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Monthly Archives: novembre 2013

Le Grand Voyage de “Fleur de Lys” 9 ème partie.

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Les jours puis les semaines défilent. Notre vie s’organise entre farniente, navigations d’une vingtaine de milles, visites du pays en bus et pied, recherche de nourriture, natation et plongée sous-marine. Sans oublier les contacts avec nos amis en Belgique et les visites aux autres voyageurs dans les mouillages.

Nos lieux de prédilection en Martinique sont les anses d’Arlet pour les joies de la natation et de la plongée sous marine que nous pratiquons depuis une dizaine d’années Véronique et moi. Une trentaine de voilier y sont ancrés en permanence dont quelques grands voyageurs avec qui nous lions amitié.

Nous y faisons aussi la connaissance d’un ketch de 14 mètres : ‘You Min’. son couple de propriétaire se tâte pour savoir si oui ou non ils vont partir en grand voyage avec ce navire. Nous échangeons souvent avec eux et poussons pour qu’ils remontent leur ancre et quittent leurs habitudes avant de ne plus jamais avoir le courage de partir.

Les plongées aux Anses d’Arlet sont parmi les plus belles de la région. Les coraux y sont encore en bonne santé et la sur-pêche locale n’y a pas encore décimé toute la faune. Nous nous y rendons bouteille sur le dos grâce à notre annexe surchargée. Nous l’amarrons à une bouée de pêche et plongeons. L’eau est limpide, chaude et les fonds colorés. Nous y descendons jusqu’à une trentaine de mètres de profondeur juste avant que les clubs de plongées n’arrivent. Les poissons y sont alors encore nombreux et en général nous avons le privilège d’ assister à leur recherche de nourriture. Une heure plus tard nous effectuons nos paliers de décompression et retournons à bord de Fleur de Lys nous nous prélassons le reste de la journée en siestes et lectures diverses.

Lorsque deux ou trois jours sont passés nous partons pour Fort de France. Au vent la capitale est distante de seulement huit nautiques. Nous parvenons à les effectuer en seulement trois bords. Le mouillage se trouve devant le Fort Saint Louis. En saison nous y avons dénombré plus de trente voiliers.

Il est toujours très spécial de se trouver à l’ancre devant une grande ville car le brouhaha du bourg contraste avec le calme de la mer. Mais Fort de France n’est pas une capitale très tranquille. Le pouvoir municipal en place organise beaucoup d’activités différentes tant culturelles que musicales pour ses concitoyens. Et les citoyens, justement, ne conçoivent pas d’écouter de la musique autrement que le volume poussé au delà de ‘à fond’…Tellement au delà que les sons sont souvent distordus  ce qui est triste pour la qualité d’écoute. Ambiance et acouphènes garantis, par contre.

De la capitale nous prenons tout un réseau de bus afin de visiter les sites remarquables. Autant le dire tout de suite, une vie ne suffirait pas à tout appréhender tellement l’île est belle et finalement diversifiée en paysages bien que tous volcaniques. Le service de bus est moyen et souvent en gréve. Nous sommes les seuls touristes à en tirer profits. Les chauffeurs très bourrus au premier abord  se plieraient en quatre ensuite   pour vous plaire. C’est une caractéristique locale que cette immense gentillesse cachée sous une très fine couche de grognerie. Un jour, prenant l’un de ces bus jusqu’à son terminus, son chauffeur apprend que nous nous rendons plus loin pour y débuter une promenade pédestre. Il n’hésite pas à parcourir trois kilomètres de plus pour nous y déposer. Nous n’avons absolument pas eu à le lui demander. C’est sa gentillesse naturelle qui reprend le dessus. Formidable Martinique !

C’est ici que nous avitaillons Fleur de Lys. Nous retrouvons les mêmes enseignes qu’en Europe mais les prix pratiqués sont en revanche de deux à trois fois plus chers. Nous laissons le voilier à l’ancre et nous rendons à pied vers les grandes surfaces. Le marché local est encore    nettement plus onéreux car les vendeuses y appliquent des tarifs différents en fonction de la couleur de votre peau. Vraiment dommage à constater mais c’est la réalité et un des mauvais côtés de cette région. Après quelques jours à Fort de France nous levons l’ancre en direction de la ville de Saint Pierre. Située à trois heures de navigation, elle est au pied de la montagne pelée, volcan célèbre qui a tué tous les habitants de la ville ( trente milles morts) lors de son explosion en 1902. A présent une petite dizaine de milliers de personnes ont reconstruits sur les ruines de l’époque ce qui permet de bien se rendre compte de la catastrophe tant les vestiges y sont encore nombreux.

Nous nous ancrons juste face au ponton local afin de ne pas devoir effectuer un trop long trajet avec notre petite annexe lorsque nous désirons nous rendre à terre. Le site est vraiment spectaculaire d’autant que la journée le vent dévale les pentes du volcan et vient violemment frapper la dizaine de  navires qui tirent fortement sur leurs ancres.

De notre mouillage nous n’avons que trois minutes de dinghie en direction du large à effectuer pour plonger sur une célèbre épave coulée lors de la catastrophe du début du siècle dernier.

En effet, un voilier d’une grosse centaine de mètres, le Roraima, était à l’ancre presque à l’endroit ou nous sommes lors du phénomène volcanique. Il a coulé par soixante mètres de fond. Nous nous y rendons régulièrement au petit matin pour y profiter des rayons de soleil qui viennent le caresser doucement malgré la profondeur importante. La température de l’eau, cristalline,  atteignant presque trente degrés j’y plonge sans aucune combinaison.

Nous avons exploré cette épave couverte de coraux et squattée par un grand nombre de poissons divers une bonne dizaine de fois sans incident. Nous sommes équipés de bouteilles de dix litres gonflées à deux cents bar ce qui nous permet de rester une trentaine de minutes à la profondeur de quarante cinq mètres et de disposer ensuite d’air en suffisance pour une lente remontée en sécurité et les paliers de décompressions dont la durée peut atteindre une grosse vingtaine de minutes.

A Saint Pierre également, les journées sont douces et tranquilles. En dehors de la pongée et des promenades nous paressons doucement à bord. Christophe prépare ses cours de huit heures à midi tous les jours ouvrables en vrai petit fonctionnaire tandis que je lis, dors et lis encore. L’obscurité tombe vite sous les tropiques. Vers 18h00 la pénombre nous envahit suivie par la nuit. Nous soupons juste avant celle-ci car je n’aime pas manger dans le noir. En général je tombe dans les bras de Morphée vers vingt heures pour m’en extraire à sept. Presque un tour de l’horloge de sommeil. Mais je me réveille toutes les deux ou trois heures quelques minutes le temps de contrôler que tout va bien à bord.
J’écoute et surveille les bruits de la nuit. Un son inhabituel me fait immédiatement me lever et vérifier la position du voilier et la tenue de l’ancre. Le dérapage incontrôlé étant le plus grand des dangers qui nous guettent lorsque nous sommes au mouillage. Tandis que je paressais, justement, j’aperçois un gros dinghie à la dérive. Je l’observe le temps de m’assurer qu’il n’y pas un nageur au bout de son amarre qui s’en sert comme bouée géante. Je ne vois personne autour et décide dont d’aller le chercher avec notre annexe. Une heure plus tard j’entends des bruits sur le ponton à terre. Les propriétaires sont de retour et très paniqués de ne plus retrouver leur bien. Nous leurs faisons des signes et assurons leur transport jusqu’à bord d’où, soulagés, ils repartent vers leur ketch ancré à quelques dizaines de mètres.

De mouillage en mouillage les semaines puis les mois passent.

En avril, alors que nous sommes en route pour le Marin depuis fort de France, le vent est aux abonnés  absent  côté caraïbes, ou nous sommes. Nous avons le temps et nous aimons la voile. Au lieu de naviguer au moteur nous nous éloignons des côtes pour y chercher une meilleure brise.

Cette décision toute simple va avoir un grand impact sur la vie de deux personnes. Nous sommes seuls au large, remontant le peu de vent que nous avons trouvé en configuration ‘ tout dessus’ . Nous apercevons deux objets loin sur notre droite. Véronique décrète que ce sont des noix de cocos ce dont je ne suis pas du tout certain. Même à l’aide de jumelles je ne parviens pas à identifier ce que j’observe. Curieux, je dévie notre course. Stupeur ! Ce sont deux plongeurs. Un couple  qui a été entraîné par le courant. Au moment où nous arrivons la femme, en panique, est déjà en train de boire un peu la tasse alors qu’elle dispose de son gilet de plongée dont elle peut évidemment se servir comme moyen de flottaison aussi à la surface. Nous manœuvrons et affalons de manière à les embarquer. Nous prévenons ensuite les autorités locales qui sont ravies. En effet, ces plongeurs étaient recherchés par leur club mais pas au bon endroit. Sans notre passage inopiné il est probable que l’on ne les auraient jamais retrouvés car une fois au large on dérive très vite encore plus loin.

Du marin nous partons vers Sainte Lucie pour y acheter des légumes. Nous déplacer à la voile ne coute rien et ils y sont trois fois moins cher qu’ici. De plus nous avons le temps.

C’est à l’ancre dans la baie du Marigot que je décroche l’iridium. Ckool, de retour en Martinique après une visite plus au sud? nous informe que la courroie de distribution de leur moteur ayant cassée, ce dernier est  à remplacer. Le chantier naval du Marin leur annonce un cout de plus de huit milles euros pour tout réparer. Vu le modèle de moteur embarqué sur leur voilier déjà assez ancien, je suis révolté par cette vraie tentative d’escroquerie et leur propose notre aide qu’ils acceptent bien volontiers. Nous retournons donc illico en Martinique et les y rejoignons à l’ancre aux Anses d’Arlet. Après expertise le moteur est réparable assez facilement. Ils commandent les pièces en France et deux semaines plus tard, et cinq cents euros en moins, tout est réparé par eux en suivant mes indications. Ouf ! Ils entament le long trajet de retour dans quelques jours. Nous penserons souvent à eux.

Nous profitons de notre présence dans l’anse pour rendre un visite de courtoisie à nos voisins du voilier You Min.You Min est un ketch en acier d’une vingtaine d’années. ses propriétaires, à présent jeunes pensionnées, l’occupent depuis une dizaine d’années, travaillant en Martinique.  Ils nous proposent de naviguer de concert vers le nord afin de rejoindre les Iles Vierges britanniques à plusieurs jours de navigation d’ici.
L’idée semble bonne mais je suis partagé. En effet, la saison des cyclones approche à grand pas et il n’est pas vraiment sécurisant de nous rendre inutilement vers le nord alors que en cas de problème la survie de notre matériel nous imposera de nous protéger en nous rendant  le plus près possible de Trinidad, c’est à dire au Sud. De plus, en été les alizés vont fléchir au Sud Est ce qui va singulièrement nous compliquer le trajet du retour.

Néanmoins, fin Mai nous acceptons de les accompagner. Nous caboterons d’île en île jusque là.

Première étape : La Dominique où nous nous ancrerons le premier soir sans mettre pied à terre, toutefois. Nous la visiterons plus tard lors de notre voyage retour.

Le lendemain nous approchons des ‘ Saintes’ au sud de la Guadeloupe. Après une très belle journée de navigation au largue, c’est un vrai bonheur d’entrer dans ce minuscule archipel de quelques îles.
Celle que nous abordons est habitée de blancs…Nous n’avons plus l’habitude d’autant qu’ils utilisent les mêmes bateaux de pêche et les même techniques qu’en Martinique. Seule la couleur diffère. C’en est presque comique. Nous y resterons deux jours à l’ancre et visiterons la minuscule terre. Si la région est belle le tourisme de masse et le comportement des touristes a bien perverti certains habitants qui sont habitués à l’argent facile et n’ont plus aucun sens de la mesure. On voit des cahutes mal fagotées ou l’on vend une limonade à plus de cinq euros. Triste !    On y loue également des cyclomoteur à la journée au prix de l’or en oubliant de signaler aux touristes que l’ensemble du réseau routier ne mesure que moins de cinq kilomètres et qu’ils en auront fait le tour en moins d’une demi heure. Cela dit,la vue depuis le sommet de l’île vaut le détour et nous en profiterons pour tirer quelques belles photos de notre voilier et de celui de nos amis.
Les deux étapes suivantes nous portent au Nord de la Guadeloupe où je me sens de plus en plus mal à l’aise.

En effet, le cap retour sera Est Sud-Est. Or,alors que nous voguons vers le nord ouest les alizés tournent justement à l’est sud est. Contrairement à la majorité des équipages dans la région, je n’ai aucune envie de naviguer au moteur pour rentrer en Martinique. Sans compter que remonter le vent et la mer au moteur est une dure punition et nous met à la merci du moindre problème mécanique toujours possible. Je décide cependant de continuer et de naviguer encore ensemble, You Min et nous, jusqu’à l’île de Montserrat. La navigation de concert est agréable car nous avons tout le loisir d’observer nos voisins sous voiles. Et c’est vraiment un joli spectacle que de les voir tracer leur route à côté de la nôtre. Leur proue fend les flots avec puissance et grâce. Au milieu de l’après midi nous nous trouvons sous le vent des terres ce qui nous oblige à terminer notre trajet au moteur. Nous visons une baie au nord ouest, la seule encore praticable pour les voiliers de passage.

Le crépuscule approche à pas de loup. Nous sommes à l’ancre et la clarté nous autorise encore à  constater les immenses dégâts occasionnés par le réveil de son volcan en 1995. Les deux tiers de la population a quitté l’île depuis cette période tandis que ceux qui restent tentent de subsister à l’aide du tourisme qu’ils relancent doucement sur les quelques kilomètres carrés épargnés, ici au nord, la seule partie qui n’est pas envahie par les cendre volcaniques. Passer la nuit au mouillage dans un tel endroit est un peu surnaturel. Nous ne sommes que trois voiliers en tout, y compris nos amis. Le nuit sera agitée par les vagues levées par les vents catabatiques qui dévalent les pentes du volcan lorsque les parois de ce dernier se refroidissent à la faveur de l’obscurité. Fleur de Lys tire durement des bords sur sa chaine. Nous sommes au aguets du moindre indice nous permettant de croire que nous n’en sommes plus solidaires. Toute la nuit nous sommes secoués par des rafales atteignant parfois plus de trente cinq kts. Malgré que nous ayons mis une alarme nous signalant tout mouvement de plus de vingt mètres, je dors mal et vais régulièrement contrôler notre tenue. Ces levers nocturnes me permettent d’observer le volcan éclairé par la lave qui en sort encore.

Le lendemain, peut être un peu trop fatigué que pour y voir clair, je décide de faire confiance à mon instinct de prudence. Je vais annoncer à nos amis que je ne continue pas vers les îles vierges comme prévu. Ils sont un peu consternés, je le vois. Je suis triste de « manger ma parole »mais la santé du voilier passe avant toutes les autres considérations. Ils respectent notre décision mais je le sens chagrins. Dans tous les livres ont déconseille fortement de se trouver au nord de la Martinique à partir du mois de fin mai. Juin approchant je préfère y redescendre lentement.

Nous nous quittons donc un peu tristement. Eux partent vers le nord tandis que nous naviguons vers Point à Pitre où nous avons décidé de caréner notre voilier ce qui est bien nécessaire. Comme prévu la navigation est très dure vers la Guadeloupe puisque nous remontons la mer et le vent. Mais elle est vivifiante. 

Nous abordons le Nord du papillon que rappelle la forme du pays. Au centre se trouve la rivière salée qui marque en fait la séparation entre les deux parties de l’ile. La profondeur y atteint presque partout un peu plus de deux mètres sauf au début du chenal qui est ensablé sur une grosse centaine de mètres et ne permet plus le passage qu’aux unités de moins d’un mètre cinquante de tirant d’eau.

Nous voulons absolument, contre l’avis de locaux, tenter l’aventure de la traversée de ce canal naturel qui divise ce pays en deux entre la basse et la haute terre. Malheureusement le voilier ayant deux mètre de tirant d’eau il n’est pas possible, en théorie, de le franchir.

Mais, très décidés nous avons un plan. Puisque nous ne serons réellement bloqués que sur une petite portion d’un peu plus de cent mètres ou la profondeur ne sera pas garantie nous nous y échouerons volontairement. Ce que nous faisons joyeusement. Ensuite nous plongeons pour observer le résultat de notre échouage volontaire pour constater que la quille est enfoncée d’une trentaine de centimètres dans le sable. Nous portons alors une ancre à une cinquantaine de mètres à l’avant de la proue. Et … Nous attendons gentiment qu’un bateau à moteur local passe à côté de notre voilier. Comme ils naviguent à toute vitesse,  ils créent une grosse vague qui nous permet d’avancer de quelques mètres en tirant sur la chaine au bon moment avant de nous ré-échouer à nouveau.
Après le passage de la troisième vedette nous sommes à flots. C’est le sourire aux lèvres que nous remettons l’ancre à poste pour nous diriger vers Point à Pitre. Nous devrons malheureusement passer la nuit dans la mangrove car deux ponts levis enjambent la rivière. Ils n’ouvrent qu’à cinq heures du matin, une seule fois. Nous mouillons donc à quelques mètres du premier. Nous sommes seuls au monde …en compagnie des moustiques qui ne vont pas laisser passer une telle aubaine. Un trio d’idiots qui passent la nuit dans la mangrove ne se pointe pas tous les jours. C’est donc une vraie fête pour eux et je garderai les stigmates de cette nuit toute une année durant.

Au petit matin, allégés de quelques grammes de sang, nous reprenons notre route au moteur vers notre objectif. Les opérateurs des ponts étant arrivés bien à l’heure, à notre grand soulagement tellement nous ne désirions plus revivre une telle nuit sous les attaques en piqué des insectes vampires. Une fois arrivés dans la marina de Point à Pitre nous demandons les tarifs pour sortir notre voilier de l’eau. Ils sont raisonnables étant à peu près équivalents aux bons chantiers en Europe et quatre fois moins chers qu’au Marin. Ouf !

Nous sortons donc notre coque de l’eau pour un lifting bien utile. Nous la passons au nettoyeur haute pression afin d’enlever toutes les traces de l’ancien antifouling avant de la poncer légèrement pour favoriser l’accroche du primaire que nous allons d’abord appliquer. Les commerçants sur le terre plein sont plein de gentillesse et de prévenance malgré qu’ils aient bien compris que nous ne serons pas clients, effectuant tout nous même. Les uns nous conseillent, les autres nous prêtent des outils gratuitement … L’ambiance est totalement différente qu’en Martinique. Ici les commerçants sont commerçants et prêts à aider du mieux qu’ils peuvent les voyageurs très peu argentés que nous sommes.

Quatre jours seront nécessaires à nettoyer la coque et y appliquer cinq couches du cher antifouling. Travail de fourmis effectué en pleine chaleur sans le moindre vent pour nous rafraîchir. Une coque de voilier de quatorze mètres paraît infinie vue du dessous en compagnie d’un rouleau de peinture de quelques centimètres de largeur. Nous dormons sur Fleur de Lys la nuit malgré que nous soyons sur un ber. A cette occasion nous entendons souvent des rôdeurs à la recherche de maraude. Heureusement on nous a conseillé de monter l’échelle à bord une fois la nuit tombée pour éviter les visites nocturnes et de ne rien  laisser trainer que l’on ne veut se voir voler. Le chantier jouxte en effet un énorme bidon ville ou le niveau de vie est vraiment au plus bas. Certains de ces habitants n’ont pas d’autres solution que la rapine dans ce pays ou le chômage fait des ravages malgré le niveau de vie très élevé de certains.

Après cet épisode nous replongeons Fleur de Lys au bain-Marie que constitue presque la mer des caraïbes tant l’eau y est chaude en cet été approchant.  Il flotte sans présenter de fuites aux vannes. Ouf !

Sandra arrivant dans quelques jours nous voguons vers la Martinique non sans nous arrêter de nouveau aux Saintes.

Cette fois nous y rencontrons Pauwke , sloop de 33 pieds sur lequel Bob, le skipper belge néerlandophone parfait bilingue  bourlingue, sans date de retour, et navigue du nord au sud des caraïbes en fonction de la saison et de ses envies. En discutant autour d’un café avec lui nous obtenons un tas de renseignements intéressants sur l’ile de Grenade d’où nous admirerons les cyclones passant plus au Nord dans quelques semaines.

En quittant notre mouillage des Saintes nous passons à deux doigts de la catastrophe. Dans une passe étroite bordée de rochers notre hélice se prend dans un casier de pêche. Le moteur s’arrête et nous dérivons inexorablement vers ces rochers. Le naufrage approche. Heureusement à ce stade nous sommes bien entrainés et comme il n’est pas possible de lever une voile rapidement nous sautons sur le guindeau électrique afin de mouiller une ancre. Les fonds sont à vingt mètres. Toute notre chaine y passe mais Fleur de Lys met son étrave en direction du vent ce qui indique sans erreur possible que l’ancre accroche.  Nous prenons des amers pour vérifier si nous dérapons. Tout va bien, nous sommes provisoirement tirés d’affaire. Christophe qui s’équipait déjà  plonge afin de couper les bouts qui bloquent notre hélice. Une fois dégagée nous remettons en route pour hisser les voiles un peu plus loin et faire route en direction du Marin, en Martinique. Décidément, dans ce genre de voyage tout peut arriver à tout moment !

En aout, Sandra qui est ici depuis un mois se prépare à repartir. Mais avant elle va assister à un spectacle incroyable : «  la course de Yoles rondes ».

Les yoles rondes sont des pirogues d’une dizaine de mètres de long. elles ne sont ni pontées ni quillées. Dirigées par une douzaine d’équipiers qui font contre-poids grâce à des perches dépassant des cotés gauche et droit, elles peuvent remonter le vent à presque huit nœud. Chaque année une quinzaine d’équipe se mesure en effectuant le tour de la Martinique ce qui leur prend une semaine en naviguant des étapes d’une petite journée. L’évènement vaut ici le tour de France à vélo. Tout le monde veut le suivre et la radio locale lui est entièrement dévoué. Les Martiniquais louent tout ce qui peut naviguer pour suivre leur équipe favorite ce qui donne le spectacle d’un petite vingtaine de yoles entourées de plusieurs centaines de navires en tous genres. Catamarans, yacht à moteur, barquettes … Tout est bon du moment que ca flotte plus ou moins.

Une partie de la course se déroule le long de la côte sous le vent c’est à dire dans les eaux normalement calmes et protégées des caraïbes. Mais durant la compétition ces eaux sont tellement agitées par le passage des navires suiveurs  que certaines yoles y coulent .  Incroyable mais vrai ! Chaque soir l’arrivée ad lieu dans une baie différente. Les spectateurs y passent la nuit sur leurs yachts très souvent en surcharge. Ils  y dansent chantent et boivent jusqu’au petit matin. Le départ est donné à dix heures mais il n’est pas rare que les yoles se retrouvent seules en mer jusque midi, heure la plus matinale à laquelle les suiveurs ont réussi à se dégriser. Le spectacle est très coloré par les voiles différentes et nous assistons à une vraie fête populaire.
Je décide de placer stratégiquement Fleur de Lys à l’entrée de l’une de ces baies à deux jours de la fin de la compétition. Nous positionnons soigneusement notre ancre afin d’être à une bonne place tant pour assister à l’arrivée que pour nous trouver à l’endroit le plus sur pour ne pas nous voir percuter par les équipages de supporters en liesse.

Il est seize heures nous sommes fin prêts. Une myriade de petits points apparait à l’horizon. Ce sont eux. Les points colorés sont les compétiteurs tandis que les autres sont les spectateurs, vingt fois plus nombreux. L’eau s’agite de plus en plus, ils approchent. Nous entendons un mélange de musique, de bruit de moteur et de cris. Le volume sonore empire tandis que nous sommes à présent bien ballotés par des vagues d’un mètre. Les suiveurs font la course à la meilleure place pour passer la nuit. Nous sommes croisés par plusieurs centaines de yachts à moteur ou à voile mais naviguant au moteur. Nous sommes très impressionnés par l’ambiance folle de communion disparate qui règne à présent. Les derniers passent enfin une heure après le début des évènements et la mer se calme. Le bruit par contre restera assourdissant jusque très tard dans la nuit. Lorsque nous nous lèverons vers sept heures nous constaterons être les seuls éveillés et verrons passer les yoles alors que tout le monde dort encore.

La radio envoie une équipe à chaque étape. Elle y interview le maire qui parfois, dans un excès de lyrisme et de rhum transforme cette locale compétition  en ‘ championnats du monde des yoles rondes’.
Quelle fête !

Elle marquera le fin provisoire de notre séjour ici. Sandra étant retournée en Belgique nous partons vers le sud en destination de Grenade.

**Véronique tente de prendre les mails et les fichiers météos. Le bateau tangue et roule sous les effets de la mer qui grossit. L’ordinateur, posé sur la table à carte, ne demande qu’à ce débrancher de l’iridium ce qui nous oblige à recommencer toute l’opération de connexion à son début. Hors connexion nous positionnons Fleur de Lys sur une carte informatisée. Nous choisissons alors une zone pour laquelle nous désirons des informations météorologiques ainsi que la précision de ces données avant de brancher le pc au téléphone satellite et d’envoyer l’ordre de connexion. Plus les données demandées sont nombreuses plus la connexion sera chère et longue. Or,  il n’est pas rare d’avoir des coupures  parce que la couverture satellite est mauvaise à l’endroit où nous sommes. Dans ce cas  nous devons refaire toute la procédure. En conséquence nous sommes contraints de choisir  entre la demande de données très complètes qui nécessiteront une longue connexion avec les risques d’échec ou recevoir des informations plus succinctes mais qui demanderont moins de temps de connexion. Par expérience nous optons presque toujours pour la seconde solution.

Les fichiers reçus, il reste à les interpréter. Véronique vient me chercher dès que tout est prêt. A quelques heures de la tempête il n’y a plus de doute. Nous devrons étaler un vent de force onze qui lèvera au pire moment une mer de dix à douze mètres de hauteur. La bonne nouvelle est que ce vent   sera de direction ouest et nous gardera donc sur une route de rapprochement avec notre destination.

Il est temps, à présent de prévenir l’équipage du phénomène. .

Je profite d’un repas où nous sommes tous présents pour décrire la situation ainsi que les mesures de sécurité que nous allons à présent mettre en place pour y faire face. Je réalise à cette occasion combien nous sommes soudés. Tous nous font confiance, au voilier et à moi et acceptent mes décisions sans aucune objection. C’est très bon signe pour la suite car si nous nous retrouvons dans une situation désespérée il sera vital de travailler sans discuter sur les options que je serai amené à prendre. Pour ma part j’ouvre un livre que j’ai déjà lu dont le titre est : ‘ Survire en mer à un cyclone ‘ et le  referme aussitôt. C’est un peu trop déprimant et totalement inutile puisque je le connais par cœur. La peur revient. Pas vraiment la peur de mourir, mais celle de ne plus revoir nos enfants ou de perdre un équipier.

 Solitude …

Le grand voyage de Fleur de Lys : 8ème épisode….aux Antilles

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Après quelques jours consacrés au ré-avitaillement du navire nous planifions un peu notre vie des prochains mois. La Martinique se trouvant presque au centre de l’arc antillais nous la considérerons comme notre camps de base. Nos navigations d’une île à l’autre nous ramènerons donc ici. Et c’est dans cette île que nous nous imprégnerons de l’ambiance des Antilles et que nous tenterons de nous faire quelque amis parmi les habitants.

Nous retrouvons quelques voiliers rencontrés en Europe. Nos soirées, à l’ancre dans la magnifique baie des Anses d’Arlet nous permettront de découvrir le rhum local et surtout les différentes manières de le déguster. Tous les équipages ont des aventures diverses à raconter. Depuis les fortunes de mer aux joies des découvertes inattendues, personne ne regrette de voyager malgré les risques encourus.

Les conditions de navigations dans les Antilles sont faciles et agréables mais parfois musclées. Le vent, de secteur Est toute l’année, souffle en général de force quatre à cinq. Le mer est calme sous le vent des îles côté caraïbes tandis que, au vent, les vagues atlantiques venant du large sont parfois violentes.
Entre juillet et novembre sévit la saison des cyclones. Si il n’y a pas chaque année un grand cyclone qui dévaste la Martinique, le risque que le phénomène se produise est suffisamment important pour que nous allions nous protéger plus au sud durant cette période. Jusque il y a peu, La plupart des voiliers se rendaient au Vénézuela pour se mettre à l’abri. Malheureusement, depuis quelques années la sécurité n’y est plus du tout suffisante. Aussi nous choisissons Grenade, magnifique petit archipel juste au Nord du continent sud-américain comme option pour les mois d’aout et septembre.

Étant en fin janvier, nous avons largement le temps d’explorer la Martinique et les îles environnantes d’ici là. Mais avons d’abord l’immense joie d’accueillir l’équipage de Ckool qui termine sa transat par le mouillage où nous nous trouvons. Nous hurlons de joie à leur arrivée et buvons le champagne ensemble. Leur bateau mesurant quatre mètres de moins que le notre, ils ont plusieurs fois touché l’eau avec leur mât suite aux grosses vagues en travers. Ils ont eu de belles frayeurs et sont très soulagés de se retrouver en sécurité. Mais ils sont là … Dans quelques jours ils navigueront plein sud pour commencer l’exploration des Antilles en débutant par les Grenadines. Nous nous reverrons lors de leur passage vers le nord en avril lorsqu’ils débuteront le voyage de retour vers la méditerranée, leur bassin habituel de navigation.

Le temps … Nous avons l’immense luxe d’avoir le temps. Je me rends compte du privilège que nous nous nous sommes octroyé par la réalisation de ce voyage. Nous réservant deux années, nous disposons de plus de temps qu’il n’en faut et ne sommes donc pas forcés de visiter ce que nous désirons au pas de course. Nous ne sommes même pas obligés de faire des choix. Nous irons ou nous le voudrons quand nous le déciderons.


Pas de chance par contre car depuis notre arrivée la Martinique est soumise à une grève totale des dockers. Les magasins sont très peu achalandés, les chantiers de constructions sont à l’arrêt et toute la population ne parle que de cela. Nous expérimentons les joies de la vie insulaire totalement inféodée à l’approvisionnement extérieur. Nous admirons un immeuble de plus de trente étages où, à cause de cette grève, ne travaillent qu’une dizaine d’ouvriers accompagnés d’un grutier qui met une heure chaque matin à grimper au sommet de sa grue escaladant échelon après échelon. La somme de travail pour terminer l’ouvrage paraît titanesque au regard du peu de main d’œuvre disponible. En réalité les autres ouvriers sont au chômage technique puisque il manque de ciment suite à cette grève.

Sandra et Andy venant nous rejoindre pour un mois en Juillet, nous décidons de ne pas trop nous éloigner et de naviguer en Martinique et le long des côtes de Sainte Lucie jusqu’à leur arrivée dans cinq gros mois.

Sainte Lucie est une île indépendante mais anciennement sous domination britannique. On y parle anglais mais également français car dans son histoire elle a été parfois reprise par les Français. Elle est notre première destination des Caraïbes hors Martinique, notre camp de base. Nous y amarrons notre voilier dans la marina de Rodney Bay afin d’y accomplir les formalités d’entrées début février.
Nous ne mettons pas longtemps à comprendre que cette île présente peu d’intérêt pour les grands voyageurs que nous sommes devenus. Très pauvres, certains habitants vivent un peu mieux en pratiquant des tarifs prohibitifs sans aucune justification de service aux yachts de passage. Dommage d’autant qu’ils se tirent une balle dans le pied en faisant fuir l’immense majorité des clients potentiels avertis par les réseaux sociaux ou le bouche à oreille. Il ne leur reste que quelques pigeons qu’ils plumeront sans regrets mais qui se font de plus en plus rare avec l’explosion des moyens de communications. Nous resterons quelques jours dans cette marina où des vendeurs ambulants tentent de nous vendre des légumes dix fois plus chers que le prix normal. Des dealers viennent aussi régulièrement nous proposer de l’herbe. Pas pour nos vaches, pour nous !

Nous décidons alors de nous rendre dans la baie de Castries, capitale du pays. Nous y plantons notre ancre au milieu de trois immenses paquebots de plus de deux mille cabines. Étrangement, notre mouillage ici ne semble déranger personne. Nous semblons même plutôt les bienvenus. Au marché local nous sommes les seuls visiteurs étrangers. Aussitôt que les marchandes nous entendent parler français les sourires apparaissent. Je constate avec plaisir que nous y payons les même prix que les clients locaux. La population est francophile et situe même la Belgique dont elle a entendu parler en 2010 grâce aux cinq cents cinquante jours sans gouvernement qu’à connu notre pays.

Comme nous aimons les endroits improbables, nous restons. Un magnifique sloop japonais partage la place avec nous.

Et arrive le vendredi soir. Nous ne le savions pas mais le vendredi soir est jour de fête. En fait c’est un peu comme si la soupape de sécurité d’une machine à vapeur s’ouvrait. Vers 19h00 la musique surgit de partout. Éclectique mais très forte et de préférence très fausse. Ici on parle de «  friday nigths ».
Dans notre baie, nous sommes encerclés par les hurlements en provenance des enceintes des cafés locaux. Le niveau sonore est tel que nos tympans sont réellement en danger. Pour éviter des dégâts irréversibles  nous sommes contraints aux boules Quiès. Jusque tard dans la nuit toute la population est dans les rues à manger des brochettes en s’assourdissant de musique. Incroyable !

Le samedi matin le calme est revenu. Il ne reste que la montagne de détritus que les ouvriers communaux viennent ramasser avec sacs et pelles. La population reprend le train train quotidien visiblement impatiente du vendredi à venir. Une grande partie des habitants, très pauvres voir miséreux ne vit que pour cette soirée.

Un matin nous entendons que l’on nous appelle depuis un navire de croisière italien. Sortant la tête du carré,  nous apercevons un pavillon belge  flottant au vent d’une cabine d’un pont supérieur. Ce sont des belges en vacances qui nous ont repéré et nous saluent avec nos couleurs. Je ressens une drôle d’impression en pensant qu’ils sont à quelques jours de la Belgique alors que nous en sommes éloignés de plus d’un an. Décidément je souffre encore du mal du pays. J’ai beau être parfaitement heureux ici la nostalgie me guette à chaque étape de ce voyage.

Le samedi après midi suivant nous constatons que l’on effectue des grands préparatifs pour une autre fête. Y auraient-ils des ‘Saterday nigth’s'  ?

Non ! Cette animation est à l’occasion de la fête nationale. Des employés installent un camp retranché sur le terre plein juste en face de notre mouillage. Ensuite arrivent des gradins, de la sono ( encore) et des chaises.

La nuit tombe et nous assistons à un concert de musique classique. Le chef est Anglais. Et par tous les saints je jure qu’il ne connaît rien à la musique. Sous son égide tout l’orchestre, composé principalement de blancs locaux joue faux. Nous n’avions encore jamais entendu cela. Vraiment dommage car hors musique classique il y a évidemment des tas de bons musiciens ici.  Pourquoi n’ont-ils pas fait appel à des artistes et à de la musique locale ?

Curieux, nous tentons d’aller à terre. Nous n’y croyons pas vraiment car le premier ministre discourt face aux notables que sont les ambassadeurs étrangers et quelques industriels du même cru.

Avec notre annexe nous approchons tout doucement et silencieusement du quai. Les gardes nous ont aperçus et s’approchent.  Ils nous interpellent gentiment en anglais : «  voulez vous participer à notre fête nationale . » Comme nous répondons par l’affirmative ils nous invitent à entrer dans la zone protégée et nous voila en train d’écouter les paroles du tribun à quelques centimètres des VIP.

C’était vraiment très gentil de leur part. Rien ne les obligeaient, en effet, à nous laisser nous approcher. Nous constatons que la paranoïa qui lobotomise trop souvent nos autorité n’a pas encore sévit dans ce pays. Les officiers de police y sont encore capables et autorisés à prendre des initiatives. Nous assisterons ensuite à quelques danses locales suivies du plus grand feu d’artifice que je n’aie jamais vu. Toutes les autres expériences de ce spectacle auxquelles j’ai assisté en Europe sont des lancers de minuscules pétards mouillés par comparaison. Le ciel est enflammé dans un boucan constitué d’un mélange de sifflets des fusées ascendantes et d’explosions grandioses de la bombe à son zénith. Les scories descendant vers le sol donnent l’impression que nous sommes entourés de saules pleureurs fluorescents. Le phénomène dure plus d’une demi heure et enveloppe toute la région d’un brouillard odorant bon la poudre ne servant pas à tuer mais à admirer la beauté du mélange des couleurs.

C’est à peu près tout ce que nous visiterons de Sainte Lucie. Échaudés par la lecture de ce qu’en disait la célèbre navigatrice Annie Vandewiele et par ce que nous constatons par nos yeux, nous décrétons cette île définitivement sans intérêts pour nous d’autant que du point de vue des paysages toutes les caraïbes se ressemblent.  Nous reviendrons peut être pour nous y approvisionner mais sans plus. Le pays n’est malheureusement pas encore très stable et la population encore échaudée par des années de propagande contradictoire distillée par des pouvoirs souvent illégitimes. Nous remontons donc notre ancre et faisons route vers la Martinique.

Cette dernière n’est distante que de vingt cinq milles marins, mais les vents sont contraires et nous devons franchir le chenal très agité qui la sépare de Saine Lucie. Grand voile à deux ris et trinquette à poste nous entamons la traversée au petit matin. Nous parvenons à tellement bien serrer le vent que nous dépassons des catamarans de croisières qui sont pourtant appuyés par leurs deux moteurs mais plantent des pieux à cause de la mer contraire. A la gîte, Fleur de Lys avance à plus de sept nœuds suivant une magnifique trajectoire rectiligne. Naviguer contre le vent est très fatiguant mais aussi très exaltant car nous ressentons toute la puissance des septante mètres carré de voiles propulsant le navire pesant pourtant plus de douze tonnes. A cette allure nous ne mettons que quatre heures pour rejoindre la baie du Marin. Nous nous y ancrons le plus près possible du ponton permettant de rejoindre le centre. Dominé par le Mango-bay restaurant et bar, repaire des marins de toutes nationalités, ce ponton est notre lieu d’accostage favori pour magasiner.Deux bonnes dizaines de dinghies y sont déjà cadenassés. Nous prenons un rafraichissement au dit bar et en profitons pour utiliser leur connexion internet gratuite. Skype est en effet le seul moyen raisonnable pour appeler Sandra aussi longtemps que nous le voulons sans nous voir ruinés par la facture. Une bonne vingtaine d’autre personnes y surfe déjà ce qui ralenti parfois considérablement le débit et rend notre communication approximative. Parmi ces gens quelques « transatlantiquards »en attente de la suite de leur voyage malheureusement impossibles à repérer au milieu des touristes locataires de catamarans à la semaine ou des propriétaires d’un voilier qui reste toute l’année dans la marina.

Le soleil brille, il fait plus de trente degrés dans l’air tandis que l’eau atteint presque la même température. Nous sommes bien dans les caraïbes à présent.

La baie du Marin a dû être magnifique jusqu’à il y a quelques années. Malheureusement, elle est aujourd’hui squattée par des centaines de voiliers de métropolitains qui ne viennent qu’une fois par an, quand ils viennent! De plus, un grand chantier naval ne respectant aucune norme environnementale alors que les tarifs qui y sont pratiqués sont prohibitifs y déverse sont flot d’eaux polluée par les produits chimiques que l’on utilise pour l’entretien et la réparation des navires de plaisance. Plusieurs métropolitains ravagés par l’alcoolisme y travaillent dans des conditions d’hygiène en dessous de tout et pour un salaire de misère. Triste spectacle de l’exploitation de l’homme par l’homme et de destruction de l’environnement. Les Antillais sont bien gentils de tolérer pareille attitude chez eux.

Nous retrouvons un voilier Turc rencontré au Cap-Vert et y prenons le café offert avec beaucoup de gentillesse par son skipper. C’est le seul équipage de cette nationalité que nous ayons vu de tout notre périple. Dommage car ils s’y connaissent en hospitalité et sont maîtres dans l’art de passer le café. Nous retrouvons également l’équipage du petit Pogo de 8m50 qui nous avait dépassé au début de la transat. Nous apprenons qu’incommodés par l’inconfort de la mer, ils ont changé d’allure et navigué au vent plein arrière comme nous le faisions. Finalement,  ils ne sont arrivé qu’avec un jour d’avance sur nous. Dans une semaine ils quittent définitivement la Martinique pour explorer le Belize et Cuba. Ils vogueront en Juin vers leur France natale.

Nous décidons de naviguer localement tous les deux ou trois jours pour bien profiter des ambiances et paysages locaux. Il est important de ne pas devenir paresseux dans ces contrées tropicales car la chaleur et le farniente peuvent très vite nous faire sombrer dans une indolence dont nous pourrions avoir toutes les difficultés à ressortir.

Le pays mesure une cinquantaine de kilomètres du nord au sud. Les côtes au vent sont harcelées par la mer mais on y trouve quelques baies extrêmement bien protégées mais d’accès difficile et mal cartographié. Nous y débutons notre exploration de la Martinique et Fleur de Lys, contre le vent et la mer, passe péniblement la pointe nord de la terre en fin de matinée pour redescendre vers le Sud Est côté atlantique. Nous sommes bien secoués mais obstinés à visiter les Baies du Robert et du François dont on nous a dit le plus grand bien. Au beau milieu des cailles de corail nous admirons une minuscule île de sable blanc . Un transat et un parasol y trônent au beau milieu. Étrange, mais plus tard nous constaterons que des antillais viennent y échouer leur petits bateaux à moteur afin d’y écouter de la musique en dégustant une bière ou du rhum. C’est minuscule mais cela ressemble un peu à l’idée que l’on se ferait du paradis.

Prudemment nous approchons des eaux calmes de la baie . C’est un peu chaud car nous sommes contraints de nous faufiler très près des récifs pour y chercher les zones les plus profondes puisque nous avons deux mètres de tirant d’eau. Nous faisons des aller retour entre le poste de barre et la table à carte et sommes bien inquiets du risque de heurter des rochers non répertoriés,  mais nous nous retrouvons bientôt en sécurité . Le paysage est magnifique. Nous sommes comme posés sur un lac saupoudré de petites îles et bordé de collines. Nous nous trouvons assurément dans un bon abri mais il doit être par contre très difficile d’en sortir par vents forts. Il sera donc indispensable de surveiller l’évolution de l’aérologie de très près afin de ne pas être coincés ici contre notre gré. Nous profiterons de trois belles journées sans vent pour folâtrer le long de cette côte Est. Le seul point négatif est que cette zone est une mangrove dont l’eau, opaque, ne donne nullement envie de se baigner bien qu’elle soit propre. Bien protégés de la houle, les nuits sont calmes. Fleur de Lys ne roule pas et comme le vent s’absente une fois la pénombre installée, nous ne tirons même pas sur notre chaine d’ancre. Le réveil par contre est difficile car vers 9h00 nous sommes tirés du lit par le bruit de plusieurs canot à moteur suivi d’une énorme houle qui fait brinquebaler dans tous les sens ce qui n’a pas été bien fixé à bord. Ce sont des pêcheurs locaux qui ont reconvertis leur fière yole en navire de promenade à la journée pour les touristes. Ils partent de l’embarcadère le plus proche et, surchargés, foncent ventre à terre pour déposer leur cargaison sur l’îlot derrière lequel nous sommes abrités. C’est un peu triste comme méthode de travail car le principal charme du lieu, la tranquillité, n’est plus vraiment assurée. Nous nous demandons ce qui les pousse à travailler de cette façon au lieu d’approcher au ralenti afin de contrôler le bruit.