlent pidgin, un mélange d’anglais et de français très difficile à comprendre pour nous.  Tout en buvant une bière que nous leur avons offerte, ils nous informent qu’ils habitent le sud de l’île et nous invitent à les rejoindre quand nous le voulons pour visiter le village et rencontrer les autres habitants. Ils nous confirment également que nous pouvons rester ici sans danger le temps que nous voulons car ils surveillent discrètement qu’il ne nous arrive rien de fâcheux. Être les bienvenus en terre étrangère est vraiment bien agréable.

Après une bonne semaine d’isolement nous sommes heureux de voir arriver une voile à l’horizon suivie de trois autres. Wakamé mouille son ancre à deux pas de nous accompagné par trois catamarans de leurs amis. Nous fêtons dignement nos retrouvailles à l’aide du rhum local. La soirée se prolonge dans la douceur des températures un peu moins chaudes de la nuit. Quel chance de nous trouver ici. Au moment de regagner ma bannette je dois bien constater que si le mouillage est calme je suis victime d’un roulis assez vicieux induit par l’ingestion des petits punchs locaux. Heureusement le breuvage était de qualité et c’est assez en forme que j’ouvre les yeux sur une nouvelle journée le lendemain.

Je regarde les enfants de nos amis belges jouer dans l’eau le long de la plage en compagnie de Christophe. Ils sont entourés par une douzaines de pélicans noirs qui ne semblent en aucun cas gênés par leur présence pour vaquer à leurs occupations. Ces oiseaux volent en cercle cherchant visiblement du poisson. Une fois une victime repérée, ils tombent en chute libre vers la surface de l’eau où au lieu de pénétrer hydrodynamiquement, ils s’affalent ridiculement dans un splash de bande dessinée. Mort de rire, je reste une bonne trentaine de minutes à contempler ce spectacle inédit.

Je décide alors de m’approcher. En maillot, je quitte Fleur de Lys à la nage et m’approche des enfants et donc des pélicans. Surprise ! Les volatiles n’acceptent pas ma présence. En guise de défense  ils m’encerclent et me bombardent de leur fientes sous les éclats de rire de ma progéniture épargnée. Aucun doute possible, Si les oiseaux tolèrent la présence des petits d’hommes ils n’acceptent pas les adultes dans leur territoire.  Je suis contraint de retourner à bord.