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Monthly Archives: septembre 2013

Le Grand voyage de Fleur de Lys

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Le Grand voyage de Fleur de Lys : 5 ème épisode

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Depuis notre départ, il y a cinq mois à présent, c’est la première fois que nous revoyons une amie. Sa trop courte visite me fait vraiment prendre conscience que voyager loin présente l’immense inconvénient de devoir quitter ceux que l’on aime et qu’ils vont nous manquer considérablement. Nous naviguons en sa compagnie afin de lui monter la faune locale.

Et puis, Marianne s’en va. Allégée du sac rempli de cadeaux à notre intention, et des cours de Christophe, elle marche vers le ferry qui la déposera à Ténérife où elle prendra un vol pour notre Belgique natale.

Marianne est à présent sur le pont supérieur de cet immense trans-iles à deux coques. Elle pleure, nous aussi. Elle disparait petit à petit de notre vue cachée par la montagne d’eau de mer déplacée par ce speed boat. 

La prochaine visite, mis à part un ami qui embarquera dans quelques jours pour effectuer la Transat avec nous, sera celle de notre fille dans huit mois en Martinique.

Moments durs.

Nous nous retrouvons à trois pour préparer la cabine de Serge.

Serge a toujours rêvé de traverser l’Atlantique en voilier. Nous avons besoin d’un équipier supplémentaire pour les manœuvres et pour effectuer les quarts, il est donc le bienvenu à bord.  Il embarque pour deux mois, sans doute.

Nous sommes mi-novembre, dès que possible nous ferons route vert le Cap-Vert, ultime étape avant le grand saut dans le vide.

Comme la météo ne  nous permet pas de naviguer ces huit-cents milles actuellement, nous décidons de changer d’île. Nous atterrissons à Santa-Cruz de La Palma après une courte navigation d’une journée au près serré .

Une fois arrivés, nous entrons dans la marina éponyme. Accueil charmant et professionnel. Installations bien entretenues et tarifs raisonnables. Nous sommes ravis de nous trouver ici, d’autant que le meilleur est à venir.

En effet, toute l’ile est belle, parsemée de petites villes magnifiques. Un très bel endroit où vivre.

Quelques paquebots y viennent déverser leur flot de passagers . Le dernier, un navire Maltais de mille-cinq-cent cabines a rompu ses amarres à cause du vent fort, alors que des centaines de clients étaient à terre en excursion. Il n’a pas pu revenir à quai et ces derniers ont été bien surpris de ne plus voir leur hôtel flottant à  leur retour. Ils ont été obligés de prendre un ferry pour rejoindre leur bord à Ténérife.

Pour notre part, la mer entrant dans le port, nous sommes très secoués le long de notre quai d’amarrage. Nous n’aurons pas besoin de nous amariner lors de notre départ pour le Cap-Vert !

Les journées défilent en promenades diverses, recherche d’internet pour contacter Sandra, entretien du bateau, lecture, confection du pain du jour, etc.

Par contre, nous avons une avarie. Depuis trois jours notre frigo est en panne. Une fuite de gaz nous prive de ce moyen simple de conservation. Ce n’est pas un énorme problème, depuis toujours des voiliers  effectuent des grands voyages sous les tropiques sans moyen de réfrigération. Mais une fois habitué à ce confort, il est par contre plus difficile de s’en passer.

Nous décidons donc de faire ressouder l’évaporateur responsable de cette panne.

Pas de chance, c’est la fête nationale ici ! Les festivités vont durer quatre jours, ensuite se sera le week-end. Zut ! Quand trouverons-nous un homme de l’art pour effectuer ce travail ?

C’était sans compter avec le responsable de la marina qui, concerné par notre problème, nous trouve un soudeur disponible.

En deux jours, nous récupérons la pièce défectueuse démontée par nos soins et à présent réparée. Un frigoriste arrive même pour ré-alimenter notre installation en gaz.

Mais la mer entre toujours dans le port, poussée par un vent du sud. Nous roulons fortement. Le brave homme travaille à quatre pattes tête en bas. Véronique et moi nous regardons un peu gênés :  soit cet homme est un super marin soit il va bientôt se redresser tout vert … !

Il se redresse effectivement et il est vert ! Mince ! Va-il continuer malgré le mal de mer ?

Oui, stoïque il replonge dans les odeurs d’huile et de gaz pour remettre en route notre bien aimé frigo. Nous l’embrasserions.

Une fois le travail terminé, sans ironie, je lui offre un café. Il refuse stratégiquement et s’en va rejoindre ses collègues, martiens  j’imagine.

Son travail est bien fait. A l’heure où j’écris ces lignes tout fonctionne toujours.

Une particularité des Canaries est que la majorité de la population, charmante,  n’y parle aucune autre langue que l’Espagnol. C’est donc avec force gestes que nous effectuons nos achats divers.

Nous devenons experts en langage des signes. Véronique y réalise même un exploit : échaudés par la panne du frigo qui a nécessité l’intervention d’un homme de métier, la seule aide extérieure de tout notre périple, nous décidons d’être autonomes en achetant du gaz et les manomètres nécessaires afin de pouvoir tout refaire nous-mêmes le cas échéant.

Pour le gaz réfrigérant, pas de problème. Mais les manomètres sont un autre trésor à dénicher sur cette ile. En plus nous ne savons ni où en acheter, ni comment les définir en Espagnol.

En une demi journée c’est chose faite : Véronique, en employant le langage des signes et le dessin, a déniché une vieille quincaillerie qui détenait l’objet de nos désirs.

C’est fièrement qu’elle revient au bateau : mission accomplie ! Elle nous ramène un superbe manomètre à plusieurs voies qui nous permettra, le cas échéant, de suppléer nous-mêmes à un manque de gaz à venir… qui ne viendra jamais. Le précieux objet se prélasse en toujours dans le coffre tribord avant, inutile.

Nous patientons toujours. Pour l’instant le vent vient du Sud c’est à dire exactement de la direction vers laquelle nous devons naviguer pour rejoindre le Cap-Vert. Nos amis belges du voilier Ckool tentent néanmoins l’aventure. Tout les voyageurs de la marina les saluent depuis les digues. Je me suis caché avec notre annexe à la dernière bouée du chenal de sortie du port. Dès leur passage je fais sonner la trompette de brume. Moments émouvants de voir des amis quitter la sécurité de la terre ferme pour oser l’aventure en mer.

Décembre arrive alors que nous sommes toujours amarrés. Mais les prévisions annoncent enfin un départ possible dans le prochains jours. Un sloop breton ,Toani, décide quand à lui de partir en route directe vers la Martinique. Ils sont trois à bord, un couple et un équipier embarqué pour l’occasion.  Ils prévoient vingt-cinq jours de mer. Bon vent les gars.

Cela nous rappelle que la Transat n’est plus un rêve lointain, encore quelques semaines et nous serons également sur l’océan  entre l’Afrique  et les Caraïbes.

En cet après-midi du de la première semaine de décembre nous partons enfin. Direction Ilot do Sal au Cap-Vert. Huit-cents milles nous en séparent. Nous prévoyons six jours de navigation. Comme toujours les première heures sont pénibles. En plus de l’habituel vent debout dont nous commençons tout doucement à être résigné, la mer est très désordonnée . Agitée par les fonds de profondeur inégale et par les vents inégaux qui contournent les îles qui forment l’archipel, elle se creuse rapidement et déferle un peu de tous côtés. Pour ma part ce genre d’entrée en matière me donne vraiment envie de virer de bord pour me remettre à l’abri du port d’où nous venons. Mais les voiliers n’ont pas été conçus pour cela. Aussi, nous continuons notre route.

Pour Serge c’est une initiation. Il effectue une grande traversée pour la première fois. . Sa présence à bord facilite grandement la tâche pour la surveillance de notre sloop.  Nous avons décidé d’effectuer des quarts de trois heures.  Dans l’ordre Serge, Olivier ( votre serviteur), et Véronique.  Notre fils, Christophe est hors quarts. Il vient en réserve pour nous relayer quelque peu durant la journée.

Les jours et les nuits défilent lentement . Trois heures de surveillance précèdent six heures de repos. Et ainsi de suite.

Au large de la Mauritanie nous aurons droit à notre séance « piratage local ». Le lieu n’est fréquenté que par les voiliers et quelques pêcheurs. Et malheureusement dans ces derniers se cachent quelques voyous. Ils ne sont pas armés mais, plus rapides, ils rattrapent de vitesse les bateaux des voyageurs et les abordent volontairement ce qui a pour conséquence de démâter le malheureux qui ne peut alors plus manœuvrer et est réduit à l’état de proie impuissante. Une fois leur victime à l’arrêt ils n’ont plus qu’à monter à l’abordage et éliminer tout l’équipage. Ils ont alors le champ libre pour fouiller le bateaux en profondeur et piller ce qui leur convient. Ils quittent ensuite le bord et à l’aide de leur chalutier en métal ils coulent les infortunés.
Une dizaine d’heures durant nous sommes pris en chasse par l’un de ces voyous. Préparés à cette éventualité nous étions heureusement aptes à nous défendre. Nous n’aurons pas eu besoin de le faire car notre simple détermination aura raison de la leur et ils finiront par changer de cap à notre immense mais discret soulagement. Nous continuons notre route un peu échaudés.

Malheureusement, si le vent vient bien du Nord et nous pousse donc dans la bonne direction, il est faible et nous avançons peu. Pas plus de cent milles par jour alors que notre distance quotidienne habituelle est de cent-quarante milles. Ce ne serait rien si la houle  n’était pas si grosse. Nous roulons beaucoup et le gréement, pas assez appuyé, claque contre le mat et brinquebale de gauche à droite. Ce sont des conditions fatigantes nerveusement car nous avons peur de casser alors que le navire fatigue énormément. Par contre, nous dinons tous les soirs en compagnie de dauphins facétieux qui nous accompagnent plusieurs dizaines de minutes durant. Ils batifolent à l’avant et à l’arrière de Fleur de Lys offrant à nos yeux le spectacle magnifique de leur agilité et de leur grande beauté.

Tout arrive, et après huit jours de mer nous atterrissons au Cap-Vert. Il fait plus de trente degrés, l’eau est chaude et le ciel bleu.

Nous effectuons les formalités d’entrée à Sal, accueillis par un fonctionnaire parlant toutes les langues des voyageurs. Il nous raconte son amour patriotique pour la très célèbre chanteuse Césaria Evora. Il est touché par le fait que nous en soyons fan et fier que nous soyons venus en escale au Cap-Vert un peu grâce à la beauté de sa musique.

Nous sommes dans un autre monde ici. Pas de grandes surfaces dans cette petite ville. Une grande solidarité entre les habitants et un visible respect des anciens.

Tous les soirs nous sommes invités à faire la fête en leur compagnie. Pour notre part, par peur de tomber malades, nous ne mangeons pas avec eux.

Quelques collègues qui n’ont pas observé ces précautions ont payé très cher leur imprudence. Le skipper du voilier belge Midnigth Sun a été indisposé durant presque trois semaines.

Le mode de vie dans cette petite ile est très simple. Nos excès de consommation ne sont pas encore arrivés.

Au retour des pêcheurs, toute la population se réunit sur le quai et se répartit le poisson du jour.

Quelques habitants ont des véhicules qu’ils partagent en  emmenant pour une somme très modique toute personne désirant les accompagner. A chaque départ ce ne sont que concerts de klaxons pour attirer l’attention du badaud sur la possibilité d’embarquer.

Un trajet de plusieurs kilomètres coute  moins d’un euro…

Nous sommes à l’ancre et économisons l’eau car c’est une vraie denrée rare. L’ile est désertique et plate. Toute boisson et nourriture y sont apportées par cargo.

Néanmoins, en cas de besoin nous pouvons en recevoir gratuitement. Par respect nous faisons en sorte que ce ne soit pas nécessaire.

Le vingt décembre nous changeons d’île. Nous nous rendons à l’Ilha de Sao Vincente une vingtaine d’heures plus à l’Ouest.

Au petit matin, nous nous amarrons dans la marina de Mindelo.
Capitale de l’archipel, la ville est extrêmement pauvre. Pourtant quelques très belles maisons côtoient sans pudeur  les milliers de taudis qui la composent. Pour la première fois, j’assiste au triste spectacle de jeunes gens fouillant les poubelles pour tenter de manger.  Les voyageurs de passage tentent presque tous d’aider les habitants en faisant appel le plus souvent possible à leurs services contre petite rétribution. Malheureusement certains d’entre nous, plus à l’aise financièrement, se prennent pour Rotschild et arrosent de leurs bontés certains désœuvrés sans qu’il n’y ait aucune relation entre leurs actes et la situation. Les conséquences sont que quelques jeunes prennent tous les visiteurs pour des gens très riches mais radins et tentent de les voler sans aucun scrupule.

Bien que dans le même pays, nous devons y refaire les papiers d’entrée. Je m’y rends donc le lendemain avec une copie des documents de bord. Une foule de locaux attend devant les administrations pour y accomplir je ne sais quelle formalité.  Des policiers ne se gênent pas pour faire reculer les plus hardis à coup de matraque. Je suis affreusement gêné, surtout que dès mon arrivée des fonctionnaires me repèrent sur base de la couleur de ma peau et me font entrer immédiatement dans les bureaux de la douane sans que je ne doive attendre comme les autres.

Une fois à l’intérieur, on m’accueille gentiment jusqu’au moment où l’on me demande de laisser les papiers du voilier dans le bureau jusqu’au jour de notre départ. Ce que je refuse très fermement, argumentant sur le danger que nous partions en les oubliant sur place.

Les fonctionnaires changent alors brusquement d’attitude et se mettent à crier que c’est la loi et que je dois m’y soumettre. Je reste évidemment très calme, je ne suis pas chez moi, mais décidé.

Après dix bonnes minutes de tension, je cède car en fait je ne laisse que des copies, ce que les sbires n’ont pas remarqué. L’humour revient et le chef, retrouvant son sourire  me dit : « Adrénaline, adrénaline, quand tu nous tiens ! ».

Et il me raccompagne gentiment me souhaitant un très bon Noël. Je pousse la chansonnette en lui entonnant mal, mais le mieux que je peux, un chant de noël local que j’ai entendu à la radio. Petite attention qu’il apprécie.

C’est pour demain. Oui, demain.  Il est trois heures du matin, je suis de quart. Demain vers dix-sept heures le très fort coup de vent sera sur nous. Il reste trente heures.

Je me souviens d’un dicton lu dans un livre il y a quelques mois : « Si tu accomplis quelque chose de difficile, au début tu auras la chance du débutant. Ensuite,  les évènements se dérouleront comme si tout l’univers se mettait à ton service. Mais viendra un moment où tu devras affronter l’épreuve du conquérant ». Je me dis que cette tempête imprévue ( il n’y avait qu’une chance sur cent que cela se produise en cette saison et à cet endroit) doit être l’épreuve envoyée par l’Univers pour marquer ce voyage…

Il est trois heures et je suis de quart pour deux heures. Il fait froid. L’eau est à quatorze degrés tandis que l’air est à dix-sept.

Venant de vivre presque deux années à plus de trente degrés dans les Caraïbes, … j’ai très froid!

Fleur de Lys navigue sous pilote automatique. Je ne fais que de la surveillance.

De plus, je suis censé ne pas faire de bruit pour ne pas éveiller les autres équipiers. Je bouge donc le moins possible. Néanmoins, de temps en temps je descends dans le carré pour y dénicher un carré de chocolat ou une autre douceur.

La majorité du temps je suis assis à l’arrière du cockpit, gilet de sauvetage capelé et attaché très court à un point d’ancrage. Il est strictement interdit de se détacher pour effectuer seul quelque manœuvre que ce soit. En cas de besoin, la consignes est très stricte et appliquée dans tous les cas : réveiller un équipier pour être minimum deux . La nuit est très noire. Le vent  de force six souffle en direction de l’Est. Il nous pousse bien mais lève une grosse houle avec de temps en temps une grosse vague qui vient se fracasser sur nos œuvres mortes.

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