Enfin la Transat,

     Lundi le 27 décembre 2010 nous larguons les amarres  à midi et conformément à la tradition notre départ est salué par 5 coups de sirène. En plus, des collègues navigateurs devenus proches sont là aussi. L’équipage du voilier CKool est sur le ponton pour nous saluer et nous aider . A l’heure ou j’écris ces lignes je suis très ému de penser qu’ils sont en mer et qu’ils arriveront ici dans une semaine.

Nous partons, nous quittons la terre pour un peu plus de deux semaines de navigation en haute mer. La météo nous réserve du petit temps pour les trois premiers jours suivi par  des alizés, qualifiés par les services météo de très forts. Ils le resteront  pour le reste du voyage.

      En effet, quelques heures plus tard   et après d’innombrables changements de voiles, nous voici au moteur…l’horreur. Cela durera deux jours et puis, enfin, le vent d’est. Puissant, il se lève et réveille la mer. Prudents nous naviguons toujours juste sous-toilés. Le navire file ses 5,5 kts à 7 kts avec un vent de 18 à 25 kts. Malheureusement, une très forte houle primaire de 4 mètres chevauchée par une petite houle secondaire de travers nous secoue affreusement. Nous roulerons beaucoup durant toute la traversée. Pour éviter un peu ces inconvénients nous tirerons de petits bords à 20° du vent de part et d’autre en configuration voiles croisées.

Et les heures passent. En pensant aux deux milles milles marins à naviguer j’ai un peu le vertige. Mais la transatlantique est un rêve de longue date . Et là, nous y sommes.

     Disons le tout de suite, nous ne verrons presque personne de toute la traversée. Nous serons dépassés le second jours par trois voiliers partis le lendemain  mais  plus rapides. Le sixième jour nous apercevrons un cargo. C’est tout.

     La mer est sauvage et magnifique. L’eau est translucide mais elle prend différentes teintes suite à la houle et aux nuages. Nous ne manquerons pas de temps pour la contempler pleinement. Sous la quille nous relevons 4000 mètres de profondeur, en moyenne.

Nous assurons une veille permanente. Toutes les trois heures nous nous relayons dans le cockpit. Fleur de Lys est sous pilote automatique, mais il faut  corriger le réglage des voiles et changer d’amures deux fois par jour.

Le temps passe à veiller , se nourrir, lire un peu, contempler et dormir. Sans compter les innombrables manœuvres que nous effectuerons suite au vent qui changeait de force deux à trois fois par jour et nuit.

Nous n’avons pas pu éviter ces dangereuses prises de ris dans la profonde obscurité de la nuit……très impressionnant même si nous sommes attachés et très prudents. Tomber à l’eau serait fatal….il ne faut en aucun cas l’oublier.

     Et puis, de temps en temps les dauphins se donnent en spectacle . Ils nous rattrapent, sautent devant l’étrave, nous regardent et en général disparaissent après une petite heure.

Nous aurons aussi la chance d’être pris pour jouet par un couple de rorqual. Ils nous escorteront durant plus de trois heures. La nuit tombée je vois leur trainée phosphorescente dans le plancton. Spectacle de toute beauté. Un thon rouge nous suivra trois jours durant….incroyable.

     Et les jours passent.

La pêche , fructueuse, nous assurera plusieurs délicieux repas.

 De temps en temps nous admirons un paille en queue, un albatros ou une frégate. La nuit se sont les étoiles filantes qui s’inviteront par dizaines. Le rythme des quarts nous fatigue mais pas trop. Nous restons vigilants pour le voilier et disponibles pour admirer toute la beauté qui nous entoure.

     Il est aussi bien agréable de recevoir régulièrement  un contact par Iridium. Le voilier Ercolausa  nous contactera ainsi que Ckool aussitôt qu’ils seront en route. Les messages de certains proches ou amis seront également les bienvenus. Le sentiment de solitude est amenuisé par ces quelques contacts improbables. Nous sommes seuls et très loin des gens que nous aimons .

Le matin et le soir nous recevons le message que nous attendons et qui est envoyé par deux anges gardiens. Ils nous font part de la météo prévue sur notre zone. Les informations reçues sont importantes mais il est encore plus important de savoir que, derrière ces deux SMS, des amis veillent sur nous.

Personnellement j’ai la hantise d’un «  homme à la mer » ou d’un gros problème technique. Je prends donc un maximum de précautions pour que rien de tel n’arrive. Nous sommes loin de tout ; Il n’y aura pas d’aide extérieure possible ne cas de besoin.

A cause de la très forte houle et des chocs qu’elle génère ils est presque impossible de bricoler . Seule la lecture, à condition de ne pas souffrir du mal de mer, est agréable.

Nous mangeons bien. Mais la confection des repas et l’ingestion de ceux-ci est un art. Je vous conseille d’aller voir les vidéos que nous mettrons en ligne dans quelques jours sur le sujet .

Projetés ( c’est le mot) d’un coté à l’autre du navire nous tentons d’accorder des priorités à certains gestes. D’         abord ne pas se blesser, ensuite ne pas renverser ce qui est difficile à ramasser………ce qui casse par contre l’est déjà…..donc plus la peine de s’en occuper.

Mais quelle beauté, et quelle expérience fantastique.

Notre sécurité est confiée à notre voilier . Fleur de Lys est tout pour nous. Aussi nous écoutons en permanence les bruits et vibrations susceptibles d’être anormaux. Nous ménageons notre voilier. Il aurait été possible de pousser la vitesse ……mais aussi le risque.

Quoi qu’il arrive le voilier est notre meilleur plateforme de survie. Il doit impérativement rester à flot.

Et puis, vient le moment ou l’on commence à voir se poindre la fin de la traversée . C’est le 9 janvier que j’ai réalisé que nous approchions du but.

      Entendons nous, pour certains, rester en mer quelques semaines ou mois n’est rien.

Pour d’autres, rien que l’idée est impensable.

Je fais partie de ceux qui y trouvent du plaisir mais j’ai des moments difficiles ; je dois parfois lutter avec mes peurs et les moments d’intense solitude ressentis.

Lorsque je réalise que le but est proche je n’ose y penser car j’ai l’inquiétude  de provoquer une catastrophe. Inquiétude superstitieuse ridicule mais réelle. La fatigue n’est certainement pas étrangère à ces sentiments.

     En attendant, Fleur de Lys poursuit sa route accompagnée par le chant du vent mais aussi le vacarme des vagues qui nous bouchent l’horizon de par leur hauteur. Le voilier est grand, nous ne sommes pas mouillés par ces Montagnes qui parfois déferlent . Mais ces dimensions sont aussi un handicap car si vous ratez une main courante vous avez le temps de prendre de la vitesse avant de finir contre une paroi. Nous en avons tous fait la douloureuse expérience.

     En quittant Mindelo le GPS affichait 2100 milles marins à naviguer. Au début je dois dire que cela provoque un certain vertige. Ensuite, de jour en jour et à raison de 120 milles par 24 heures environ, nous avançons vers notre destination.

      Et puis vient la dernière nuit. Il est 18h00 et il reste moins de 100 milles à parcourir . Malheureusement une alerte vent fort à l’arrivée vient gâcher la joie de la réussite à portée. Sera-t-il possible d’atterrir ? La mer ne sera-t-elle pas trop formée pour nous permettre d’approcher les côtes en sécurité.

    Mardi matin, le 12, nous sommes à 20 milles de l’arrivée. La mer est énorme mais maniable. Le vent est fort mais rien d’inconnu.

Nous ne voyons pas la terre. Incroyable alors qu’elle culmine à plus de 1000 mètres. J’ai quelques minutes d’inquiétude. Non, il est impossible que nous ayons fait une erreur.

     J’allume l’auto radio et je cherche des stations…..rien.

J’ai beau ne pas croire plus d’une seconde que  nous ayons manqué notre navigation, le doute m’assaille. Je me prépare à aller chercher le sextant pour confirmer notre position.

Et puis, et c’est vraiment un moment étrange, je vois la terre au radar……aucun doute.

C’est la fin……..nous y sommes. L’océan nous a laissé passer. Le vent nous a poussé de l’est vers l’ouest sur plus de 2000 milles.

 

 

 

         

 

Episode 2

La transat jour par jour……

Arrivés en Martinique le 12 Janvier, nous sommes restés au marin jusque mercredi le 19 janvier. A midi, ce jour là nous larguons les amarres pour nous rendre à Grande Anse, un mouillage bien protégé ou nous allons attendre l’arrivée du voilier Ckool, prévue pour vendredi.

 

     Hier nous étions vendredi, et vers 16h00 à notre immense plaisir,  le voilier belge arrive enfin.  Nous revoyons nos amis avec une joie immense.  Nous boirons le champagne pour fêter dignement les deux transatlantiques réussies.

      La transatlantique :  leur arrivée me permet de reprendre le clavier et le journal de bord pour en relater le déroulement depuis le début.

     Nous étions à Mindelo depuis plusieurs jours, la date de départ approchait. Une petite anxiété me taraudait mais en même temps je savais que nous quitterions le port le moment venu . si nous avions envie de ne pas continuer nous serions restés à Madère.

Les collègues de grand voyage que nous rencontrons sont tous un peu anxieux. Certains en parlent sans pudeur, d’autres ne veulent même pas aborder le sujet . Pour une partie de ces derniers cette étape est même devenu une corvée .Ils traverseront mais attendent avec impatience que ce soit déjà terminé.

Si  j’appréhende un peu l’épreuve, j’ai la chance d’être impatient de naviguer enfin sur l’immensité de l’atlantique.

     Vendredi   24 décembre, nous improviserons un délicieux repas de noël en compagnie des amis en question . Nous partons lundi. L’avitaillement est fait, nous sommes prêts .

Lundi matin le réveil sonne à 9h00. Je refais les pleins d’eau et vérifie que tout ce qui doit être fixé l’est réellement.

A midi, c’est parti. Nous quittons les pontons de la marina  de Mindelo. A peine sortis nous sommes en route de collision avec la vedette de douanes locale qui semble avoir envie de nous contrôler. C’est vraiment la dernière chose que je souhaite et j’effectue une franche manœuvre d’évitement pour les dissuader de nous aborder. Ouf, ils s’en vont.

Nous levons les voiles, le vent est établi au nord force 5. La mer est encore calme car nous sommes protégés de la houle par deux iles.

Quitter le Cap vert est vraiment étrange. En effet, à part les voiliers en «  grand voyage » et quelques pêcheurs il n’y a personne sur l’eau. La multitude de bateaux de plaisance des jours d’été en Europe n’est pas de mise ici. Vous vous sentez immédiatement seul. La première nuit de cette transat tombe sur un navire avec les voiles en ciseaux. Nous avançons péniblement à 4 kts dans une mer de plus en plus grosse, hachée et de travers. Je me demande si le prospectus nous annonçant des alizés réguliers et une magnifique et longue houle atlantique n’est pas imprimé pour des innocents…..

Il faut dire que quelques centaines de milles plus au  nord , c’est toujours un régime de dépressions très creuses qui sévit. Et évidemment ce très mauvais temps forme une mer qui nous arrive jusque ici.

     Les quarts se mettent en place, nous nous relayons toutes les trois heures. C’est fatiguant mais pas épuisant. Il est donc possible de récupérer suffisamment que pour être totalement disponible pour le voilier. Heureusement, après ,quelques dizaines d’heures de doute, les vrais alizés s’établissent . Le vent devient stable de l’est nord Est. Fleur de Lys avance et soulève un nuage de…….poissons volants. En permanence, et durant toute la transat, ils s’envoleront devant l’étrave par dizaines.

 Mercredi, le 29 décembre .

     Nous avons été dépassé par trois voiliers plus rapides. Ce seront les derniers navires que nous verrons avant la fin, sauf un cargo qui passera très loin. Nous profitons du passage d’un des voiliers, un Pogo de 8m50 pour le contacter par radio. Ils sont frères et sœur et ont 25 ans. Comme nous c’est leur première transatlantique. Ils souffrent un peu de solitude aussi sont ils plutôt bavards.