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Monthly Archives: juin 2012

Fleur de Lys à Horta : attente d’une fenêtre météo.

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Dans le port de Horta.
Je suis installé confortablement dans le cockpit de ‘Fleur de Lys’. Le vent siffle dans nos haubans et agite les drisses des voiliers voisins. La plupart des skippers sont au bar devant un café ou une bière . Ils discutent le coup avec les collègues. Quand allons nous enfin pouvoir quitter Horta en sécurité ?
Pour notre part, nous aurions pu tenter de gagner 100 milles vers l’est en nous dirigeant vers San Miguel hier midi. Mais il n’était pas du tout certain que nous ne nous prenions pas un sérieux coup de vent en route. J’avais donc décidé de ne pas larguer nos amarres. J’ai eu tort. Mais il est très facile de dire cela après. Lorsque l’on prend la décision de partir en haute mer sur un petit voilier on a évidemment à l’esprit qu’il ne sera pas possible de revenir sur cette décision. Il faudra tout assumer en route, y compris le pire. Un dicton dit : ‘ il vaut mieux regretter d’être au bar que de regretter d’être en mer.’ CQFD.
Cela dit, un autre dicton dit : ‘ qui trop écoute la météo reste au bistrot’. Cela ne simplifie évidemment pas le problème.
Une soixantaine de voiliers sont comme nous : en train d’attendre une fenêtre météo soit pour rejoindre la méditerranée, soit pour se rendre dans la manche.
Une dizaine d’entre ces navires a connu de très sérieux problèmes pour arriver ici. Rien que ces quinze derniers jours cinq d’entre eux ont démâtes ( retournés par une grosse vague) en haute mer et ont rejoint les Açores sous gréement de fortune. Certains (3 pour cent des partis) n’arrivent jamais, succombant aux grosses dépressions que l’on rencontre très souvent en chemin. La transat retour n’a pas grand chose à voir avec celle de l’aller. Si certains ont eu la chance de ne pas avoir plus de trente kts de vent, la plupart étalent au moins un coup de vent ( plus de 40 kts) voire plus durant les trois semaines de mer pour venir ici. Ce n’est pas un jeu et l’état du voilier et de l’équipage est déterminant lorsque la météo se gâte.
En attendant nous faisons connaissance des nombreux collègues de mer. Nous découvrons le monde entier par leur fréquentation. L’ambiance est vraiment très agréable à vivre d’autant que les habitants deHorta eux même sont extrêmement accueillants. Nous avons tous un tas d’aventure à raconter. Et ce ne sont plus des aventures de cap hornier de bars……..Tous ceux qui sont ici ont navigué et souvent galéré un peu en mer. Rien à voir avec ce que l’on entend trop souvent dans les clubs nautiques d’Europe par des experts de comptoirs.
A ce que je vois de mes yeux pour ces deux dernières semaines, dans le fort coup de vent subi le 30 mai, les navires de plus de douze mètres ont connus bien moins d’ennuis que les plus petits. En effet, tous les démâtages concernent des voiliers d’une dizaine de mètres et moins.
Isabelle Autissier a dit que de son expérience il n’est pas raisonnable de traverser l’atlantique sur un voilier de moins de 12 mètres . Ce que j’ai vu de mes propres yeux confirme ses dires même si je ne la contredirait en aucun cas. Nous avons croisé beaucoup de ces modestes navires qui ont fait un tour du monde. Mais il faut savoir qu’ils paient un plus lourd tribu à cette aventure.
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Transatlantique 2012….de St Martin aux Açores.

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Transatlantique de Saint Martin aux Açores.
Départ le 15 mai 2012.
Arrivée à Horta le 02 Juin 2012.
Équipage : Capitaine : Olivier d G.
Second : Véronique S.
Équipiers : Jan, Julien, Louise.

Sentiments partagés. La transat retour signifie le début de la fin du grand voyage.
Mais aussi les retrouvailles prochaines avec les proches.
La distance de plus de 4400 kilomètres à parcourir à la voile me semble, au moment de lever l’ancre, à un abîme sans fond. A quelle sauce allons nous être mangés ?
Dans les faits nous sommes prêts depuis le 02 mai. Les conditions atmosphériques favorables à une telle traversée se faisant désirer, nous patientons sur l’îlet Tintamarre en dormant, nageant et lisant. Je surveille les prévisions deux fois par jour et décide un départ pour le 15.
A dix heures mardi le 15 mai nous larguons la bouée à laquelle nous nous balancions doucement depuis plusieurs jours. En théorie nous devrions naviguer trois jours vent de travers, sur une mer de deux mètres, jusqu’à nous trouver alors en excellente position dans l’anticyclone des Açores dont les vents nous pousseront en 14 jours jusque Horta.
En théorie……..
A peine 5 heures après notre départ nous naviguons avec deux ris dans la grand voile et trinquette contre un vent de force 6 à 7 et une mer haute de plus de 4 mètres. Et ça va durer 5 jours complets. Naviguer ainsi est éprouvant pour le voilier mais aussi pour l’équipage. En effet, à chaque fois que nous mettons le nez dehors nous sommes aspergés d’eau de mer. Sachant que nous n’avons droit qu’à deux litres d’eau douce par jour pour nous laver, nous sommes contraints de rester salés, et donc humides, ce qui est vraiment très désagréable d’autant que les températures chutent et que nous avons froid. Dès le troisième jour nous sommes habillés comme pour une semaine aux sports d’hiver.
Nos amis du voilier belge CKOOL ( qui sont rentrés l’an dernier) nous envoient la météo tous les jours. Et de message en message ils reportent l’accalmie et les vents favorables. Une classe de sixième, en Belgique, les «  Pirates de Tintamarre » nous font parvenir une météo détaillée une fois par semaine. Malheureusement ils n’ont pas celle que nous désirerions. Nous subissons donc……..
Durant une dizaine de jours nous naviguerons au plus près du vent au cap de 30 à 40° alors que la bonne direction est le 70°.
Ensuite, vu que rien ne nous sera épargné, une grosse dépression nous rattrape. La seule option est d’en atténuer les effets en ne mettant plus de nord dans notre cap mais uniquement de l’est. C’est ce que nous ferons jusqu’à son arrivée. Je ne raconte pas ici son passage puisque le billet précédent y est consacré. Mais vraiment, ce fut un dur mais très beau moment de navigation.
En dehors des aléas du climat, l’ambiance à bord est très détendue et agréable. Chacun tient son rôle. Nous effectuons des quarts de deux heures toutes les dix heures. C’est l’avantage de nous retrouver à 5 à bord. Par contre, l’équipier qui me suit, Julien, a la particularité de hurler de terreur dans son sommeil lorsque je vais le réveiller. J’ai chaque fois un coup au coeur……..alors même que je m’y attends.
Véronique précède notre ami Jan V.H. Elle a la chance que sa galanterie le pousse à la remplacer très souvent plus de 30 minutes avant l’heure H.
Évidemment, en tant que capitaine je suis parfois appelé en plein sommeil pour prendre une décision quant aux voiles à arriser ou pas . Mais je dors très confiant. J’ai tout de suite vu que les équipiers observeront mes consignes à la lettre et que si ils ne viennent pas me trouver c’est que tout va bien. C’est un vrai bonheur de mener un voilier avec un tel équipage.
Les journées se passent à lire, pêcher, dormir, réfléchir et nous faire copieusement secouer. Nous nous retrouvons parfois à être tous réveillés au même moment ce qui nous permet de partager le vécu des évènements. Nous partageons également la même vague qui nous trempe joyeusement par la même occasion.

Jan ayant appris de Véronique à confectionner le pain, nous en mangeons du frais presque tous les jours. Il s’amuse à en changer les formes, le goût et y grave des symboles à chaque fois différents.
Louise et Julien, le jeune couple ‘ de bateau stop’ que nous avons embarqués à St-M. se montrent de très bons équipiers et manient correctement l’art de la cuisine. Tout cela contribue à la très bonne ambiance qui règne et malgré l’interdiction formelle et respectée de boire quelque alcool que ce soit, les blagues fusent souvent.

Et les jours défilent. Cerise sur le gâteau, après avoir étalé une violente tempête on nous annonce que si nous n’atterrissons pas avant dimanche le 3 juin nous devrons en subir une autre. C’est vraiment frustrant; Les catalogues de traversée nous annonçaient pour le mois de mai une mer calme et un vent favorable. Il y a des réclamations dans l’air……..tout était faux.
Je toile donc un peu plus Fleur de Lys afin d’arriver samedi soir.

Nous n’aurons pas croisé de nombreux collègues durant ces 19 jours en haute mer. Tout au plus aurons nous aperçus 6 cargos et trois voiliers. Nous n’aurons pas non plus vu les baleines que nous convoitions. Julien et moi n’avons admiré que deux cachalots qui batifolaient au loin…..visiblement nous ne les intéressions pas du tout. Par contre les dauphins ont plusieurs fois été de la partie tandis que les physalies ( sorte de méduse portant une grand voile) ont répondu à l’appel depuis la mi traversée jusqu’au Açores.

Et pour notre plus grande joie, samedi deux juin vers 5 heures nous arrivons sur l’ile de Faial aux Açores.

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Transat retour vers les Acores : Une jolie tempête.

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Transat retour : 1 ère partie, de Saint Martin aux Acores, une grosse tempête en mer.

Après deux reports de départ le 15 mai c’est fait.
Nous quittons le mouillage de l’îlet Tintamarre ou nous étions dans l’attente depuis quelques jours.
Nous voici en route pour une transatlantique de 2400 milles marins. Entre 15 et 25 jours de navigation.
Je savais cette traversée en général beaucoup plus difficile que celle de l’aller. En effet, nous ne sommes plus dans les régime des alizés, mais dans celui, nettement plus dangereux, des dépressions de l’Atlantique nord.
Dès les second jour le ton est donné : ce sera musclé.
En effet, nous faisons route au 30° au près serré dans un vent de 28 kts et une mer de 4 mètres. Il fait beau mais cela secoue énergiquement et le baromètre baisse lentement mais surement. Les prévisions reportent de jour en jour l’amélioration en vue ce qui nous laissera finalement 6 jours et nuits dans ces très dures conditions.
Nous recevons beaucoup de vagues dans le cockpit et ne pouvons ouvrir aucune écoutille sans noyer le voilier dans un déluge d’eau verte. Tout est humide et froid. Le doux et stable climat des Antilles semble déjà vraiment très loin.
Enfin, le septième jour les conditions se calment jusqu’à nous enlever tout vent le dixième. Nous voici contraints de progresser au moteur 48 heures durant. J’en profite pour mettre un maximum d’est dans notre route. ( les Acores sont au nord est).
Eole nous gratifie d’un bon force 5 à partir du 12 ème jour mais les nouvelles sont mauvaises.
Une sourde angoisse m’étreint. Nous ne pourrons échapper à une belle dépression qui va nous secouer rudement dès le 29. La seule option est d’en atténuer les conséquences en mettant encore beaucoup d’est dans notre nord afin de nous en éloigner le plus possible. Nous devrions alors avoir droit à un coup de vent force 8 au lieu de 11 annoncés .
Il est temps de préparer le voilier et de nous préparer.
En attendant les milles défilent et nous approchons de notre objectif très convoité : Horta, aux Acores.
Le 29 au matin le baromètre commence une chute vertigineuse. Chaque heure deux millibars en moins…..c’est très inquiétant. Cette fois nous arrimons tout ce qui ne l’est pas y compris les planchers que nous fixons solidement grâce à des vis et des trous pré-forés. Je suis un peu inquiet mais heureusement nous sommes tous suffisamment reposés que pour affronter cette petite épreuve en sécurité.
Le vent tourne brusquement à l’ouest force 8 dès midi. Nous mettons en fuite à l’est nord est. Le mer se lève vers 4 ou 5 mètres mais est suffisamment régulière pour que nous passions le temps en cuisinant des gâteries à manger lorsque ce sera pire.
Et ce sera pire : à 20h00 l’anémomètre affiche un bon 40 kts. La mer se creuse à plus de 6 mètres. Fleur de Lys navigue à 7 kts avec 2 mètres carré de voile.
Durant la nuit les conditions empirent encore avec des rafales à 50 kts. Vers deux heures du matin nous croisons un pétrolier à la cape. J’ai une furieuse envie de m’y réfugier….
La mer est dantesque avec des vagues de dix mètres. Heureusement nous ne les distinguons pas dans toute leur énormité dans la pénombre d’une nuit avec très peu de lune..
Le pire est là….la moindre avarie peut rendre la situation extrêmement dangereuse mais le voilier s’en sort tout seul.
Nous n’avons plus qu’un mètre carré de toile pour propulser les 12 tonnes de Fleur de Lys en vent arrière vers l’est. Nous sommes en fuite.
Les prévisions nous prévoyaient une nette amélioration le 30 à 11h00. Nous la convoitons d’autant plus fortement que nous sommes continuellement trempés par les embruns. Vers 3h30 le pire arrive; C’est le moment ou le vent passe sud ouest à nord ouest. La mer est totalement désordonnée et pour la première fois je suis obligé de remplacer le pilote automatique à la barre. Il n’est plus capable de contrôler notre trajectoire dans ces conditions. Il est très difficile d’y barrer d’autant que la pluie est de la partie et annule toute visibilité.
Vers 5h00 enfin, le bout du tunnel est en vue. Nous remettons un mètre carré de toile en plus et progressivement reprenons le cap vers l’est que nous avons dû quitter lors du «  veering » du vent.
A dix heures, enfin, le vent se calme vers 30 kts et nous permet un cap direct vers Horta. La mer restera formée avec des creux de 6 mètres jusque au 31 mai.
Le spectacle était grandiose et le bruit assourdissant. Mais nous nous passerons volontiers de revivre pareille expérience.