Skip to Content

Monthly Archives: juin 2013

Réçit de notre premier grand voyage : Seconde partie. La vie douce en Galice.

Par

La Galice, où nous nous trouvons, est vraiment une région magnifique. Les températures sont dignes de l’équateur, le ciel est bleu et la nourriture est bonne.
Par contre l’eau atteint difficilement dix-sept degrés ce qui ne nous permet pas d’y faire trempette. Le Gulf-Stream n’atteint pas ces côtes, malheureusement.
Tous les samedis nous assistons depuis notre mouillage aux concerts de pétards lancés à l’occasion des mariages. Les explosifs utilisés sont puissants et montent parfois très haut dans le ciel. Si hauts qu’en retombant nous avons assisté impuissants à la chute de l’un d’eux en pleine forêt. Celle-ci a immédiatement pris feu et il faudra des heures de travail à une équipe de pompiers pour parvenir à éteindre l’incendie pendant que le pyromane responsable sablait le champagne avec la mariée.
Nous prendrons beaucoup de bon temps dans cette région et caboterons de mouillage en mouillage pour nous nous rendre finalement dans la Marina de Portosin au sud du Cap Finistère. C’est de cet endroit que nous larguerons les amarres pour Portosanto.

L’eau douce est rare en Galice et on voit partout des notules demandant de l’économiser. Cela n’empêche pas les marins locaux de rincer abondamment leurs navires à l’eau potable à chaque retour de navigation. Nous sommes un peu surpris de ce gaspillage inutile !
Pour notre part nous préférons respecter la demande et nous utilisons l’eau avec parcimonie.
Le vent souffle très fort ici en été et nous constatons que les plaisanciers locaux ne sont étrangement pas très au fait de la navigation par gros temps. Nous les voyons quitter les pontons et se diriger vers la mer à la queue leu leu,  un peu comme à la parade. Nous les voyons… mais aussi les sentons, car le sport national est de se badigeonner de crème solaire tout en sortant du port lentement moteur au ralenti. Au vu de tous.
Sous leur vent, nous profitons pleinement des différentes fragrances imaginées par les fabricants des dites crèmes.
Ils sortent donc. Ensuite, dans un bruit horrible causé par son battement, ils déroulent en une fois l’entièreté du génois. C’est tout.
La grand voile leur est inutile et bien souvent ne se trouve même pas à poste.
Or, Le vent étant presque toujours de face par rapport au chenal de sortie et souvent de force 6, la voilure déployée n’est pas du tout adéquate et très peu efficace dans cette configuration car le voilier très gîté dérive autant qu’il avance. Quatre heures après leur passage entre les deux bouées qui marquent la limite de la marina, ils sont encore tous au même endroit, à un kilomètre près. Ils roulent alors le génois allument le moteur et font demi-tour. Il est plus de seize heures, ils ont « fait » de la voile. Nous assistons alors à un joli brouhaha donné par une bande de joyeux drilles ayant le sentiment du devoir accompli qui discutent le coup accompagnés par quelques bières. Hospitaliers, ils nous invitent souvent à partager leur joie.

Les contacts avec les habitants sont rendus difficiles par la barrière du langage. Nous ne parlons malheureusement pas du tout l’espagnol tandis que peu de gens s’expriment en anglais. Nous aurons heureusement la chance de faire quelques rencontres grâce à quelques francophiles. Mais ce fut vraiment trop rare. Nous nous promettons d’étudier l’espagnol à l’avenir.

Le grand fantasme du voyageur au long cours étant de se retrouver ballotté au gré des vagues en haute mer après que son voilier ait coulé. Nous faisons partie de ceux qui ont décidé de se prémunir contre cette situation en embarquant à bord une annexe dynamique.
Une annexe dynamique est une petite embarcation de deux ou trois mètres de longueur, de préférence gonflable, que l’on peut gréer en voilier. La notre est en fait notre annexe habituelle sur laquelle nous pouvons monter un kit de survie qui consiste en un mât, un gouvernail et une quille. Nous espérons que au cas ou le pire arriverait nous pourrons naviguer vers les terres grâce à ce frêle esquif.
Je décide en ce beau dimanche d’essayer la navire dans la rade de la marina Portosin où nous nous trouvons.
Le vent souffle fort, les conditions sont idéales pour un essai en conditions réelles.
Nous gréons notre dinghie sous les yeux un peu narquois des plaisanciers locaux nombreux à pique-niquer sur leur bateau en ce beau jour ensoleillé. J’embarque ensuite et commence à tenter de remonter le vent.
Fiasco total.
Je dérive inexorablement vers les nombreux débris qui viennent s’accumuler dans le fond du port. Je commence même à être un peur inquiet car je ne vois pas vraiment comment je vais procéder ensuite pour revenir à bord de Fleur de Lys et me démène comme un diable pour tenter de remonter ce fichu vent.
Le résultat est nul et je ne fais qu’embarquer de l’eau. Je n’ai plus qu’à baisser les bras et attendre que l’inexorable se produise , à savoir me retrouver contre le mur qui marque la fin des installations et ensuite trouver un moyen de sortir l’annexe dynamique de l’eau et la porter jusqu’au voilier.
Heureusement, alors que la situation était désespérée un pêcheur local me lance une remorque et me tracte lentement jusqu’à mon point de départ. Je suis bien soulagé et reconnaissant mais aussi un peu honteux de parader de si piètre manière aux yeux des plaisanciers dont le regard a viré du narquois au légèrement moqueur.
Exit l’annexe dynamique.
C’est vraiment une grosse farce. Nous rangerons définitivement les éléments qui la composent dans des recoins du voilier où nous ne pourrons de toutes façons pas l’atteindre en cas de problème.

Vos réactions sur notre mail : voilierfleurdelys@live.be

Notre site internet avec photos de ce voyage : www.voilierfleurdelys.be

Récit du Grand voyage de Fleur de Lys ( épisode 1 sur 30).

Par

Voici ci-dessous le premier épisode du récit de notre grand voyage en Atlantique de 2010 à 2012.

Vos réactions sur notre mail : voilierfleurdelys@live.be Notre site internet avec photos : www.voilierfleurdelys.com (sélectionnez et copier l’adresse)

 

**La bête approche … La tempête, la vraie, celle que je redoutais fait route sur nous. Depuis quelques jours elle a quitté le continent américain où, en cette saison, elle aurait dû, comme ses consœurs, s’affaiblir . Au lieu de cela elle se renforce et  se promène sur l’Atlantique.  Nous sommes le 26 mai . L’épreuve est prévue pour le 29. Plus moyen d’y échapper alors que notre position est à 1000 milles marins au nord est des caraïbes et qu’il   reste 1400 milles avant d’atteindre les Açores. Au rythme de Fleur de Lys notre voilier, cette distance représente une dizaine de jours et de nuits de haute mer.

J’ai la chance d’être le skipper de ce voilier. Un jeanneau Sun Odyssey 43.

En 2009 nous décidions Véronique mon épouse et moi de réaliser notre rêve; Parcourir l’Atlantique durant deux années en famille. Nous avons deux enfants : Sandra 17 ans et Christophe 15 ans à l’époque.

Une fois la décision arrêtée, nous avons accéléré les évènements. En un an nous parvenons à vendre notre maison pour acheter un appartement plus petit et moins cher, obtenir deux années de congé et convaincre notre fils du magnifique voyage que nous allons réaliser. Notre fille, elle, n’est pas d’accord. Après quelques pleurs nous comprenons qu’elle ne viendra pas. Elle sera majeure à notre départ et commencera donc ses études supérieures en notre absence.

Bon, en réalité Christophe n’est pas vraiment enthousiaste à l’idée de quitter ses amis durant deux années. Mais il est encore mineur et tenu d’obéir à nos décisions. Même si celles-ci lui semblent absurdes…

**A chaque seconde la dépression de tempête progresse, et tout en me demandant une fois de plus ce que je fais sur une coquille de noix au milieu de l’atlantique , je repense à tous les bons et très bons moments que nous avons vécus depuis notre départ le 11 Juillet 2010.

Le soleil brille de tous ses feux à Ostende en ce bel après midi du onze juillet qui va nous voir quitter la terre ferme pour notre périple. Une cinquantaine d’amis se sont déplacés pour nous saluer. Je suis très ému. Nous y sommes arrivé, nous partons !

Après une longue et intense année de préparation, le voilier est prêt. Nous aussi. Pour ce début de l’aventure nous sommes cinq à bord. Sandra nous accompagne en effet jusque Saint-Jacques de Compostelle. Elle est accompagnée d’Andy, son très gentil fiancé. Si je suis terrorisé à l’idée de la voir quitter notre bord dans quelques semaines, savoir qu’elle ne sera pas seule me rassure.

Sandraest ma fille ainée, la mise en œuvre de ce projet m’aura même fait oublier d’être désagréable, comme tant de pères aimants mais jaloux, avec son petit ami qui est devenu son compagnon actuel.

Pour un départ, c’est un départ ! Après avoir franchi l’écluse qui sépare la marina de la Mer du Nord, nous devions mettre le cap sur le Royaume-Uni.  En réalité  nous ne faisons qu’un tout petit saut de puce jusqu’au port voisin de Nieuwport. En effet, des circonstances familiales très grave dans la famille d’Andy nous contraignent à reporter le vrai départ de quelques jours.

Mais le diable est dans les détails et dans les sauts de puce… Nous levons la grand voile devant la foule de nos amis pour nous apercevoir que nous avons mal installé un ris. Plus de trente minutes seront nécessaires à la première des très nombreuses manœuvres que nous effectuerons pour ce périple. Si parmi les spectateurs qui nous regardent certains croient que chaque envoi de la grand voile représente tant de boulot pour nous, ils doivent être sacrément inquiets pour la suite.

Pourtant nous ne débarquons pas de la lune. Nous sommes des apprentis marins depuis dix ans. De la pratique intensive du  dériveur à la rénovation totale d’un voilier de 10 mètres en bois, en passant par des milliers de milles navigués  sur Fleur de Lys, nous ne savons encore que très peu, mais assez toutefois pour connaître quelques uns de nos points faibles et nous sommes conscients que nous n’en connaitrons jamais assez.

Nous nous rendons donc à Nieuwport, distant de seulement une quinzaines de kilomètres pour y attendre le moment favorable pour  notre vrai départ. Nous en profitons pour bien nous y échouer et finalement nous disputer avec une autre skipper qui ne prétend pas nous accueillir à couple de son voilier alors que nous n’avons aucune autre solution d’amarrage vu la situation de la marée. J’espère que l’ambiance de la suite de ce Grand Voyage sera différente. Véronique aussi.

Quelques jours plus tard et en toute discrétion nous larguons réellement les amarres. Pas de chance, si le soleil et Eole nous étaient favorables le jour du départ officiel, aujourd’hui il fait nuageux tandis que le vent, pour la première fois d’une longue, mais alors très longue série, est de face.

Après quelques minutes de navigation sous deux ris, en route pour Ramsgate au Royaume-Uni, Sandra plus verte que rose tout en ne disant rien, doit déjà me maudire de cette super idée de Grand Voyage . Andy, de la même couleur, est stoïque. Moi j’ai un peu honte et beaucoup pitié.

Cette première étape d’une soixantaine de milles, ce n’était pas la mer à boire. Mais ils s’en souviennent encore.

Ce n’est pas la première fois que nous nous rendons à Ramsgate, mais c’est quand un événement d’y arriver cette fois puisqu’il s’agit de la première vraie étape de notre périple. C’est donc avec beaucoup d’émotion que nous tentons d’y trouver une place en ce milieu du mois de juillet. Nous n’avons apparemment pas de chance. La marina est bondée et certains se retrouvent à six à couple.  Le chef du port nous demande de nous mettre à côté d’un voilier dont le propriétaire ne veut personne le long de sa coque. Ce sont le vacances. Ce port, en cette saison,  est facile d’accès aux marins débutants qui ne doivent parcourir que quelques milles depuis Dunkerque, en France. Et ces marins ne se conduisent malheureusement pas tous comme tels mais parfois plutôt comme des clients d’un hôtel de luxe qui refuseraient, à tort ou à raison, de partager leur table au restaurant. Ils ne connaissent pas les usages des gens de la mer dont ils font à présent partie. Nous avons une longue conversation avec le responsable de la marina intéressé par notre projet et ravi pour nous de voir que nous le réalisons.

** Je suis stressé et ne peut même pas le montrer.  Les fichiers Gribs prévoient que nous devrons subir des vents de plus de 40 kts établis. Mais à peine plus au nord la tempête se déchainera avec plus de violence encore.

Plus de quarante kts, soit vents de force 10… Je n’ai vraiment pas envie d’étaler une telle dépression. Je suis révolté de tant de malchance mais il n’y a aucune échappatoire. J’ai déjà infléchi notre route qui était Nord Est en une route Est afin de positionner le voilier au meilleur endroit lors du passage de la tempête. A ce stade je n’ai presque pas de marge d’erreur. Me tromper dans l’interprétation des fichiers météos peut nous amener à devoir affronter la dépression dans son secteur le plus venteux et risquer de nous retrouver en grande difficulté. D’ici là nous devons continuer notre route en nous reposant le mieux possible en prévision de cette épreuve. Il est par contre encore trop tôt pour préparer Fleur de Lys. Nous ferons le nécessaire dans les dernières heures lorsque nous serons certains que le très fort coup de vent viendra sur nous.

De Ramsgate  nous cabotons de port en mouillages sauvages pour nous rendre à Falmouth au sud ouest de l’ile d’où nous projetons de partir dès que les prévisions météos seront favorables pour effectuer en sécurité la première grande traversée de ce périple : les 400 milles qui nous séparent de La Corogne ( Espagne) en traversant le golfe de Gascogne.

Depuis quelques jours les deux martiens vont mieux. Ils retrouvent l’appétit et ma fille se remet à bavarder, ce qui est très bon signe.

Depuis notre arrivée à Falmouth  nous commençons à pêcher pour nous nourrir.

Les maquereaux sont très faciles à attraper. Ils sont d’ailleurs tellement nombreux autour de nos hameçons que lorsque nous remontons la ligne brusquement nous en attrapons par la queue. Pendouillant la tête en bas ils ont vraiment l’air un peu stupides dans cette position.

Il reste à les manger. Nous ne sommes pas de grands prédateurs. Aussi, dès que le poisson fraîchement pêché se trouve sur la table c’est d’un air dégouté et du bout des lèvres que nous mangeons, Sandra et moi. 

Je tente de détendre l’atmosphère en m’adressant au fruit de notre pêche allongé dans une poêle sur la table du cockpit : « Alors, on fait moins les malins à présent … ! ».    La blague tombe un peu à plat.

Véronique , Christophe et Andy, eux n’ont pas ces scrupules et dévorent leur part et la mienne de bon appétit. De toutes façons,  il n’y a pas le choix : en Grand Voyage il faut manger le produit de sa propre pêche ou risquer d’appauvrir les menus.

Le 26 juillet tous les paramètres semblent dans le vert. Nous quittons l’Angleterre pour La Corogne en Galice.

Quatre jours de traversée. Les premières nuits en mer. L’angoisse de l’inconnu et le ravissement ! S’il n’est pas facile de se retrouver en haute mer pour la première fois, se sentir totalement responsable de son destin est grisant.  Ici nous sommes à plusieurs jours des côtes. Nous prenons conscience qu’il sera très difficile de nous aider en cas de problème. Mais contrairement à la Transatlantique qui nous attend, il serait tout de même encore possible de nous épauler en cas d’extrême urgence.  Il s’agit donc également d’une bonne répétition générale pour la suite de notre voyage.

  Les prévisions nous annonçaient du petit temps avec vent arrière.
Exactement ce que nous espérions pour une première. Nous quittons donc notre mouillage du sud du Royaume-Uni sur cette base.
Évidemment, à peine sommes nous en route que nous voyons le vent se lever force quatre… de face. Force quatre, ce n’est pas du gros temps, mais lorsque qu’il souffle de facet et qu’il faut le remonter tout en subissant la  houle qu’il lève ( ce que l’on appelle la mer du vent) c’est sportif et  il y a plus calme pour un début.  Je commence à avoir un très gros doute sur notre bonne étoile météorologique. D’autant qu’à la faveur de mes quarts je me souviens que ces dix dernières années nous avons rencontré plus de mauvaises surprises que de bonnes avec le climat. Ce dernier doit être fâché avec nous et j’envisage sérieusement de tricher en annonçant des dates de départ fantaisistes afin d’échapper aux facéties de la météo.

Par contre nous avons tout le catalogue « traversée hauturières » en ce qui concerne la faune. Tandis que nous traçons notre route, nous sommes souvent entourés par des dauphins rigolards et nous observons un magnifique mais inquiétant requin bleu le long de la coque . Les oiseaux marins sont nombreux, la mer est grandiose et la Corogne se rapproche. Le premier jours nous naviguons à contre sens des cargos qui remontent vers les ports du nord de l’Europe. Nous devons donc être très attentifs à ne pas avoir une collision et même à ne pas gêner ces mastodontes qui sont bien moins manœuvrant que nous. Naviguant à la voile nous sommes théoriquement prioritaires, dans la pratique il faudrait être totalement inconscients et très peu fair-play pour ne pas céder le terrain.

Les journées, comme chaque fois en grande traversée, se passent en quarts de surveillance, repos, cuisine et vaisselle, et de nouveau quarts de surveillance. Nos deux martiens sont revenus parmi les terriens et, bien amarinés, profitent de la traversée pour ne rien faire et ne rien faire encore. Christophe, quand à lui, se prélasse les nuits dans sa cabine avant. Comme on ne change pas un plan qui marche, il pratique la même activité durant la journée.

Le 30 juillet nous atterrissons à La Corogne, dans le nord de l’Espagne. Notre première étape hauturière est derrière nous. Tout va bien à bord. L’entente a été parfaite mais nous sommes fatigués. Les ados ne font pas les quarts de nuit et je suis en dette de sommeil. Durant cette traversée, j’ai beaucoup appris. Je sais à présent que nous irons au bout de notre projet. Mais j’ai aussi constaté que je souffre un peu de solitude en haute mer. Je devrai apprendre à apprivoiser ce sentiment.

La prochaine manche, si j’ose dire, nous conduira jusque Portosanto, ile au nord de Madère.  Du nord de l’Espagne où nous sommes actuellement j’estime que nous devrons rester huit jours et nuits en mer avant d’atteindre la destination convoitée.  Ce sera une répétition générale de plus avant la Transatlantique qui est prévue entre le Cap-Vert et La Martinique.

En attendant, nous profitons des premières impressions du voyageur au long cours. Nous sommes à l’ancre presque en permanence ce qui est bien plus sympathique et économique que d’aller dans les marinas. Les journées coulent doucement en visites et recherche de nourriture et d’informations auprès des collègues de Grand Voyage sur ce qui nous attend pour la suite. A chaque nouvel ancrage, nous avons des voisins différents. Et l’ambiance entre voiliers est bonne. La manœuvre à peine terminée, nous sommes invités à prendre l’apéritif sur les bateaux voisins. Et d’une baie à l’autre, il serait très facile de devenir alcoolique. Arrivés près de la crique que nous estimons suffisamment protégée pour y passer la nuit, nous observons attentivement l’environnement et les autres navires ancrés pour autant qu’il y en ait. Croire qu’une baie est sûre uniquement parce que les collègues y sont nombreux serait hasardeux… « Singe qui voit singe qui fait » est très dangereux en bateau. A soi de se forger son opinion en fonction des ses connaissances et de son expérience.

Après avoir choisi le site où poser notre ancre,  nous procédons comme suit : nous choisissons un endroit pas trop profond ( vingt mètres maximum) car  nous devons mouiller dans l’idéal au moins l’équivalent de trois fois la hauteur d’eau en chaine. Donc pour vingt mètres de profondeur nous en avons besoin de soixante mètres. C’est ce que nous avons à bord. Nous mettons en panne à la verticale du lieu choisi et laissons tomber l’ancre et toute la chaine nécessaire. Cela accompli, après avoir attendu quelques dizaines de secondes afin  qu’elle ait le temps de s’enfoncer si les fonds sont meubles, nous reculons doucement car nous devons  tendre la ligne de mouillage, enfouir le soc et vérifier que nous ne dérapons pas .

Tout ceci est évidemment très vite dit. Dans la pratique, la manœuvre se solde souvent par un échec car soit nous avons mal évalué la distance entre nous et un autre bateau que nous risquons de gêner, soit l’ancre dérape, tout simplement. Dans ce cas nous devons tout remonter et surtout ne pas nous énerver. Nous avons en effet un stress supplémentaire induit   par le vent qui nous pousse en général vers des rochers peu éloignés mettant Fleur de Lys en danger. L’inattention  n’a pas sa place dans ces circonstances.

Tout ces petits ennuis se déroulent sous les yeux goguenards de quelques voisins navigateurs locaux qui nous prennent pour des débutants et doivent certainement penser que nous n’irons pas très loin avec ce genre d’incompétence. Mais aussi sous le regard compatissant de nos collègues d’aventures qui eux vivent les mêmes expériences et ne se permettraient pas de se moquer.

Nous avons assisté à d’innombrables disputes entre les membres d’équipage lors de la réalisation des ces manœuvres. Dans ce cas, la situation prête quand même souvent à rire car plus les équipiers s’énervent moins cela s’arrange. De plus le bruit attire les regards, ce qui fait encore monter leur niveau de stress et diminue d’autant leur efficacité. Cela dit, il est à mettre au crédit des apprentis marins que nous sommes, que l’ancrage s’effectue souvent après une longue navigation. La fatigue n’y aide évidemment pas à la réussite.