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Monthly Archives: décembre 2013

Le Grand voyage de Fleur de Lys : 12 ème épisode

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Nous profitons d’être ensemble pour organiser une plongée autour du groupe des fameux rochers prometteurs. Nous serons quatre couples de plongeurs répartis dans trois annexes pour y rejoindre un petit renfoncement et nous y amarrer. C’est alors que nous manœuvrons pour embarquer tout monde à bord de Wakamé que nous passons à un cheveu de la catastrophe. Nous sommes six à bord d’un seul dinghie lorsque arrive le second piloté par une des plongeuse. Elle en perd malheureusement le contrôle à pleine vitesse et nous fonce dessus. Je comprends immédiatement que cela va être gravissime. Nous sommes coincés sur l’annexe entre les deux flotteurs du catamaran et ne pouvons donc même pas nous laisser couler dans l’eau. Elle arrive sur nous, moteur à plein régime, c’est la fin. A la dernière seconde elle parvient dans un geste désespéré à faire demi tour,mais ce n’est que pour mieux revenir encore plus vite. J’imagine les morts et les blessés ici, à des heures de tout secours… Heureusement, juste avant de nous percuter,cette fois encore, elle parvient à refaire demi tour et enfin elle comprend qu’elle inverse les gaz. Quand elle croit les diminuer elle les met à fond, et l’inverse. Le drame n’aura pas lieu et après une copieuse engueulade causée par notre stress nous rions de l’accident évité de justesse. Ouf !

Je plonge avec mon équipière favorite, Véronique. C’est le ravissement. Ici les fonds sont vierges et magnifiques. Explosion et exubérance de la vie sous-marine. Coraux, éponges, algues, poissons, tortures marines et requins. Toute la faune et la flore sont au rendez-vous. Sous l’eau la visibilité dépasse les trente mètres et durant une petite heure nous profitons du spectacle magnifique des fonds marins en Atlantique. La nature est ici aussi belle qu’en Égypte. Une fois tous ensemble pour le débriefing l’enthousiasme est général et nous projetons une nouvelle plongée demain.    La nuit tombe, je m’endors doucement bercé par la petite houle qui entre malgré tout dans notre baie. Vers deux heures du matin le réveil est très douloureux. Jamais de ma vie je n’ai ressenti une  douleur aussi vive. Je comprends tout de suite qu’elle est causée par une pierre aux reins. Chaque seconde qui passe semble durer une éternité. Je me rue sur les antis-douleur sans même réussir à atténuer celle-ci. Inutile de réveiller Véronique car à cette heure de la nuit  elle ne pourra rien faire pour moi. La navigation pour sortir de la baie où nous sommes est trop dangereuse sans visibilité.  Il faut attendre le jour pour lever l’ancre et nous diriger vers l’hôpital le plus proche qui se trouve à quatre heures d’ici. Chaque seconde semble une éternité . J’arrive à avoir un instant de répit en mettant sur mes reins une compresse brulante. Toutes les minutes j’accomplis ce geste.

A l’aube je secoue Véronique un peu ébahie par tant d’impatience. Heureusement elle ne met pas longtemps à comprendre l’urgence de la situation et tandis que je me réfugie sur ma couchette elle réveille Christophe et appareille le plus vite possible.

Enfin nous faisons route. Je me tords de douleur dans ma bannette mais suis un peu encouragé par la perspective de recevoir des soins dans quelques heures. Véronique prévient par radio  la marina afin qu’un taxi m’y attende pour me conduire à l’hôpital. Elle s’y amarre fièrement sous les yeux ébahis des locaux qui n ‘ont pas souvent l’occasion d’assister à une aussi belle manœuvre effectuée par une jolie brune sur un joli voilier. Pour ma part, une fois le moteur arrêté je me rue dans le taxi sans demander mon reste et lui demande de mettre pied au plancher vers la terre promise, la clinique locale. Au passage il m’a fallu choisir la destination : ‘Hôpital publique gratuit mais où je devrai subir plusieurs longues heures d’attente avant d’être présenté à un médecin ou hôpital privé dont la file d’attente sera réduite mais la facture certainement beaucoup plus chère ? La douleur intense me fait donner l’ordre au taxi de foncer ventre à terre vers le privé.

En un quart d’heure nous y arrivons et j’y suis reçu immédiatement par un médecin. La douleur  est trop intense et la morphine n’agissant pas, il me propose de m’hospitaliser afin de m’assommer avec des drogues encore plus efficaces ce que j’accepte immédiatement. Une fois la chambre prête on m’allonge sur le lit, me met une voie intraveineuse  et enfin, avec un grand sourire, l’infirmière m’injecte le produit salvateur. Je suis à présent dans les nuages, je vole et ne souffre plus.

Pour aider cette pierre à franchir le canal ou elle s’est bloquée je suis copieusement réhydraté par baxter ce qui pour résultat de me faire courir vers la salle de bain toutes les cinq minutes pour uriner. Durant la nuit, à chacune de mes visites, j’ai l’obligation d’assister aux centaines de cafards surpris par la lumières de l’insomniaque qui se dispersent et font sauve-qui-peut en direction des interstices entre les murs et le plancher.

La soirée et la nuit me voient me lever sans que la pierre responsable de ma douleur,la coquine, ne se trouve piégée par le filtre mis en place par le service médical. Néanmoins le lendemain matin, n’ayant plus mal, le docteur me propose de retourner sur le voilier et d’y surveiller le passage de cette fameuse pierre. Je retourne donc à bord . Je n’aurai plus de douleurs mais appliquant avec sérieux les recommandations du corps médical, la responsable se trouvera finalement piégée une quinzaine de jours plus tard dans le récipient ad-hoc. Depuis je bois plusieurs litres d’eau par jour pour éviter de revivre cette situation.

Septembre défile lentement en navigations locales, repas à bord des voiliers amis, visites en tous genres, séjours à la marina et orgies de mangues au prix imbattable d’un euro les vingt … Nous surveillons l’évolution des conditions météorologiques tous les matins et tous les soirs par internet et admirons de loin les cyclones hebdomadaires se déplaçant sur l’Atlantique lorsque l’un d’eux attire notre attention : il se dirige droit sur nous. Nous décidons de ne pas rester dans la marina car celle-ci, bordée de constructions, est trop exposée aux objets volants éventuels. Nous partons donc nous abriter dans ce que l’on appelle un « trou à cyclones ». C’est une baie, de préférence de faible profondeur et bordée de buissons épais, ne s’ouvrant à la mer que d’un seul côté protégé par une barrière de corail qui empêche la houle cyclonique d’entrer . Cette houle cyclonique qui ne manquera pas de se former lors de l’approche du phénomène est très destructrice par le fait qu’elle va nous faire tirer inlassablement sur nos ancres. A la longue celles-ci risquent de déraper voir de rompre ce qui nous entrainerait inexorablement vers les rochers et donc à la perte de notre navire. Une vingtaine de voiliers et deux yachts à moteur y sont déjà ancrés. Nous choisissons très soigneusement la position où nous mouillons car une fois que le vent se lèvera nous ne pourrons plus en bouger. La baie est très jolie et totalement isolée d’habitations ce qui nous met à l’abri de projectiles lorsque la tempête sera là. Nous sommes prêts et n’avons plus rien d’autre à accomplir qu’à attendre. Nous tuons le temps en visitant le refuge à l’aide de notre annexe et rendons visite aux voisins.

Tous les matins nous observons que les parents de trois des voiliers présents envoient leurs enfants à l’école en dinghies,parcourant une dizaine de kilomètres par des chenaux pour ce faire. Ce sont des voyageurs arrivés il y a plusieurs années qui ont stoppé là leur périple et se sédentarisent. Cela a un côté un peu pathétique car leurs voiliers sont de moins en moins en état de naviguer et ressemblent à une charrette sur laquelle on aurait entassé un épouvantable fatras. C’est un peu à la décadence du voyageur égaré que nous assistons. Par chance nous captons une connexion internet qui nous permet de surveiller l’évolution de la situation plusieurs fois par jour. Il n’est par contre pas très agréable de vivre dans l’angoisse d’une possible catastrophe et je ne parviens pas à penser à autre chose.

Après quelques jours, le phénomène météorologique ayant la bonne idée de faire route au nord, nous remontons la pioche pour nous rendre au mouillage de Saint-Georges. Nous y resterons encore quelques temps avant de constater qu’il  n’y a plus de tempêtes tropicales quittant l’Afrique. La saison est terminée, nous pouvons en toute sécurité remonter vers la Martinique dès que nous le voulons. Fin septembre approchant et notre amie Marianne venant nous rejoindre fin octobre, nous décidons de retourner à notre camp de base.

Nous profitons une dernière fois de nos amis du voilier Wakamé. Nous ne les verrons plus car ils partent bientôt pour la Colombie ayant le projet de passer Panama pour se rendre en Polynésie,ce qu’ils effectuerons avec succès.

En fin d’après-midi nous levons les voiles en direction du nord. Nous passons lentement le long du navire de nos amis, eux et nous  au garde à vous sur le pont. Les larmes coulent doucement. La douleur est très  profonde et sincère. La vie du voyageur est faite de belles rencontres, d’intimité et malheureusement de séparation. .

Qu’est il préférable ? Quitter des gens que l’on a appris à aimer ou n’avoir jamais fait de rencontre afin de ne pas connaître la douleur ?

*** La nuit tombe. Nous profitons de la mer relativement calme . Il reste une vingtaine d’heures avant le baston. Le vent est retombé et ne porte plus complètement le gréement ce qui génère de nouveau beaucoup de bruits insolites et parfois inquiétants des voiles qui battent dans le vide lorsque Fleur de Lys, après avoir été couché par une vague se redresse. Je suis partagé entre l’excitation et la crainte. Durant cette journée j’ai minutieusement vérifié tout ce qui peut l’être sur le navire. De la commande du gouvernail aux haubans du mât en passant par les pompes permettant d’étaler une voie d’eau, tout est en ordre. Nous avons répété plusieurs procédures d’urgence et chacun connaît sa tache et ses responsabilités en cas d’abandon du navire.

Cela dit, l’équipage est serein et  si je me passerais bien volontiers de vivre une telle expérience je suis aussi très excité à son approche car la curiosité est très forte. Même si nous ne les voyons pas, il est certain que d’autres voiliers doivent se trouver dans le même système météo que nous. Il serait amusant de repérer l’un d’eaux, aussi j’analyse attentivement l’image radar. Personne !

Si Eole continue à dormir comme il le fait nous allons être obligés d’appuyer notre marche au moteur pour éviter de rouler et tanguer comme un bouchon abandonné. Il n’y a par contre aucun doute possible sur l’ampleur du phénomène qui nous rattrape. Nous pourrions être trompés par les calmes qui nous entourent mais pas par l’ampleur de la houle qui grossit d’heures en heures. Bien qu’il soit difficile la nuit d’évaluer leur hauteur, les vagues doivent atteindre plus de quatre mètres à présent. Nous croisons beaucoup de physalies, méduses de couleur violette et venimeuses dont une voile gonflée dépasse de la surface ce qui la rend capable de naviguer contre le vent. J’en dénombre presque une toute les trente secondes qui vient caresser notre coque. J’essaye de ne pas me projeter à la nuit prochaine, celle de tous les dangers.

Le Grand voyage de “Fleur de Lys” 11 ème partie

Par

Grenade est un petit archipel composé, outre l’île principale, de plusieurs petites terres éloignées d’une quarantaine de kilomètres. L’une d’elle se nomme  : ‘l’île ronde’. Nous décidons de nous y rendre afin de jouer aux Robinson puisqu’elle n’est habitée que par une quinzaine de familles de pêcheurs dans son sud. Le mouillage se trouvant au nord nous serons seuls. En quelques heures de voile nous y arrivons sous un magnifique soleil de ce bel après midi d’aout. Seul un catamaran y est ancré. Par discrétion nous le laissons à plusieurs centaines de mètres dans notre sud. Notre pioche tombe sur un zone de sable fin et s’y enfonce à la première sollicitation. Nous assurons le mouillage en tirant fort sur la chaine le moteur en marche arrière. Il tient bien aucun danger donc.

Nous nous trouvons dans un décor de carte postale. Une grande baie couverte d’eau cristalline ceinturée au trois quart par une plage de sable blanc elle même bordée par une foret inextricable de palmiers. Exactement l’image que l’on se fait d’un mouillage de rêve et nous avons la chance de nous y trouver à bord de notre voilier. Nous laisserons passer le temps et les jours à lire,nager et dormir. Puis, finalement lassés de ne rien faire  nous organisons une première plongée avec nos bouteilles. Ce n’est pas simple car seuls en cet endroit, nous n’avons  pas de sécurité pour nous aider en cas de besoin. Le plus dangereux pour nous est de nous voir emporter par le courant sans possibilité de rejoindre Fleur de Lys. Nous décidons donc de traîner notre annexe derrière nous durant toute la durée de nos évolutions et de ne nous éloigner du voilier qu’ à contre courant.

Nous n’avons pas bien choisis le site car les fonds ne sont pas extraordinaires. Quelques poissons et gorgones peuplent cet espace sans plus.  Nous sommes loin des myriades d’organismes marins qui colonisent les fonds de la mer rouge ou nous avons plongés de nombreuses fois. Un groupe de gros rochers de la taille d’un bel immeuble surgit de l’eau à quelques centaines de mètres de notre mouillage. Nous y plongerons la prochaine fois .

Le soir, une yole de pêche nous aborde gentiment. Les trois pêcheurs qui  y travaillent nous proposent du poisson que nous refusons poliment n’en étant pas friands et donc consommateurs uniquement en cas de nécessité… Ils parlent pidgin, un mélange d’anglais et de français très difficile à comprendre pour nous.  Tout en buvant une bière que nous leur avons offerte, ils nous informent qu’ils habitent le sud de l’île et nous invitent à les rejoindre quand nous le voulons pour visiter le village et rencontrer les autres habitants. Ils nous confirment également que nous pouvons rester ici sans danger le temps que nous voulons car ils surveillent discrètement qu’il ne nous arrive rien de fâcheux. Être les bienvenus en terre étrangère est vraiment bien agréable.

Après une bonne semaine d’isolement nous sommes heureux de voir arriver une voile à l’horizon suivie de trois autres. Wakamé mouille son ancre à deux pas de nous accompagné par trois catamarans de leurs amis. Nous fêtons dignement nos retrouvailles à l’aide du rhum local. La soirée se prolonge dans la douceur des températures un peu moins chaudes de la nuit. Quel chance de nous trouver ici. Au moment de regagner ma bannette je dois bien constater que si le mouillage est calme je suis victime d’un roulis assez vicieux induit par l’ingestion des petits punchs locaux. Heureusement le breuvage était de qualité et c’est assez en forme que j’ouvre les yeux sur une nouvelle journée le lendemain.

Je regarde les enfants de nos amis belges jouer dans l’eau le long de la plage en compagnie de Christophe. Ils sont entourés par une douzaines de pélicans noirs qui ne semblent en aucun cas gênés par leur présence pour vaquer à leurs occupations. Ces oiseaux volent en cercle cherchant visiblement du poisson. Une fois une victime repérée, ils tombent en chute libre vers la surface de l’eau où au lieu de pénétrer hydrodynamiquement, ils s’affalent ridiculement dans un splash de bande dessinée. Mort de rire, je reste une bonne trentaine de minutes à contempler ce spectacle inédit.

Je décide alors de m’approcher. En maillot, je quitte Fleur de Lys à la nage et m’approche des enfants et donc des pélicans. Surprise ! Les volatiles n’acceptent pas ma présence. En guise de défense  ils m’encerclent et me bombardent de leur fientes sous les éclats de rire de ma progéniture épargnée. Aucun doute possible, Si les oiseaux tolèrent la présence des petits d’hommes ils n’acceptent pas les adultes dans leur territoire.  Je suis contraint de retourner à bord.

Le Grand voyage de “Fleur de Lys” 10 ème partie

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Nous entrons dans la baie de Saint-Georges, à Grenade. Une trentaine de voiliers y sont déjà ancrés. Comme nous ils viennent s’y abriter des cyclones éventuels. Nous sommes mi-aout et la saison bat son plein, à  présent. Une fois par semaine nous assistons à la formation d’un de ces phénomènes sur le continent africain et ensuite à sa traversée de l’atlantique. Heureusement, jusqu’à présent ils changent tous de trajectoire juste avant d’atteindre les Antilles et vont se perdre en mer vers le Nord.

Le pays est très accueillant, les formalités d’entrées sont expédiées en un clin d’œil et pour une sommes dérisoire. Visiblement nous sommes les bienvenus. Grenade est une île anciennement sous domination Britannique qui a été envahie par les États-Unis sous un prétexte fallacieux peu après qu’elle aie accédé à son indépendance  La politique très sociale qui y était menée ne plaisait pas … Les soldats américains sont repartis depuis longtemps non sans y légitimer un gouvernement qui correspond à leur propres opinions  mais le pays reprend petit à petit une indépendance politique. La population antillaise y parle anglais et un patois local.

Nous devrions habiter cette région jusque mi-octobre pour autant qu’une tempête tropicale ne nous en déloge pas. Notre plan de bataille prévoit que nous restions pas plus de quelques jours au même mouillage et que nous allions tous les quinze jours passer une nuit en marina y refaire les pleins d’eau, effectuer notre lessive, ré-avitailler et laver le voilier. Nous nous installons au mouillage de St Georges, à dix minutes en annexe du ponton de débarquement se trouvant juste devant la capitale.En plein centre ville. Toutes les nationalités sont ici à l’ancre. Des Français, des Belges, des Anglais, des Néerlandais, des Finlandais etc… Chacun vaque à ses occupations … nous recevons quelques visites et papillonnons d’un voilier à l’autre pour lier des liens. Nous retrouvons avec plaisir le sloop belge Pauwke dont j’ai parlé plus haut. Bob y est en pleine forme et nous initie aux coutumes des environs. Il nous donne également les bons et les mauvais plans.  Nous profitons volontiers de ses connaissances dues à sa présence de plusieurs années dans les Antilles.

L’exploration commence par des visites de sites remarquables. Ils sont nombreux.
De sources chaudes en soufrières en passant par la forêt tropicale nous n’aurons pas le temps de nous ennuyer. Sans compter que les fonds marins sont encore en partie préservés et nous réservent de belles surprises. Comme le service de bus est inexistant les habitants se déplacent en taxis collectifs. Ce sont presque tous des camionnettes Toyota capables d’emporter sept personnes mais souvent surchargées de huit occupants supplémentaires. Les uns sur les genoux des autres nous profitons de ce moyen de transport très efficace et peu onéreux puisque un trajet d’une dizaine de kilomètres ne coute que près d’un euro par personne.

Partout nous ne rencontrons qu’une population aimable et désireuse de ne pas entacher la réputation de leur beau pays. Ce dernier est pauvre mais sans misère excessive comme c’était malheureusement le cas à Sainte Lucie. Il n’y a pas les problèmes d’alcool et de drogue qu’il y avait là bas et la police est peu présente et bon enfant. Nous voyons que la violence est très peu fréquente. Nous entendons à la radio que l’on félicite chaleureusement les habitants du déroulement d’une grande fête locale qui n’a engendré aucun incident.

Une autre caractéristique locale est de ne ni arnaquer ni voler les touristes. Nous payons partout les même prix que les locaux et il serait très mal vu par les autres habitants de molester quelqu’un ici. En fait nous sommes considéré comme les autochtones, et n’avons ni plus ni moins de droits que la population. C’est très agréable et cela s’explique en grand partie par une politique volontaire d’accueil mais aussi par le fait que les voiliers charters sont absents de cette île car trop éloignée des bases de locations. Les habitants ne sont donc pas submergés de  ‘ touristes à la semaines ‘ parfois mal élevés et se comportant souvent très maladroitement.

Nous achetons nos fruits et légumes dans la rue à des marchands ambulants. Une sac d’une dizaine de mangues ne coute qu’un euro. Les tomates sont à bon prix et le fruit de l’arbre à pain est pratiquement gratuit. Nous recherchons en vain du chocolat belge dont le sevrage nous est difficile. Dans les grandes surfaces, à part une myriade de sauces différentes, il n’y a que peu de choix dans les denrées. La viande y est surgelée et de très mauvaise qualité. Nous ne prendrons pas de poids .  La seule viande fraîche que nous trouvions est du poulet. En fait des ailes de poulet… Par contre les magasins nous octroient dix pour cent de remise sur notre simple réputation de grands voyageurs à la voile et apportent nos achats gratuitement jusqu’à notre annexe. De temps en temps nous sommes interpellés par un nécessiteux qui nous demande de lui acheter du savon et des protéines ; ce que nous faisons bien volontiers même si nous mêmes n’avons que très peu de moyens.

Nous nageons souvent car les températures sont très élevées, incommodantes de onze heures à seize heures. Fleur de Lys a la coque bleue ce qui est un gros désavantage par ce temps ensoleillé.  

Après quelques jours nous levons l’ancre pour nos rendre à Prickly bay, située à deux heures de voile d’ici. Nous pensions arriver dans une jolie rade bien calme. Une fois arrivés nous sommes contraints de tenter de nous faufiler dans ce qui ressemble à  un hlm pour voiliers américains. Ces équipages des usa  viennent en fait se réfugier ici durant la saison des tempêtes qui sévit en Floride. En novembre ils retourneront  vers les États-Unis pour y passer l’hiver. Nous constatons avec tristesse qu’ils ne se mélangent pas et vivent terrorisé de tout imprévu qui pourrait se produire. Nous nous sentons presque des intrus dans ce lieux et avons le plus grand mal à trouver une place où mouiller. Ces voiliers ne bougeront pas d’un pouce les deux mois que nous vivrons ici.

Une nuit dans cette baie suffit à nous convaincre de ne revenir que pour nous y protéger d’un éventuel coup de chien. Nous partons donc.

Nous naviguons vers l’extrême sud de Grenade. Il s’y trouve en effet un chantier naval qui a très bonne réputation et auquel nous allons demander si ils ne disposent pas de temps pour sortir de l’eau Ercolausa,  le sloop de nos amis   qui se trouvent à Trinidad pour le moment. Bien que balisée par les propriétaires du chantier, l’approche de la petite anse ou il est situé est difficile et très dangereuse; la mer y déferle et je n’ose imaginer ce qui se passerait en cas de gros temps.  Nous y jetons l’ancre parmi cinq autres navires et nous rendons à terre au bureau de l’entreprise. Les gens y sont charmants mais ils ne manquent pas de travail et nous annoncent qu’il n’est pas possible d’accéder à notre demande avant un gros mois, ce qui ne convient pas à nos collègues qui resteront donc à Trinidad pour y effectuer tous les travaux nécessaires à la maintenance de leur joli voilier. Nous partons en exploration et à cette occasion nous avons la réponse à une question que nous nous posions depuis notre arrivée dans les Caraïbes. Tous les jours, à la nuit tombante, commence un concert dont la musique ressemble à celle que produiraient un milliards de sauterelles en goguette.
Or nous avons interrogé la population Martiniquaise à ce sujet sans obtenir de réponse satisfaisante. Marchant les long d’un déversoir, nous entendons en plein jour le joli son inconnu. Curieux, nous approchons du bord pour constater que ce magnifique vacarme est joué par des myriades de minuscules grenouilles qui ne mesurent pas plus d’un centimètre du museau au bout de la queue qu’elles n’ont pas … Nous continuons notre promenade heureux d’être un tout petit peu moins ignorants.

Fleur de Lys ayant besoin d’être nettoyé nous nous rendons dans la marina de St Georges . C’est un endroit ultra moderne dirigé par un personnel local bien au fait de ce genre de travail. Nous y sommes amarrés le long d’un quai prévu pour accueillir les super yachts de plus de trente mètres. Notre sloop y paraît minuscule et bien vulnérable. Nous retrouvons avec grand plaisir le couple formant l’équipage d’un joli  voilier tout jaune rencontré aux Canaries.
A ma grande surprise, par des températures de plus de trente degrés, la skippeuse est en train de façonner un bonnet de grosse laine au tricot. J’ hallucine ? Non, ils sont grands parents pour la première fois et vont rendre visite à leur descendance dans quelques jours. Nous nous saluons chaleureusement. Comme je leur demande des nouvelles du chien qu’ils avaient à bord aux Canaries, j’apprends que ce n’était pas le leur. Le capitaine d’un bateau voisin, propriétaire de ce chien avait dû rentrer en France d’urgence pour des raisons médicales graves. Ils s’étaient gentiment proposé de servir de nounou jusqu’à son retour, sans se douter que ce troisième équipier devrait passer finalement  deux mois à bord.

Nous faisons la connaissance d’un catamaran belge ‘ Wakamé’. Ils sont six. Parents  accompagnés de leurs quatre enfants de sept à quinze ans. Ils se sont rendus propriétaires de ce voilier en Martinique afin de rejoindre la Polynésie, ayant le projet d’y revendre le navire et rentrer en Belgique . Ils se sont donnés deux années pour ce voyage.

Très vite nous nous lions d’amitié. Christophe donne quelques conseils informatiques à Daniel, le skipper, et devient finalement inséparable de l’équipage de Wakamé. Séparé de jeunes de son âge depuis plus d’un an, il est ravi de pouvoir renouer des relations autrement que par internet . Toute la journée il joue le rôle de frère aîné.

Nous profitons de ces quelques jours en marina pour repartir en exploration. Nous sommes invité à une marche locale. Nous laçons nos meilleures bottines de quinze lieues pour nous rendre au lieu de rendez-vous. Une association y organise cette activité tous les quinze jours afin de favoriser le sport à Grenade. Arrivant à bord d’un taxico nous constatons qu’une joyeuse bande de drilles est déjà présente. Si nous ne sommes pas dans le peloton de tête nous emprunterons des chemins battus par plusieurs centaines de marcheurs avant nous. Nous écoutons attentivement les consignes et nous inscrivons dans la section ‘ débutants’ puisque nous sommes ici pour la première fois.

Le responsable de l’organisation a le privilège d’accueillir chaleureusement les nouveaux mais aussi, celui nettement moins agréable de devoir boire une bière locale dans la chaussure d’un de ces novices. Dès l’heure de départ prévue atteinte, il profite  de la puissante sonorisation pour demander à ces  nouveaux de se faire connaître. Nous nous abstenons de nous dénoncer afin d’épargner nos bottines… Le départ est donné après les obligatoires discours des politiques. Après seulement vingt minutes de suivi minutieux du parcours balisé par des confettis,  nous constatons que nous revenons au point de départ. Déjà ? Eh oui, les débutants sont ici vraiment débutants. Nos glorieuses bottines de marche, embarquées depuis la Belgique ne serviront pas à grand chose, une fois de plus. Repassant par le bureau d’inscription nous y recevons un diplôme certifiant que nous avons perdu notre virginité de non- marcheurs. Pas chère payé cette initiation ! Nous retournons à bord pas du tout fatigués mais très amusés par cette locale expérience.