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Monthly Archives: août 2013

Quatrième épisode du Grand voyage de Fleur de Lys : Arrivée aux Canaries et vie locale.

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Le lendemain, nous arrivons à Las Palmas de Gran-Canaria. L’endroit est mythique car depuis de longues années il est le lieu choisi par une grande partie des voiliers comme point de départ pour la transatlantique. Par contre l’environnement est horrible.

Les rues près du port sont bordées… de cliniques de chirurgie esthétique ou spécialisées en ophtalmologie. Nous sommes ici dans la médecine-commerce. Des gens viennent du monde entier pour s’y refaire une beauté à moindre cout que dans leur pays d’origine. De très gros véhicules parcourent les rues. Ce sont ceux des chirurgiens. Ils ne paient pas d’impôts locaux et ne contribuent donc en rien à l’amélioration des conditions de vies . Les infrastructures routières sont  en très mauvais état.

La marina est très bien protégée des rigueurs des tempêtes et conçue pour pouvoir abriter plusieurs centaines de navires de plaisance. Elle jouxte une zone où il est possible de s’ancrer. Plusieurs dizaines de voiliers y sont d’ailleurs mouillés.

Nous y retrouvons des amis rencontrés à Madère ou plus au nord, en Galice. Les équipiers des voiliers s’invitent les uns les autres à un repas ou un apéritif.

C’est un vrai bonheur de partager nos émotions avec nos collègues ! Mais l’augmentation de la tension est perceptible. L’épreuve de la Transatlantique s’approche et inquiète les profanes que nous sommes presque tous.

Les familles avec enfants, comme nous,  dépensent beaucoup d’énergie à tenter de recevoir les cours organisés par leur pays pour scolariser les citoyens hors frontières. A l’heure d’internet généralisé il est incroyable de constater comme l’enseignement à distance n’est pas encore du tout au point. Il semblerait qu’il soit conçu pour bien fonctionner si vous habitez tout près de la source, c’est à dire…en France. Auquel cas il est évidemment presque toujours inutile.

Tous, nous visitons l’ile, d’aucun intérêt, malheureusement. La région est exclusivement touristique. Les hôtels y sont des îlots retranchés. Entre ces ilots, rien, le désert volcanique.

Par contre la marina est contiguë au « bar de l’escadrille » ou plutôt au Sailor Bar. On y retrouve tous les équipages. Tenu par un Italien, les pâtes sont correctes et l’ambiance festive mais sans excès. Il n’y a pas d’âge pour parcourir le monde sur un voilier : nos collègues ont de 20 à 80 ans. Des familles avec enfants, des couples, des équipages d’amis ou de clients et des solitaires.

Un ennemi gâche un peu la fête : à partir d’ici il faudra composer avec les nombreux cafards. Beurk !

Nous resterons quelques semaines à Las Palmas, le temps de vérifier tout le voilier et ensuite nous partirons visiter Ténérife et La Goméra.

Heureusement, l’angoisse a fait place à la combativité et la confiance est revenue , enfin. Dans un peu plus de trente-six heures nous assisterons de l’intérieur à un spectacle que nous n’avons jamais vu.

En Belgique, une classe de sixième primaire a la chance d’avoir Madame Françoise pour institutrice. Or, cette dernière n’est autre que la skippeuse du voilier Ckool qui a terminé en 2011 son tour de l’Atlantique d’un an. Elle nous a proposé de rester en contact avec ses élèves durant toute la traversée grâce au téléphone satellite. Elle profite de l’occasion pour les former à la géographie, l’histoire des Caraïbes, la météo etc.

Ils ont compris qu’un phénomène dangereux nous rattrape et nous donnent conseil de rester le plus au sud possible. C’est à peu près la trajectoire que nous suivons. Tous les jours nous recevons un mail dans lequel ils nous résument la situation météorologique sur notre zone, les prévision à court et moyen terme. Ils nous y donnent des propositions de route.

Hier soir nous avons cru voir une fusée rouge de détresse loin derrière nous. Certainement à plusieurs milles. La mer est grosse, le vent arrière souffle à plus de vingt nœuds . Il est impossible de faire demi-tour. D’autant que dans la nuit nous n’avons aucune idée de la direction à prendre et encore moins de la distance qui nous sépare de l’éclair de lumière que nous croyons avoir vu. Néanmoins, nous guettons un second signal. Nous écoutons également la radio et effectuons des recherches au radar qui porte  à une grosse vingtaine de milles. Rien . Nous appelons régulièrement sur le canal de détresse, sans résultat. Dans ces conditions il est impossible et inutile de nous dérouter.

Fort sentiment de solitude et de totale impuissance ! Il n’est pas improbable que nous n’ayons aperçu qu’une étoile filante. Mais nous ne pouvons nous empêcher de penser que des collègues sont peut être seuls en détresse dans la nuit.

Ténérife. Nous y sommes ancrés avec le sucre glace du volcan pour vue. L’ile est touristique mais les voyageurs au long cours y sont peu nombreux. Nous n’y resterons pas plus longtemps que nécessaire malgré son indiscutable beauté.

Nos amis Ercolausa nous y attendent. Nous passons de longues heures en leur compagnie à discuter de la suite des opérations. Tous les matins Corine enseigne à ses deux enfants sur base du programme scolaire français d’enseignement à distance : le CNED.

Le CNED : le GRAAL des citoyens français au bout du monde. De l’attente des cours qui doivent arriver par la poste chez les proches à … l’attente des cours qui doivent arriver par la poste à la marina, le CNED est assurément l’outil à employer si vous désirez faire un audit sur le fonctionnement des postes dans le monde.

Tout y passera : Perte des documents convoités. Livraison de ceux-ci dans une autre ville que celle d’origine ou simplement saisie par la douane qui si elle ouvre les cours de physiques doit soupçonner le destinataire d’avoir l’intention de fabriquer une bombe ou une centrale nucléaire.

Visiblement en ce début de vingt-et-unième siècle, la communication d’écrits par voie postale reste encore très difficile.

En cette fin octobre, nous décidons Ercolausa et nous, de naviguer ensemble en direction de la magnifique ile de La Goméra. Il reste à trouver un créneau pour parcourir les cinquante milles qui nous en séparent car, pour l’instant, Eole souffle avec violence et lève une mer très désordonnée.

Mais, en discutant avec nos amis, nous entendons qu’ils n’ont encore jamais eu de gros temps en voilier. Aussi, nous leur proposons de naviguer de conserve le lendemain étant entendu que la mer sera grosse et le vent violent, mais sans excès.

Aussi tôt dit aussitôt fait… Nous donnons notre confiance aux prévisions et prenons la mer. Évidemment, au lieu de souffler simplement fort, le vent souffle avec une force de tempête. Nous nous retrouvons les seuls en mer, Ercolausa et nous. Même les ferrys sont restés à l’abri dans les ports.

Ce n’est pas très dangereux car le vent et les vagues viennent de l’arrière et nous poussent vers notre objectif. Mais, après quelques heures la situation s’aggrave  quelque peu. Alors que nous réduisons la voilure nous recevons un   appel du voilier Ercolausa : « Olivier, que me conseilles-tu maintenant ? ». Réponse : « Prends un ris supplémentaire ! » 

Encore une heure plus tard, alors que le vent a encore forci : « Et à présent, Olivier ? »

« Mets ton dernier ris ! »

Et puis, encore deux heures plus tard alors que la force du vent atteint son apogée :  

« Ercolausa pour Fleur de Lys ? »

« Fleur de Lys écoute. »

« Tu as vu , la mer est vraiment devenue énorme . J’ai du mal à contrôler le bateau. Nous partons parfois au tas . As-tu une solutions pour améliorer la situation?

Et là je lui ai répondu, un peu excédé de me faire déranger à chaque fois que nous sommes nous-mêmes occupés à travailler sur notre voilier : « Samuel, à ce stade tu fais comme moi, tu pries ! » Silence radio ensuite.

Finalement, après une longue journée à nous faire bien secouer par les vagues, nous arrivons sur l’ile de La Goméra.

La Goméra est connue pour être la patrie de ceux qui pratiquent le Sibo, langage sifflé des montagnards locaux. Nous n’aurons malheureusement pas la chance d’assister à une représentation . Ni même à un dialogue entre deux habitants de la montagne.  Mais nous avons quand même  remarqué qu’ils appellent leurs chiens en sifflant avec beaucoup d’habilité et de mélodie.

Dans la marina locale se trouvent environ deux cents voiliers peu ou prou prêts pour la grande traversée.

Mais il y a aussi, malheureusement, des voiliers sans occupants : ce sont ceux qui, lors de cette première partie, se sont rendus compte que ce genre d’aventure n’était pas pour eux. Ils sont rentrés chez eux en avion et vendent leur navire.

Et puis, il y a aussi les couples qui n’ont pas résisté au stress et à la promiscuité de la vie en mer. Ceux-ci sont aussi rentrés en avion, mais séparément.  Leur voilier est abandonné là pour des jours meilleurs qui ne viendront jamais. Leur yacht se retrouvera bientôt sur un ber à terre pour une longue agonie. Tous ces bateaux abandonnés vont d’ailleurs à coup sur radicaliser dans l’avenir la position des autorités par rapport à la venue de Grands voyageurs. Ces voiliers abandonnés vont en effet se dégrader d’années en années et ne plus avoir aucune valeur marchande. Il faudra un jour payer pour les déplacer et les démanteler. Les anciens propriétaires seront depuis longtemps passé à autre chose et il est certain qu’il ne se manifesteront pas pour régler leur du. Ce sont donc les habitants qui devront in fine régler l’addition. C’est moralement et économiquement inacceptable et malheureusement  les voyageurs du futur se verront très probablement opposer des forme de règlements très contraignants lors de l’entrée dans le pays pour éviter que cette situation se reproduise.

Pour notre part, nous profitons à fond de cette magnifique région. Pas trop touristique, les paysages sont magnifiques et les promenades nombreuses.

Personnellement, les amis et la famille commencent à me manquer beaucoup. J’ai parfois d’énormes cafards. Heureusement nous avons la bonne surprise de recevoir la visite de Marianne, une amie chère. Comme prévu, elle arrive par avion jusque Ténérife où nous allons la chercher avec le voilier. Puis nous prenons la mer pour revenir à La Goméra où elle restera quelques jours.

J’ai bien ri, le lendemain de sa première nuit à l’ancre en notre compagnie lorsqu’elle nous a raconté avoir eu beaucoup de mal à s’endormir !

En effet, inquiétée par les multiples bruits du navire au mouillage, le sommeil ne parvenait pas à gagner sur l’état d’éveil. Plusieurs heures d’insomnies plus tard, elle pense soudainement que pendant qu’elle s’inquiète pour Fleur de Lys, Christophe, en bon ado étalé dans la cabine avant, doit certainement dormir comme un bienheureux. Cette perspective lui a alors aussitôt permis de tomber dans les bras de Morphée.

Le lendemain matin, nous avons l’explication de la nuit agitée au mouillage : un tremblement de terre a secoué l’île durant la nuit levant des minis tsunamis. Ceci explique  pourquoi Fleur de Lys a été bien secoué faisant frapper les drisses contre le mât et engendrant des sons qui ressemblent à des cataractes d’eau tombant du ciel.