Skip to Content

Monthly Archives: juillet 2013

Fleur de Lys est en mer

Par

Nous sommes enfin en route pour l’Ecosse. Demain nous quittons le continent pour une première navigation en direction de Ramsgate.

Vous pouvez lire les quatres premiers épisodes de la relation de notre grand voyage ci dessous.

 

O

Le premier Grand voyage de Fleur de Lys : 4ème épisode Madère et départ pour les Canaries

Par

       Les trente nautiques qui nous séparent de  Madère seront avalés d’une traite. Nous mouillons à Quinta do Lordes, un des rares lieux où il est possible de s’abriter le long des côtes de cette magnifique île. Deux voiliers y roulent déjà au gré de la houle atlantique.

      Pourquoi sont-ils si éloignés l’un de l’autre ? En arrivant nous comprenons. L’un des navigateurs, solitaire, est très assidu dans sa pratique du nudisme. Ce n’est évidemment pas un problème  … pour lui. Nous décidons de mouiller près de l’autre navire afin de lui laisser son intimité et malgré les nombreux signes de bienvenue dont il nous gratifie debout et nu depuis la proue de son fier navire tout en aluminium.

      Nous sommes à présent à plusieurs milliers de kilomètres de notre port d’attache, Benedensas aux Pays-Bas. Le Grand Voyage devient vraiment concret. Mis à part quelques yachts ou pêcheurs locaux, les autres voiliers ne sont ici que de passage. Ils sont presque tous conduits par des voyageurs au long cours.

      D’ailleurs nous nous lions avec Ercolausa, fier sloop de 12 mètres d’une famille française avec deux enfants venant de la ville du Mans. Nous prenons l’apéritif sur Ckool,  modeste voilier très bien préparé d’un couple de belges. Nous conversons avec Baloo……un allemand solitaire d’une cinquantaine d’années pour qui c’est le troisième grand périple. Nous nous lions avec Garatapo, ketch métallique fabriqué durant tant d’années par son skipper . Et tant d’autres.

      Après quelques jours nous partons pour nous amarrer le long du quai du port de Funchal. Un très beau yacht suisse de fabrication belge, un Etap 38 se trouve devant nous. Le propriétaire, caricature de la réputation de son pays, le maintient dans un état de propreté « exposition universelle ». Malheureusement, le lendemain arrive un voilier métallique bien sale et en désordre, mené par cinq bretons du sud bien barbus et épuisés. D’un seul élan, ils se jettent à couple du voilier suisse pimpant neuf et s’y amarrent avec de vilaines aussières. Tout cela sous le regard très inquiet de la caricature.  Quelques minutes plus tard, le pont suisse leur sert de passerelle pour rejoindre le quai.

      Mais, la météo étant à la pluie,  nous assistons au retour des sbires à la scène cocasse du désespoir muet du skipper helvétique tentant désespérément de garder ses passavants immaculés malgré le passage de nos cinq ours y étalant toute la boue de Funchal qui ne demandait qu’à s’y répandre.

       Nous resterons à Madère jusqu’au mois d’octobre. Il n’est pas raisonnable d’y séjourner d’avantage car les dépressions atlantiques commencent à se rapprocher et l’ile ne présente pas vraiment d’abri sûr pour les voiliers de passage. La plupart des ports sont en effet ouverts au sud et en hiver il arrive que la mer s’y engouffre poussée par les vents des dépressions atlantiques. Les navires des marins imprudents qui les ont abandonnés là, amarrés dans les marinas s’endommagent alors gravement en se cognant aux pontons.
C’est donc contraints par la raison mais avec regret que nous larguerons les amarres en direction de Las Palmas de Gran Canaria en ce début du mois.

      De Madère, nous retiendrons l’immense gentillesse des habitants, la nourriture de qualité et peu dispendieuse, les paysages magnifiques et de nombreuses rencontres avec nos collègues marins.

      Pas de chance. Ce lundi matin du début du mois d’octobre, au moment de hisser les voiles, les vents sont bien énervés. Après quelques semaines à terre, nous avons besoin de quelques heures pour nous ré-amariner, et espérions donc que les conditions de mer seraient clémentes. Raté ! La mer est grosse, nous sommes bien secoués et j’ai un peu le mal de mer. Fleur de Lys fait route en direction du sud. Nous regardons tristement l’île de Madère disparaitre lentement à l’horizon.
La navigation qui permet de rejoindre les Canaries depuis Funchal représente trois jours et deux nuits de mer. En temps normal une paille,  sauf qu’avec le mal de mer cela me demande autant d’effort que pour gravir une énorme montagne. Je suis nauséeux et ait un peu le cafard.

     De plus, comme pour nous narguer, un énorme paquebot aperçu à Funchal nous dépasse au milieu de la nuit. J’imagine les passagers bien au calme dans leur douillette couchette avec, si nécessaire, une montagne de pilules contre le mal de mer mises à disposition par le médecin du bord. J’ai une vraie envie de leur demander de mettre en panne et de monter à leur bord.

     Heureusement, quelques heures plus tard le pied marin est de retour. Le bonheur d’être en mer aussi et je recommence à sourire d’autant que nous avons un Joker : au sud de Madère, presque à mi chemin sur le route des Canaries, se trouve un archipel de petites îles désertes très peu connues : Les Salvagem. Ce sont des terres portugaises ayant le statut de réserves naturelles. Il est autorisé d’y atterrir uniquement détenteur d’une autorisation spéciale que justement nous avons.
Nous y laissons tomber notre ancre en fin d’après midi. Deux autres voiliers partagent le mouillage avec nous.

Une équipe de trois scientifiques y est justement à l’œuvre. Nous leur présentons nos autorisations et leur offrons du chocolat belge tandis qu’ils nous décapsulent une bière. L’un d’entre eux ayant vécu en Belgique, il parle parfaitement le français. Il nous invite pour une découverte de la faune et la flore de l’île dès potron-minet demain.

Par prudence je double le mouillage pour la nuit. Les fonds sont en effet de très mauvaise tenue.  Le vent est faible, donc les deux ancres, même si elles sont seulement posées sur les fonds, devraient nous mettre à l’abri de tout dérapage.

Au petit matin je fais un tour d’horizon. Nous sommes seuls ! Où sont passés les deux autres voiliers ? Et tandis que je m’étonne pensant qu’ils sont déjà en route pour la suite de leur navigation, j’aperçois deux petits points, l’un à côté de l’autre à deux milles d’ici qui semblent se rapprocher. Une heure plus tard, ils mouillent près de nous. Ce sont les deux voiliers de la nuit qui, mal ancrés, étaient parti faire un petit tour à la dérive. Ils ont eu de la chance que la dite dérive les portent au large et non sur les rochers qui entourent les trois quarts de la baie.

     La visite de l’île accompagnée des explications dans la langue de Voltaire fut très intéressante. La végétation y est rare mais la faune est malgré tout relativement riche. Les points de vue du sommet des collines sur le reste de l’archipel vaut le détour également. Nous sommes touchés par la gentillesse de notre guide et quitterons les lieux non sans lui adresser de chaleureux remerciements.

Réçit du premeir Grand Voyage de “Fleur de Lys” Episode 3 Portosanto

Par

Mi-aout nous levons l’ancre en destination de Portosanto. Mais avant, comme prévu, nous déposons Sandra et Andy à l’aéroport de Saint-Jacques de Compostelle.
Mon cœur saigne. Notre voiture de location est stationnée à quelques dizaines de mètres de l’entrée du check-in de l’aérogare. Je suis incapable de descendre pour les accompagner. Que fais-je ici ? La question s’insinue dans mon esprit. Un tel périple vaut-il le sacrifice de nous priver de la présence de notre fille, de notre famille et de nos amis ?
Et si nous ne revenions pas ?
C’est la première fois que je pense à cette éventualité. L’avion de ma fille vole haut au-dessus de nous. Il fait route au Nord alors que dans quelques heures nous allons naviguer en direction du Sud-Ouest. Je me sens au fond de l’abime. Comment dépasser cet état ? Nous sommes en train de réaliser un rêve de jeunesse.
Qu’est ce que je m’imaginais ? Que tout serait facile ? Et encore, le plus dur est à venir.
Nous sommes toujours en Europe à un jet de pierre de notre foyer. Nous avons choisi de naviguer deux ans en Atlantique, nous devons à présent assumer les conséquences de cette décision. Allez, enfile des lunettes roses ! Si la séparation de ceux que l’on aime est très difficile, les émotions ressenties grâce aux magnifiques moments déjà vécus et à venir atténueront quelque peu ces moments douloureux.
Et puis nous reviendrons.
Fleur de Lys a été préparé pour affronter la haute mer. Nous sommes correctement entraînés. Nous reviendrons tous avec lui. Évidemment…

Nous retrouvons Fleur de Lys dans la marina de Galice où nous l’avions laissé pour prendre la route de Compostelle.
Nous ravalons nos larmes et préparons le voilier à notre étape suivante. Ce navire parait bien grand à présent. Toute cette place vide me donne un peu le cafard.
Dès l’ancre remontée, nous mettons le cap sur Portosanto. Cette fois le vent est arrière mais il dépasse force 6 ce qui lève une houle plutôt énorme. De plus, durant quelques heures nous naviguons freinés par des courants contraires dans une zone où les fonds remontent brutalement des abysses jusqu’à près de cent mètres. Les conséquences de cette configuration sont une mer hachée, grosse et désordonnée. Nous sommes bien secoués.
Cela nous remet les idées en place après le chagrin de la séparation. Sur l’écran de notre Navtex, qui nous donne les informations nautiques jusqu’à six-cents milles des côtes, nous lisons que des entrainements au tir en mer se pratiquent actuellement juste à l’endroit où nous nous trouvons.
Charmant !
Nous scrutons donc l’horizon et constatons avec angoisse la présence d’un bateau militaire à une poignée de milles dans notre sud. Et puis soudain… des pluies d’obus tombent autour de nous. Nous voyons des gerbes d’eau partout aussi loin que notre regard semble porter. Nous nous regardons… Fleur de Lys ne va quand même pas périr coulés par un ridicule rafiot militaire …
Tout à coup, nous comprenons ! J’ai les larmes aux yeux. Les gerbes d’eau ne sont pas le résultat de l’impact d’obus sur la mer… ce sont des dizaines et des dizaines de rorquals communs qui respirent à la surface entre deux séances de pêche.
Extasiés, nous admirons la représentation. Incroyable! Incroyable sentiment d’avoir la chance de nous trouver là. Nous sommes minuscules dans ce tableau marin, insignifiants. La beauté du spectacle donné par ces magnifiques créatures est très émouvante. Leur magnifique adaptation à ce milieu est presque surnaturelle. La zone est très riche en poisson et en plancton. Les baleines ne s’en privent pas et banquètent joyeusement.

Malheureusement la nuit tombe. Nous distinguons néanmoins encore le plancton fluorescent qui, dérangé par ces mastodontes, semble marquer sa colère par la projection de flash lumineux.
Étrange.
Cette étape vers le nord de Madère, la plus longue depuis notre départ, nous fait prendre conscience de l’immensité de la mer. Les secondes, les minutes puis les heures défilent. Nous dormons trois heures puis nous effectuons trois heures de quart, Véronique et moi. Christophe, en bon adolescent de quinze ans, fait la buche dans la cabine avant de dix heures du soir à presque midi.
Si un grain nous force à accomplir des manœuvres de nuit, toujours bruyantes, il n’entend rien. Miracle de l’ado !

Il est minuit, demain nous arriverons à Portosanto. La voute étoilée n’est que lumière et ténèbres. Je suis de quart. J’ai du mal à rester éveillé. Ces sept derniers jours en mer m’ont épuisé. Mais je suis heureux. Nous ne nous sommes pas trompés. Véronique adore la mer. Christophe est non seulement scientifiquement intéressé mais il est aussi extrêmement sensible à la beauté de notre incroyable environnement de vie. Moi j’ai la confirmation de ce que j’avais déjà ressenti. Je souffre de solitude en haute mer. Pas suffisamment pour contrarier mes projets mais assez que pour avoir besoin d’analyser ce sentiment afin de le surmonter.
J’ai aussi une très forte dette de sommeil. Dès la fin de mon quart je m’endors pourtant comme un loir. Mais ce n’est pas suffisant pour mon organisme. Il faudra trouver une solution pour que je puisse dormir plus lors des grandes traversées.
Nous en reparlerons plus tard. Je mets des allumettes sur mes paupières pour tenir les yeux ouverts tellement j’ai envie de dormir… Mais quelle beauté ! J’ai envie de pleurer en réalisant l’immense chance de nous trouver, sur notre voilier, en route pour un tour de l’Atlantique de deux ans. Dans quelques heures nous entrerons dans notre premier port hors continent. Je suis heureux.

*********Dans deux jours. Dans un peu plus de quarante huit heures elle sera sur nous. En reprenant les fichiers météo par satellite ce matin, j’osais espérer un changement de prévisions. Je prenais mes désirs pour des réalités. L’horrible dépression fond sur nous. Elle avance vers l’est trois fois plus vite que nous. Son arrivée est inexorable. Je n’ai pas vraiment peur, mais je suis inquiet. Je sais que subir une vraie tempête en haute mer sur un voilier de 14 mètres est une aventure dans laquelle plusieurs paramètres sont en jeu. La compétence de l’équipage, sa combativité sont primordiales. Mais le caractère plus ou moins marin du voilier, son état d’entretien et malheureusement le hasard jouent également un rôle important. . J’imagine une grosse déferlante s’abattant sur nous… Je me dis que c’est idiot de cogiter ainsi. Mais cela permet aussi de répéter ses gammes. J’essaye d’anticiper les évènements pour avoir une vision claire de ce que je dois préparer avant qu’il n’arrive. Notre voilier de 14 mètres ! Dans une marina d’Europe cela paraît un grand bateau. En haute mer un navire de cette taille est plus comparable à une coquille de bac à sable sur les flots. Surtout à l’approche d’une tempête.**********

Portosanto est en vue. Nous approchons du port au petit matin sous un soleil éclatant. La mer semble briller de mille feux. Les couleurs et les reliefs sont sublimés par ses rayons. Revoir une terre après huit jours de mer est toujours un moment émouvant.
Christophe Véronique et moi sommes sur le pont pour bien profiter de ces instants magiques qui voient se terminer une grande traversée.

L’amarrage est effectué rapidement, nous sommes à quai et un charmant douanier, ressemblant curieusement au général Alcazar dans Tintin, nous accueille très gentiment mais avec beaucoup de zèle dans toutes les langues. Il pose quelques questions que l’on voit destinées à se faire une idée précise de ce que nous venons faire ici. Cela dit, les formalités d’entrée sont expédiées en quelques minutes dans le tout petit bureau du fonctionnaire. En plus de s’y occuper de nous, du coin de l’œil il regarde un matche de foot sur une télé dont le volume du son semble bloqué sur le niveau maximal. La compétition semble se dérouler en Alaska car il y neige beaucoup. En fait non, c’est la réception par antenne qui est mauvaise. La dite neige n’est que sur l’écran.
Les sourires de bienvenues sont partout. Nous sommes encore en Europe, mais nous n’y sommes plus vraiment non plus. Nous profitons longuement des douches du port et ensuite, comme à chaque escale après une longue navigation, nous partons à la recherche de fruits frais, de légumes et de viande. C’est chargés comme des mulets que nous revenons sur Fleur de Lys. Un très bon repas et une longue sieste précèdent notre départ pour rencontrer et lier amitié avec nos voisins. Alcazar, quant à lui, rode sur les pontons en attente d’un nouveau client

Ces voisins sont tous des voyageurs en route pour un tour de l’Atlantique ou du monde, souvent des familles avec enfants comme nous. La solidarité est réelle et une franche amitié nous lie très rapidement avec nos collègues aventuriers des mers. Comme nous ils en ont rêvé durant des années ou ont tout vendu sur un coup de tête. Ils sont à présent confronté aux joies et peines, mais surtout joies de ce genre d’aventure.
Nous resterons un peu plus d’une semaine sur place. Les heures, puis les jours défilent très vite en visites diverses, recherche d’internet pour contacter la famille et les amis, échange d’ informations avec les voiliers rencontrés et récolte d’un maximum de renseignements concernant les étapes suivantes. Mais aussi, nous devons vérifier la mature, les haubans, les drosses de barre, le gouvernail et le moteur. La grande différence avec notre vie d’avant est que nous avons malgré tout beaucoup temps libre. Nous avons même tout notre temps. Nous faisons autant de siestes que nous le voulons. Nous dormons autant d’heures que nécessaire et même d’avantage. Nous n’avons que très peu de contraintes autres que celles indispensables à la survie. Portosanto est une ile sur laquelle Christophe Colomb, qui y a épousé la fille du gouverneur, a habité. C’est une petite terre d’une cinquantaine de kilomètres carrés située à quelques heures de voile au nord de Madère. Après quelques jours au port nous plaçons le voilier à l’ancre face à celui-ci. Le mouillage est très rouleur. Mais c’est gratuit et bien plus amusant que dans la marina ! Un soir, un voisin vient nous saluer. Il est 20h00 mais il est complètement saoul. Prudents, nous lui offrons du café. Il en boit plusieurs tasses. Mais au moment de repartir pour rejoindre son bord à quelques mètres, nous sommes vraiment inquiets. En effet, le vent s’est levé. Nous craignons qu’il ne chavire et ne se noie avant de retrouver ses pénates. Aussi, nous l’accompagnons. C’est bien le première fois que je joue au Bob, non loin des côtes africaines, pour piloter l’annexe d’un quidam bien éméché .

O

Vos question : vos réactions sur notre mail    voilierfleurdelys@live.be

Notre site avec les photos : www.voilierfleurdelys.be