La Galice, où nous nous trouvons, est vraiment une région magnifique. Les températures sont dignes de l’équateur, le ciel est bleu et la nourriture est bonne.
Par contre l’eau atteint difficilement dix-sept degrés ce qui ne nous permet pas d’y faire trempette. Le Gulf-Stream n’atteint pas ces côtes, malheureusement.
Tous les samedis nous assistons depuis notre mouillage aux concerts de pétards lancés à l’occasion des mariages. Les explosifs utilisés sont puissants et montent parfois très haut dans le ciel. Si hauts qu’en retombant nous avons assisté impuissants à la chute de l’un d’eux en pleine forêt. Celle-ci a immédiatement pris feu et il faudra des heures de travail à une équipe de pompiers pour parvenir à éteindre l’incendie pendant que le pyromane responsable sablait le champagne avec la mariée.
Nous prendrons beaucoup de bon temps dans cette région et caboterons de mouillage en mouillage pour nous nous rendre finalement dans la Marina de Portosin au sud du Cap Finistère. C’est de cet endroit que nous larguerons les amarres pour Portosanto.

L’eau douce est rare en Galice et on voit partout des notules demandant de l’économiser. Cela n’empêche pas les marins locaux de rincer abondamment leurs navires à l’eau potable à chaque retour de navigation. Nous sommes un peu surpris de ce gaspillage inutile !
Pour notre part nous préférons respecter la demande et nous utilisons l’eau avec parcimonie.
Le vent souffle très fort ici en été et nous constatons que les plaisanciers locaux ne sont étrangement pas très au fait de la navigation par gros temps. Nous les voyons quitter les pontons et se diriger vers la mer à la queue leu leu,  un peu comme à la parade. Nous les voyons… mais aussi les sentons, car le sport national est de se badigeonner de crème solaire tout en sortant du port lentement moteur au ralenti. Au vu de tous.
Sous leur vent, nous profitons pleinement des différentes fragrances imaginées par les fabricants des dites crèmes.
Ils sortent donc. Ensuite, dans un bruit horrible causé par son battement, ils déroulent en une fois l’entièreté du génois. C’est tout.
La grand voile leur est inutile et bien souvent ne se trouve même pas à poste.
Or, Le vent étant presque toujours de face par rapport au chenal de sortie et souvent de force 6, la voilure déployée n’est pas du tout adéquate et très peu efficace dans cette configuration car le voilier très gîté dérive autant qu’il avance. Quatre heures après leur passage entre les deux bouées qui marquent la limite de la marina, ils sont encore tous au même endroit, à un kilomètre près. Ils roulent alors le génois allument le moteur et font demi-tour. Il est plus de seize heures, ils ont « fait » de la voile. Nous assistons alors à un joli brouhaha donné par une bande de joyeux drilles ayant le sentiment du devoir accompli qui discutent le coup accompagnés par quelques bières. Hospitaliers, ils nous invitent souvent à partager leur joie.

Les contacts avec les habitants sont rendus difficiles par la barrière du langage. Nous ne parlons malheureusement pas du tout l’espagnol tandis que peu de gens s’expriment en anglais. Nous aurons heureusement la chance de faire quelques rencontres grâce à quelques francophiles. Mais ce fut vraiment trop rare. Nous nous promettons d’étudier l’espagnol à l’avenir.

Le grand fantasme du voyageur au long cours étant de se retrouver ballotté au gré des vagues en haute mer après que son voilier ait coulé. Nous faisons partie de ceux qui ont décidé de se prémunir contre cette situation en embarquant à bord une annexe dynamique.
Une annexe dynamique est une petite embarcation de deux ou trois mètres de longueur, de préférence gonflable, que l’on peut gréer en voilier. La notre est en fait notre annexe habituelle sur laquelle nous pouvons monter un kit de survie qui consiste en un mât, un gouvernail et une quille. Nous espérons que au cas ou le pire arriverait nous pourrons naviguer vers les terres grâce à ce frêle esquif.
Je décide en ce beau dimanche d’essayer la navire dans la rade de la marina Portosin où nous nous trouvons.
Le vent souffle fort, les conditions sont idéales pour un essai en conditions réelles.
Nous gréons notre dinghie sous les yeux un peu narquois des plaisanciers locaux nombreux à pique-niquer sur leur bateau en ce beau jour ensoleillé. J’embarque ensuite et commence à tenter de remonter le vent.
Fiasco total.
Je dérive inexorablement vers les nombreux débris qui viennent s’accumuler dans le fond du port. Je commence même à être un peur inquiet car je ne vois pas vraiment comment je vais procéder ensuite pour revenir à bord de Fleur de Lys et me démène comme un diable pour tenter de remonter ce fichu vent.
Le résultat est nul et je ne fais qu’embarquer de l’eau. Je n’ai plus qu’à baisser les bras et attendre que l’inexorable se produise , à savoir me retrouver contre le mur qui marque la fin des installations et ensuite trouver un moyen de sortir l’annexe dynamique de l’eau et la porter jusqu’au voilier.
Heureusement, alors que la situation était désespérée un pêcheur local me lance une remorque et me tracte lentement jusqu’à mon point de départ. Je suis bien soulagé et reconnaissant mais aussi un peu honteux de parader de si piètre manière aux yeux des plaisanciers dont le regard a viré du narquois au légèrement moqueur.
Exit l’annexe dynamique.
C’est vraiment une grosse farce. Nous rangerons définitivement les éléments qui la composent dans des recoins du voilier où nous ne pourrons de toutes façons pas l’atteindre en cas de problème.

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