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Le grand voyage de Fleur de Lys : Episode 14

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Nous devons reprendre l’avion le trente et un janvier.
Pas de chance, une grève générale va nous bloquer au sol. Nous contactons la compagnie qui reporte le vol d’un jour et c’est finalement le premier février que nous débarquons en Martinique.
Nous avons tant dé-bronzé que le chauffeur de taxi nous accueille comme deux profanes. Nous mettrons quelques jours pour nous réhabituer à la chaleur et aux moustiques, ravis de  notre retour à bord après deux mois de carence.
Mis à part  les cafards, qui ont profité de ces deux mois d’absence   pour coloniser le maximum d’espaces difficiles à atteindre, le voilier va bien. Nous l’aspergeons copieusement d’insecticides divers. Les employés de la marina en ont pris soin et l’amarrage est tel que nous l’avions laissé.
C’est un nouveau voyage qui commence pour nous. En effet, nous sommes seuls Véronique et moi. La suite de l’aventure se vivra à deux et nous avons un gros moment de cafard car nous prenons également conscience que nous entamons la dernière partie de ce grand voyage. Tout a une fin mais c’est la première fois que nous sommes confrontés à la réalité des semaines et mois qui ont défilé nous conduisant à un peu moins de deux cents jours de notre retour définitif vers la Belgique.

Malheureusement nous apprenons également une très mauvaise nouvelle.

Quelques jours avant notre départ, fin novembre, nous avions lié amitié avec un marin de plus de quatre vingts ans préparant son voilier pour retourner au Vénézuela. Il y vit à bord depuis de nombreuses années mais était revenu en Martinique pour infirmer un diagnostic de cancer du poumon . Il est ravi de ne pas être malade car il a vraiment cru mourir de cette pénible maladie alors qu’il n’était atteint que d’une forte infection pulmonaire à présent totalement guérie.
Il a effectué seul les trois jours de navigation jusque ici. Nous bavardons ensemble et échangeons sur les joies et les peines de la vie de voyageur en voilier. Il avait prévu de repartir courant du mois de janvier passé.

Il est retourné comme prévu fin janvier vers le sud. Il ne pouvait deviner qu’il y vivrait  ses derniers instants en une fin tragique et un peu scandaleuse.

En effet, il est au mouillage devant une plage du Vénézuela lorsque la chaine de sa nouvelle ancre casse. Le voilier dérive vers le sable et les rochers qui dessinent cette belle plage. Il tente de démarrer son moteur mais son démarreur fraîchement réparé refuse de fonctionner. Il assiste alors sans pourvoir réagir à l’échouement du navire sur la plage et à la destruction de celui-ci par les coups générés par les vagues qui le drossent sur les rochers. Pour son malheur les garde-côtes débarquent. Pas de chance ce sont des ripous qui vont jusqu’à lui voler le peu d’argent que contient encore son porte feuille après plusieurs semaines de remise en état de son sloop en Martinique. Quelques instants plus tard il s’écroule et se meurt d’une crise cardiaque en terre étrangère. Nous sommes atterrés !                         

Nous restons plusieurs jours encore sur place pour avitailler et nous débarrasser des nuisibles. Dans deux semaines un ami débarquera avec son épouse pour vivre une dizaine de jours en notre compagnie. Ensuite ce sera le tour de mon frère qui nous rendra visite début mars.

      Au près serré en compagnie de Jean-Yves, nous explosons la trinquette dans la brise. Avec deux ris dans la grand voile le sloop s’arrête presque tandis que nous affalons à toute vitesse avant d’aggraver les dégâts. En une dizaine de minutes  nous parvenons à ré-envoyer de la toile et remettons en route. Nous sommes à deux heures de la capitale et décidons d’y faire escale afin de réparer notre voile de brise. Elle est déchirée le long des coutures. Ces dernières ont trop souffert des ultras violets.
Nous ne trouvons pas de couturier capable de la réparer ici à Fort de France aussi Véronique et Jean-Yves partent-ils en expédition pour la déposer chez un voilier qui officie au Marin.

Pour s’y rendre ils utilisent les taxis collectifs, seul moyen de transport abordable ici. La distance à parcourir n’est que d’une petite trentaine de kilomètres, malheureusement les routes sont mauvaises et embouteillées. La vitesse moyenne s’en ressent et ils mettent une heure à arriver chez le réparateur convoité. Ils y déposent notre voile et après un rafraichissement bien mérité entament le trajet de retour. Il est dix-sept heures trente. Ils attendent en vain depuis plus de quarante cinq minutes le passage éventuel de l’un de ces moyens de transport collectif lorsqu’une voiture particulière s’arrête. Le conducteur les invite à grimper à bord. Son véhicule, d’une vingtaine d’année marque déjà bien son âge. Son chauffeur se présente sous le surnom de Schumaker. Ces amis lui ont attribué ce titre en l’honneur des ses performances routières. Il roule en effet très vite mais beaucoup plus mal que le champion de formule un éponyme.

De plus il parle sans arrêt en créole  aussi vite qu’il conduit. Mon équipage a très peur pour sa vie mais n’ose évidemment rien objecter car le pilote fait preuve par ailleurs d’énormément de gentillesse.

Véronique est très soulagée de reconnaître les abords de Fort de France. La compétition automobile sur routes ouvertes se termine. Dans un ultime crissement de pneus la pseudo voiture de course dérape et finit sa course sur le trottoir. Mon équipage en descend soulagé mais très remonté contre moi. En effet, l’idée de se rendre au Marin en voiture est mienne. Véronique voulait que nous y allions avec le voilier. Je lui avais objecté à tort que ce serait beaucoup plus simple en taxico.

Ils me rejoignent donc à bord en fin d’après-midi et sont de fort méchante humeur. Je me fais tout petit tout en préparant un gros remontant.

Jean-Yves est curieux de tout. Il est très agréable d’avoir un tel invité à bord car non seulement tout ce que nous lui montrons l’intéresse mais en plus quel que soit le bon ou mauvais plan que nous lui proposions il est enthousiaste et affiche un grand sourire.
Par contre il me fait peur. En effet, en navigation ses yeux veulent tout voir et ses mains tout photographier. Or sur un navire tel que le nôtre il est primordial de bien se tenir. Lui,  Non seulement il ne se tient pas mais en plus il se déplace de gauche à droite en permanence. Je me demande si je ne devrais pas aller acheter du plâtre en prévention car je pressens qu’il va en avoir besoin. A tout bouts de champs nous devons le ramener à la raison; «  Tiens toi ! Prends garde ! Lâche cette caméra ! Plus tard la photo! » Heureusement pour lui, il a la chance des débutants et rien ne se produit malgré que le numéro d’appel de l’ambulance soit déjà en mémoire dans mon portable. Si nous devions agir comme il le fait nous aurions la jambe cassée ou serions tombés à l’eau depuis longtemps. Pas lui!

Une fois de plus nous profitons pleinement de cette visite d’autant que nous retournons en compagnie de notre hôte dans des lieux déjà rencontrés ce qui nous y permet à chaque fois d’y effectuer des nouvelles découvertes. Saint Pierre et ses rhumeries, Fort de France et ses ruines, le rocher du diamant et son histoire, la mangrove, les trois îlets et bien d’autres sites remarquable de cette magnifique île.

Mais le jour du départ pointe pour lui le bout de son nez et nous l’aidons tristement à embarquer dans le taxi qui le reconduira vers son avion bleu. Ce moment signifie beaucoup pour nous aussi  puisqu’il marque le début officiel de notre trajet de retour.

Le grand voyage de Fleur de Lys : 13 ème partie

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Nous avons décidé de faire route en cabotant d’île en île . Nous mouillerons à la nuit tombée et repartirons à l’aube. Il est important de quitter le mouillage le plus rapidement possible car en agissant de la sorte nous n’effectuerons pas les formalités d’entrée et de sortie des deux états qui couvrent le trajet de notre petit périple. Or, nous risquons une amende si nous sommes repérés à ce petit jeu. Ce faisant, trois journées de navigations seront nécessaires pour parcourir les cent quatre vingts milles qui nous séparent de notre camp de base : La Martinique.

Le long des côtes de Saint-Vincent et les Grenadines nous assistons un triste spectacle : La chasse aux dauphins. Des yoles de pêche de six mètres de longueur sont équipées d’un canon à ressort sur lequel vient buter un très gros harpon relié à l’embarcation par un bout. Équipée d’un très gros moteur, les bateaux n’ont aucun mal à prendre de vitesse les groupes de dauphins croisant  aux alentours pour se nourrir ou batifoler. Un fois au milieu d’un famille la suite est un jeu d’enfants. Il suffit de bien savoir viser.

Sur la carte de certains restaurants des Antilles un plat pas très cher y figure. Le ‘ Sea Food’. Ce met est du dauphin. Les touriste occidentaux  ne le savent évidemment pas car on ne mange pas ce mammifère dans nos pays. Mais ici les protéines de cet animal sont d’autant bienvenues que les réserves halieutiques diminuent dangereusement. La sur-pêche et la pollution due à la culture de bananes en sont les principaux responsables. Mais aussi notre mode de consommation qui génère une pollution mondialisée.

Nous arrivons tranquillement à Sainte Lucie ou nous passerons notre dernière nuit avant notre arrivée au Marin. Nous y assistons à un phénomène qui prend ici une certaine ampleur : un catamaran américain est remorqué par plusieurs embarcations locales. Nous constatons que la chaine d’ancre pend misérablement. Visiblement elle a été coupée et le voilier est parti à la dérive vers la haute mer. Il s’agit en fait d’une escroquerie toute locale. Les propriétaires explorent probablement la région et ont imprudemment laissé leur navire seul. Des malfrats locaux ont découvert l’aubaine. Ils viennent alors discrètement couper la chaine d’ancre et attendent en embuscade. Lorsque le voilier est suffisamment loin en mer ils se rassemblent à quelques barques et partent le récupérer. Ils le remorquent et l’amarrent alors à un corps mort et patientent le temps que les légitimes propriétaires reviennent.

Certains locaux sont en effet convaincus, à torts,  que les règlements internationaux prévoient qu’un navire sans équipage appartient à celui qui le retrouve. Ils ont un peu forcé la main de la  rupture de la chaine d’ancre en la coupant eux-même mais peu importe, nous sommes ici dans le domaine de la prédation, ce genre de détail n’est pas très important.

Les propriétaires étonnés de ne pas retrouver leur bien à sa place, se voient contraints de négocier pour tenter de le récupérer. Ils ont la loi pour eux mais ici la loi ne s’applique pas. En finalité ils seront obligés soit de remonter à bord en force avec tous les risques que cela implique, soit de payer plus de dix milles euro pour récupérer leur voilier. Les escrocs sévissent partout. Également sous le soleil des Antilles.

Il est inutile que nous nous en mêlions, nous ne pouvons qu’assister impuissants au drame qui se joue. Cela dit il est incompréhensible, dans notre chef, de laisser un bateau seul au mouillage surtout si sa valeur dépasse parfois le million d’euros ce qui est courant pour ceux navigant sous pavillon américain.

Début octobre nous accomplissons les formalités pour nous ré-enregistrer au port du Marin. La population est bien soulagée, ici, de ne pas avoir eu à faire face à un cyclone et l’ambiance est souriante comme d’habitude. Après avoir vécu deux mois loin de notre base arrière Fleur de Lys a besoin d’un peu de maintenance que nous allons effectuer en profitant du confort de la marina éponyme.

Nous nettoyons impeccablement tout ce qui peut l’être et simonisons les gel-coat afin de le protéger des UV. Nous vérifions également le gréement et les drosses de barres. En quelques jours nous sommes fin prêts pour entamer des nouvelles aventures.

Elle débuteront pas une courte navigation vers les Anses d’Arlet que nous sommes impatients de revoir. Nous nous y ancrons quelques heures plus tard et avons la joie d’y nager et d’y profiter des eaux limpides profondes de vingt à trente mètres sous la coque. Depuis quelques semaines Christophe et moi nous entrainons à la plongée en apnée. Il est capable de rester une vingtaine de seconde à plus de vingt cinq mètres tandis que j’atteins difficilement la profondeur de quinze mètres. Nous avons une belle complicité et adorons pratiquer cette activité dans cette anse car beaucoup de plongeurs avec bouteilles n’y descendent pas plus bas que nous.  Nous les rejoignons dans les abysses toutes relatives et adorons observer leur réaction lorsque nous passons dans leur champ de vision et qu’ils s’aperçoivent que nous sommes en apnée.

Un jour nous observons tout un groupe à vingt cinq mètres accompagné d’un moniteur qui les entraine à avoir les bonnes réaction si un plongeur est victime d’un malaise. Je ne peux descendre si bas mais Christophe lui en est capable. Aussi je l’envoie faire un petit coucou aux plongeurs. Il descend et s’approche du moniteur mais lorsque que ce dernier le voit il prend un air étonné, fait un malaise et en perd son détendeur. Christophe remonte en catastrophe et paniqué. Il est mort, c’est de  ma faute ? Je le rassure. Mais non, regarde c’est le moniteur !  Il simule un malaise exprès pour observer comment se comportent ses élèves dans cette situation.

Mon fils a eu très peur et est très heureux du dénouement. Il croyait vraiment être responsable d’un accident de plongée . Il n’acceptera plus jamais de jouer ce jeu.

L’apnée est réellement une activité très agréable à pratiquer dans ces eaux chaudes des Antilles. Nous sommes plongeurs avec bouteilles depuis plus de dix ans mais la plongée libre est nouvelle pour nous. Elle doit absolument se pratiquer à deux afin que lorsque l’un plonge l’autre  surveille depuis la surface prêt à le secourir en cas de besoin. L’accident classique est la perte de connaissance durant les derniers mètres de remontée qui implique la mort par noyade si l’équiper n’est pas présent pour tenir la tête de l’inconscient hors de l’eau jusqu’à ce qu’il reprenne connaissance.

Aux anses il est également très agréable de se promener sur la plage. Elle mesure une dizaine de mètres de largeur et est bordée de petites villas. La plupart d’entre elles sont habitées par des pêcheurs locaux en activité ou à la retraite. Quelques unes sont vouées à la location.

L’estran ne mesure que quelques dizaines de centimètres car les marées sont presque inexistantes dans cette région de l’atlantique. Il n’y a donc pas de laisse de mer ce qui explique la beauté du sable blanc peu mélangé de débris. La promenade sur cette plage est agrémentée par les jeux des enfants des vacanciers qui viennent en Martinique rechercher la chaleur et le soleil durant notre saison d’hiver en Europe du nord. Les nouveaux arrivés sont rouges écarlates tandis que ceux sur le départ sont noirs brûlés.

Quelques jours plus tard nous partons pour la ville de Fort de France accueillir notre amie Marianne que nous n’avons plus vue depuis un an lors de sa visite à bord de notre voilier dans les Canaries. Nous regardons son Boeing 747 bleu d’air Caraïbe survoler la colline à quelques kilomètres au sud. Nous sommes amarrés le long d’un ponton inoccupé dans le port qui aurait du servir de  lieu d’amarrage aux ferrys inter îles qui ne viendront malheureusement jamais jusqu’ici.
Dans quelques minutes elle atterrira. Nous sommes ravis de la recevoir de-nouveau à bord. Elle partagera nos aventures une grosse semaine durant.  Au cours d’un grand voyage les visites des amis et amies permettent non seulement de recevoir des nouvelles de vive voix, mais aussi d’améliorer notre ordinaire de quelques produits de notre pays introuvables ici. Marianne apporte également quelques centaines de pages de cours pour que Christophe puisse terminer le programme qui lui permettra d’être capable de passer les examens de fin d’humanité dans quelques mois, entre février et juin. Elle est arrivée très chargée de paquets divers et nous ouvrons ses trésors comme des gosses sous l’arbre de noël. Nous lui ferons parcourir la Martinique en voilier et en bus. Pour la première fois depuis que nous sommes arrivés nous prenons conscience que nous ne sommes plus totalement des étrangers sur cette île. Nous y avons vécu déjà plusieurs mois et commençons à la connaître quelque peu. Elle reprend l’avion début novembre. Nous assistons au décollage avec tristesse. Son avion repart vers la Belgique. Nostalgie et sentiments partagés !

Nous avons pris une grand décision. Christophe devant rentrer en avion en décembre pour terminer sa préparation au jury central et présenter les examens, nous décidons de l’accompagner et de rester deux mois en Europe. Nous confions donc Fleur de Lys à la marina du Marin où il patientera entre quatre amarres en décembre et janvier. Nous reviendrons le lundi premier février.

C’est notre premier retour chez nous depuis dix huit mois. Après avoir débarqué de l’avion et trouvé notre chemin dans le labyrinthe qui permet de se rendre de l’aéroport à station de train, nous nous retrouvons à attendre le TGV dans le froid de la gare de Paris Nord.
Les gens sont pressés et nous bousculent de tous les côtés tandis que nous avançons calmement vers le quai de départ. Nous avons deux heures d’attente. Nous observons nos compatriotes … ils ne nous ressemblent plus. Ils sont blancs alors que ces presque deux années sous les tropiques nous ont sérieusement bronzés en profondeur. Ils sont en stress permanent alors que nous sommes très calmes et prenons le temps. Ils ne sourient pas alors que nous avons le sourire aux lèvres depuis plusieurs mois.

La réadaptation va être difficile.

Nous arrivons chez nous et profitons de la joie des retrouvailles avec Sandra, notre fille. Le soir même nous partons magasiner dans une grande surface. A l’approche de Noël la profusion de produits de toutes sortes et de qualité nous rend presque hilare. Les couleurs, les odeurs, les formes … Nous avions oublié cet aspect de notre vie dans une société riche.

Nous sommes heureux d’avoir pris la décision d’ accompagner Christophe plutôt que de l’avoir laissé rentrer  et devoir se débrouiller seul pour organiser sa nouvelle vie. Il n’a que dix sept ans et a encore besoin de papa et maman.

Le Grand voyage de Fleur de Lys : 12 ème épisode

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Nous profitons d’être ensemble pour organiser une plongée autour du groupe des fameux rochers prometteurs. Nous serons quatre couples de plongeurs répartis dans trois annexes pour y rejoindre un petit renfoncement et nous y amarrer. C’est alors que nous manœuvrons pour embarquer tout monde à bord de Wakamé que nous passons à un cheveu de la catastrophe. Nous sommes six à bord d’un seul dinghie lorsque arrive le second piloté par une des plongeuse. Elle en perd malheureusement le contrôle à pleine vitesse et nous fonce dessus. Je comprends immédiatement que cela va être gravissime. Nous sommes coincés sur l’annexe entre les deux flotteurs du catamaran et ne pouvons donc même pas nous laisser couler dans l’eau. Elle arrive sur nous, moteur à plein régime, c’est la fin. A la dernière seconde elle parvient dans un geste désespéré à faire demi tour,mais ce n’est que pour mieux revenir encore plus vite. J’imagine les morts et les blessés ici, à des heures de tout secours… Heureusement, juste avant de nous percuter,cette fois encore, elle parvient à refaire demi tour et enfin elle comprend qu’elle inverse les gaz. Quand elle croit les diminuer elle les met à fond, et l’inverse. Le drame n’aura pas lieu et après une copieuse engueulade causée par notre stress nous rions de l’accident évité de justesse. Ouf !

Je plonge avec mon équipière favorite, Véronique. C’est le ravissement. Ici les fonds sont vierges et magnifiques. Explosion et exubérance de la vie sous-marine. Coraux, éponges, algues, poissons, tortures marines et requins. Toute la faune et la flore sont au rendez-vous. Sous l’eau la visibilité dépasse les trente mètres et durant une petite heure nous profitons du spectacle magnifique des fonds marins en Atlantique. La nature est ici aussi belle qu’en Égypte. Une fois tous ensemble pour le débriefing l’enthousiasme est général et nous projetons une nouvelle plongée demain.    La nuit tombe, je m’endors doucement bercé par la petite houle qui entre malgré tout dans notre baie. Vers deux heures du matin le réveil est très douloureux. Jamais de ma vie je n’ai ressenti une  douleur aussi vive. Je comprends tout de suite qu’elle est causée par une pierre aux reins. Chaque seconde qui passe semble durer une éternité. Je me rue sur les antis-douleur sans même réussir à atténuer celle-ci. Inutile de réveiller Véronique car à cette heure de la nuit  elle ne pourra rien faire pour moi. La navigation pour sortir de la baie où nous sommes est trop dangereuse sans visibilité.  Il faut attendre le jour pour lever l’ancre et nous diriger vers l’hôpital le plus proche qui se trouve à quatre heures d’ici. Chaque seconde semble une éternité . J’arrive à avoir un instant de répit en mettant sur mes reins une compresse brulante. Toutes les minutes j’accomplis ce geste.

A l’aube je secoue Véronique un peu ébahie par tant d’impatience. Heureusement elle ne met pas longtemps à comprendre l’urgence de la situation et tandis que je me réfugie sur ma couchette elle réveille Christophe et appareille le plus vite possible.

Enfin nous faisons route. Je me tords de douleur dans ma bannette mais suis un peu encouragé par la perspective de recevoir des soins dans quelques heures. Véronique prévient par radio  la marina afin qu’un taxi m’y attende pour me conduire à l’hôpital. Elle s’y amarre fièrement sous les yeux ébahis des locaux qui n ‘ont pas souvent l’occasion d’assister à une aussi belle manœuvre effectuée par une jolie brune sur un joli voilier. Pour ma part, une fois le moteur arrêté je me rue dans le taxi sans demander mon reste et lui demande de mettre pied au plancher vers la terre promise, la clinique locale. Au passage il m’a fallu choisir la destination : ‘Hôpital publique gratuit mais où je devrai subir plusieurs longues heures d’attente avant d’être présenté à un médecin ou hôpital privé dont la file d’attente sera réduite mais la facture certainement beaucoup plus chère ? La douleur intense me fait donner l’ordre au taxi de foncer ventre à terre vers le privé.

En un quart d’heure nous y arrivons et j’y suis reçu immédiatement par un médecin. La douleur  est trop intense et la morphine n’agissant pas, il me propose de m’hospitaliser afin de m’assommer avec des drogues encore plus efficaces ce que j’accepte immédiatement. Une fois la chambre prête on m’allonge sur le lit, me met une voie intraveineuse  et enfin, avec un grand sourire, l’infirmière m’injecte le produit salvateur. Je suis à présent dans les nuages, je vole et ne souffre plus.

Pour aider cette pierre à franchir le canal ou elle s’est bloquée je suis copieusement réhydraté par baxter ce qui pour résultat de me faire courir vers la salle de bain toutes les cinq minutes pour uriner. Durant la nuit, à chacune de mes visites, j’ai l’obligation d’assister aux centaines de cafards surpris par la lumières de l’insomniaque qui se dispersent et font sauve-qui-peut en direction des interstices entre les murs et le plancher.

La soirée et la nuit me voient me lever sans que la pierre responsable de ma douleur,la coquine, ne se trouve piégée par le filtre mis en place par le service médical. Néanmoins le lendemain matin, n’ayant plus mal, le docteur me propose de retourner sur le voilier et d’y surveiller le passage de cette fameuse pierre. Je retourne donc à bord . Je n’aurai plus de douleurs mais appliquant avec sérieux les recommandations du corps médical, la responsable se trouvera finalement piégée une quinzaine de jours plus tard dans le récipient ad-hoc. Depuis je bois plusieurs litres d’eau par jour pour éviter de revivre cette situation.

Septembre défile lentement en navigations locales, repas à bord des voiliers amis, visites en tous genres, séjours à la marina et orgies de mangues au prix imbattable d’un euro les vingt … Nous surveillons l’évolution des conditions météorologiques tous les matins et tous les soirs par internet et admirons de loin les cyclones hebdomadaires se déplaçant sur l’Atlantique lorsque l’un d’eux attire notre attention : il se dirige droit sur nous. Nous décidons de ne pas rester dans la marina car celle-ci, bordée de constructions, est trop exposée aux objets volants éventuels. Nous partons donc nous abriter dans ce que l’on appelle un « trou à cyclones ». C’est une baie, de préférence de faible profondeur et bordée de buissons épais, ne s’ouvrant à la mer que d’un seul côté protégé par une barrière de corail qui empêche la houle cyclonique d’entrer . Cette houle cyclonique qui ne manquera pas de se former lors de l’approche du phénomène est très destructrice par le fait qu’elle va nous faire tirer inlassablement sur nos ancres. A la longue celles-ci risquent de déraper voir de rompre ce qui nous entrainerait inexorablement vers les rochers et donc à la perte de notre navire. Une vingtaine de voiliers et deux yachts à moteur y sont déjà ancrés. Nous choisissons très soigneusement la position où nous mouillons car une fois que le vent se lèvera nous ne pourrons plus en bouger. La baie est très jolie et totalement isolée d’habitations ce qui nous met à l’abri de projectiles lorsque la tempête sera là. Nous sommes prêts et n’avons plus rien d’autre à accomplir qu’à attendre. Nous tuons le temps en visitant le refuge à l’aide de notre annexe et rendons visite aux voisins.

Tous les matins nous observons que les parents de trois des voiliers présents envoient leurs enfants à l’école en dinghies,parcourant une dizaine de kilomètres par des chenaux pour ce faire. Ce sont des voyageurs arrivés il y a plusieurs années qui ont stoppé là leur périple et se sédentarisent. Cela a un côté un peu pathétique car leurs voiliers sont de moins en moins en état de naviguer et ressemblent à une charrette sur laquelle on aurait entassé un épouvantable fatras. C’est un peu à la décadence du voyageur égaré que nous assistons. Par chance nous captons une connexion internet qui nous permet de surveiller l’évolution de la situation plusieurs fois par jour. Il n’est par contre pas très agréable de vivre dans l’angoisse d’une possible catastrophe et je ne parviens pas à penser à autre chose.

Après quelques jours, le phénomène météorologique ayant la bonne idée de faire route au nord, nous remontons la pioche pour nous rendre au mouillage de Saint-Georges. Nous y resterons encore quelques temps avant de constater qu’il  n’y a plus de tempêtes tropicales quittant l’Afrique. La saison est terminée, nous pouvons en toute sécurité remonter vers la Martinique dès que nous le voulons. Fin septembre approchant et notre amie Marianne venant nous rejoindre fin octobre, nous décidons de retourner à notre camp de base.

Nous profitons une dernière fois de nos amis du voilier Wakamé. Nous ne les verrons plus car ils partent bientôt pour la Colombie ayant le projet de passer Panama pour se rendre en Polynésie,ce qu’ils effectuerons avec succès.

En fin d’après-midi nous levons les voiles en direction du nord. Nous passons lentement le long du navire de nos amis, eux et nous  au garde à vous sur le pont. Les larmes coulent doucement. La douleur est très  profonde et sincère. La vie du voyageur est faite de belles rencontres, d’intimité et malheureusement de séparation. .

Qu’est il préférable ? Quitter des gens que l’on a appris à aimer ou n’avoir jamais fait de rencontre afin de ne pas connaître la douleur ?

*** La nuit tombe. Nous profitons de la mer relativement calme . Il reste une vingtaine d’heures avant le baston. Le vent est retombé et ne porte plus complètement le gréement ce qui génère de nouveau beaucoup de bruits insolites et parfois inquiétants des voiles qui battent dans le vide lorsque Fleur de Lys, après avoir été couché par une vague se redresse. Je suis partagé entre l’excitation et la crainte. Durant cette journée j’ai minutieusement vérifié tout ce qui peut l’être sur le navire. De la commande du gouvernail aux haubans du mât en passant par les pompes permettant d’étaler une voie d’eau, tout est en ordre. Nous avons répété plusieurs procédures d’urgence et chacun connaît sa tache et ses responsabilités en cas d’abandon du navire.

Cela dit, l’équipage est serein et  si je me passerais bien volontiers de vivre une telle expérience je suis aussi très excité à son approche car la curiosité est très forte. Même si nous ne les voyons pas, il est certain que d’autres voiliers doivent se trouver dans le même système météo que nous. Il serait amusant de repérer l’un d’eaux, aussi j’analyse attentivement l’image radar. Personne !

Si Eole continue à dormir comme il le fait nous allons être obligés d’appuyer notre marche au moteur pour éviter de rouler et tanguer comme un bouchon abandonné. Il n’y a par contre aucun doute possible sur l’ampleur du phénomène qui nous rattrape. Nous pourrions être trompés par les calmes qui nous entourent mais pas par l’ampleur de la houle qui grossit d’heures en heures. Bien qu’il soit difficile la nuit d’évaluer leur hauteur, les vagues doivent atteindre plus de quatre mètres à présent. Nous croisons beaucoup de physalies, méduses de couleur violette et venimeuses dont une voile gonflée dépasse de la surface ce qui la rend capable de naviguer contre le vent. J’en dénombre presque une toute les trente secondes qui vient caresser notre coque. J’essaye de ne pas me projeter à la nuit prochaine, celle de tous les dangers.

Le Grand voyage de “Fleur de Lys” 11 ème partie

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Grenade est un petit archipel composé, outre l’île principale, de plusieurs petites terres éloignées d’une quarantaine de kilomètres. L’une d’elle se nomme  : ‘l’île ronde’. Nous décidons de nous y rendre afin de jouer aux Robinson puisqu’elle n’est habitée que par une quinzaine de familles de pêcheurs dans son sud. Le mouillage se trouvant au nord nous serons seuls. En quelques heures de voile nous y arrivons sous un magnifique soleil de ce bel après midi d’aout. Seul un catamaran y est ancré. Par discrétion nous le laissons à plusieurs centaines de mètres dans notre sud. Notre pioche tombe sur un zone de sable fin et s’y enfonce à la première sollicitation. Nous assurons le mouillage en tirant fort sur la chaine le moteur en marche arrière. Il tient bien aucun danger donc.

Nous nous trouvons dans un décor de carte postale. Une grande baie couverte d’eau cristalline ceinturée au trois quart par une plage de sable blanc elle même bordée par une foret inextricable de palmiers. Exactement l’image que l’on se fait d’un mouillage de rêve et nous avons la chance de nous y trouver à bord de notre voilier. Nous laisserons passer le temps et les jours à lire,nager et dormir. Puis, finalement lassés de ne rien faire  nous organisons une première plongée avec nos bouteilles. Ce n’est pas simple car seuls en cet endroit, nous n’avons  pas de sécurité pour nous aider en cas de besoin. Le plus dangereux pour nous est de nous voir emporter par le courant sans possibilité de rejoindre Fleur de Lys. Nous décidons donc de traîner notre annexe derrière nous durant toute la durée de nos évolutions et de ne nous éloigner du voilier qu’ à contre courant.

Nous n’avons pas bien choisis le site car les fonds ne sont pas extraordinaires. Quelques poissons et gorgones peuplent cet espace sans plus.  Nous sommes loin des myriades d’organismes marins qui colonisent les fonds de la mer rouge ou nous avons plongés de nombreuses fois. Un groupe de gros rochers de la taille d’un bel immeuble surgit de l’eau à quelques centaines de mètres de notre mouillage. Nous y plongerons la prochaine fois .

Le soir, une yole de pêche nous aborde gentiment. Les trois pêcheurs qui  y travaillent nous proposent du poisson que nous refusons poliment n’en étant pas friands et donc consommateurs uniquement en cas de nécessité… Ils parlent pidgin, un mélange d’anglais et de français très difficile à comprendre pour nous.  Tout en buvant une bière que nous leur avons offerte, ils nous informent qu’ils habitent le sud de l’île et nous invitent à les rejoindre quand nous le voulons pour visiter le village et rencontrer les autres habitants. Ils nous confirment également que nous pouvons rester ici sans danger le temps que nous voulons car ils surveillent discrètement qu’il ne nous arrive rien de fâcheux. Être les bienvenus en terre étrangère est vraiment bien agréable.

Après une bonne semaine d’isolement nous sommes heureux de voir arriver une voile à l’horizon suivie de trois autres. Wakamé mouille son ancre à deux pas de nous accompagné par trois catamarans de leurs amis. Nous fêtons dignement nos retrouvailles à l’aide du rhum local. La soirée se prolonge dans la douceur des températures un peu moins chaudes de la nuit. Quel chance de nous trouver ici. Au moment de regagner ma bannette je dois bien constater que si le mouillage est calme je suis victime d’un roulis assez vicieux induit par l’ingestion des petits punchs locaux. Heureusement le breuvage était de qualité et c’est assez en forme que j’ouvre les yeux sur une nouvelle journée le lendemain.

Je regarde les enfants de nos amis belges jouer dans l’eau le long de la plage en compagnie de Christophe. Ils sont entourés par une douzaines de pélicans noirs qui ne semblent en aucun cas gênés par leur présence pour vaquer à leurs occupations. Ces oiseaux volent en cercle cherchant visiblement du poisson. Une fois une victime repérée, ils tombent en chute libre vers la surface de l’eau où au lieu de pénétrer hydrodynamiquement, ils s’affalent ridiculement dans un splash de bande dessinée. Mort de rire, je reste une bonne trentaine de minutes à contempler ce spectacle inédit.

Je décide alors de m’approcher. En maillot, je quitte Fleur de Lys à la nage et m’approche des enfants et donc des pélicans. Surprise ! Les volatiles n’acceptent pas ma présence. En guise de défense  ils m’encerclent et me bombardent de leur fientes sous les éclats de rire de ma progéniture épargnée. Aucun doute possible, Si les oiseaux tolèrent la présence des petits d’hommes ils n’acceptent pas les adultes dans leur territoire.  Je suis contraint de retourner à bord.

Le Grand voyage de “Fleur de Lys” 10 ème partie

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Nous entrons dans la baie de Saint-Georges, à Grenade. Une trentaine de voiliers y sont déjà ancrés. Comme nous ils viennent s’y abriter des cyclones éventuels. Nous sommes mi-aout et la saison bat son plein, à  présent. Une fois par semaine nous assistons à la formation d’un de ces phénomènes sur le continent africain et ensuite à sa traversée de l’atlantique. Heureusement, jusqu’à présent ils changent tous de trajectoire juste avant d’atteindre les Antilles et vont se perdre en mer vers le Nord.

Le pays est très accueillant, les formalités d’entrées sont expédiées en un clin d’œil et pour une sommes dérisoire. Visiblement nous sommes les bienvenus. Grenade est une île anciennement sous domination Britannique qui a été envahie par les États-Unis sous un prétexte fallacieux peu après qu’elle aie accédé à son indépendance  La politique très sociale qui y était menée ne plaisait pas … Les soldats américains sont repartis depuis longtemps non sans y légitimer un gouvernement qui correspond à leur propres opinions  mais le pays reprend petit à petit une indépendance politique. La population antillaise y parle anglais et un patois local.

Nous devrions habiter cette région jusque mi-octobre pour autant qu’une tempête tropicale ne nous en déloge pas. Notre plan de bataille prévoit que nous restions pas plus de quelques jours au même mouillage et que nous allions tous les quinze jours passer une nuit en marina y refaire les pleins d’eau, effectuer notre lessive, ré-avitailler et laver le voilier. Nous nous installons au mouillage de St Georges, à dix minutes en annexe du ponton de débarquement se trouvant juste devant la capitale.En plein centre ville. Toutes les nationalités sont ici à l’ancre. Des Français, des Belges, des Anglais, des Néerlandais, des Finlandais etc… Chacun vaque à ses occupations … nous recevons quelques visites et papillonnons d’un voilier à l’autre pour lier des liens. Nous retrouvons avec plaisir le sloop belge Pauwke dont j’ai parlé plus haut. Bob y est en pleine forme et nous initie aux coutumes des environs. Il nous donne également les bons et les mauvais plans.  Nous profitons volontiers de ses connaissances dues à sa présence de plusieurs années dans les Antilles.

L’exploration commence par des visites de sites remarquables. Ils sont nombreux.
De sources chaudes en soufrières en passant par la forêt tropicale nous n’aurons pas le temps de nous ennuyer. Sans compter que les fonds marins sont encore en partie préservés et nous réservent de belles surprises. Comme le service de bus est inexistant les habitants se déplacent en taxis collectifs. Ce sont presque tous des camionnettes Toyota capables d’emporter sept personnes mais souvent surchargées de huit occupants supplémentaires. Les uns sur les genoux des autres nous profitons de ce moyen de transport très efficace et peu onéreux puisque un trajet d’une dizaine de kilomètres ne coute que près d’un euro par personne.

Partout nous ne rencontrons qu’une population aimable et désireuse de ne pas entacher la réputation de leur beau pays. Ce dernier est pauvre mais sans misère excessive comme c’était malheureusement le cas à Sainte Lucie. Il n’y a pas les problèmes d’alcool et de drogue qu’il y avait là bas et la police est peu présente et bon enfant. Nous voyons que la violence est très peu fréquente. Nous entendons à la radio que l’on félicite chaleureusement les habitants du déroulement d’une grande fête locale qui n’a engendré aucun incident.

Une autre caractéristique locale est de ne ni arnaquer ni voler les touristes. Nous payons partout les même prix que les locaux et il serait très mal vu par les autres habitants de molester quelqu’un ici. En fait nous sommes considéré comme les autochtones, et n’avons ni plus ni moins de droits que la population. C’est très agréable et cela s’explique en grand partie par une politique volontaire d’accueil mais aussi par le fait que les voiliers charters sont absents de cette île car trop éloignée des bases de locations. Les habitants ne sont donc pas submergés de  ‘ touristes à la semaines ‘ parfois mal élevés et se comportant souvent très maladroitement.

Nous achetons nos fruits et légumes dans la rue à des marchands ambulants. Une sac d’une dizaine de mangues ne coute qu’un euro. Les tomates sont à bon prix et le fruit de l’arbre à pain est pratiquement gratuit. Nous recherchons en vain du chocolat belge dont le sevrage nous est difficile. Dans les grandes surfaces, à part une myriade de sauces différentes, il n’y a que peu de choix dans les denrées. La viande y est surgelée et de très mauvaise qualité. Nous ne prendrons pas de poids .  La seule viande fraîche que nous trouvions est du poulet. En fait des ailes de poulet… Par contre les magasins nous octroient dix pour cent de remise sur notre simple réputation de grands voyageurs à la voile et apportent nos achats gratuitement jusqu’à notre annexe. De temps en temps nous sommes interpellés par un nécessiteux qui nous demande de lui acheter du savon et des protéines ; ce que nous faisons bien volontiers même si nous mêmes n’avons que très peu de moyens.

Nous nageons souvent car les températures sont très élevées, incommodantes de onze heures à seize heures. Fleur de Lys a la coque bleue ce qui est un gros désavantage par ce temps ensoleillé.  

Après quelques jours nous levons l’ancre pour nos rendre à Prickly bay, située à deux heures de voile d’ici. Nous pensions arriver dans une jolie rade bien calme. Une fois arrivés nous sommes contraints de tenter de nous faufiler dans ce qui ressemble à  un hlm pour voiliers américains. Ces équipages des usa  viennent en fait se réfugier ici durant la saison des tempêtes qui sévit en Floride. En novembre ils retourneront  vers les États-Unis pour y passer l’hiver. Nous constatons avec tristesse qu’ils ne se mélangent pas et vivent terrorisé de tout imprévu qui pourrait se produire. Nous nous sentons presque des intrus dans ce lieux et avons le plus grand mal à trouver une place où mouiller. Ces voiliers ne bougeront pas d’un pouce les deux mois que nous vivrons ici.

Une nuit dans cette baie suffit à nous convaincre de ne revenir que pour nous y protéger d’un éventuel coup de chien. Nous partons donc.

Nous naviguons vers l’extrême sud de Grenade. Il s’y trouve en effet un chantier naval qui a très bonne réputation et auquel nous allons demander si ils ne disposent pas de temps pour sortir de l’eau Ercolausa,  le sloop de nos amis   qui se trouvent à Trinidad pour le moment. Bien que balisée par les propriétaires du chantier, l’approche de la petite anse ou il est situé est difficile et très dangereuse; la mer y déferle et je n’ose imaginer ce qui se passerait en cas de gros temps.  Nous y jetons l’ancre parmi cinq autres navires et nous rendons à terre au bureau de l’entreprise. Les gens y sont charmants mais ils ne manquent pas de travail et nous annoncent qu’il n’est pas possible d’accéder à notre demande avant un gros mois, ce qui ne convient pas à nos collègues qui resteront donc à Trinidad pour y effectuer tous les travaux nécessaires à la maintenance de leur joli voilier. Nous partons en exploration et à cette occasion nous avons la réponse à une question que nous nous posions depuis notre arrivée dans les Caraïbes. Tous les jours, à la nuit tombante, commence un concert dont la musique ressemble à celle que produiraient un milliards de sauterelles en goguette.
Or nous avons interrogé la population Martiniquaise à ce sujet sans obtenir de réponse satisfaisante. Marchant les long d’un déversoir, nous entendons en plein jour le joli son inconnu. Curieux, nous approchons du bord pour constater que ce magnifique vacarme est joué par des myriades de minuscules grenouilles qui ne mesurent pas plus d’un centimètre du museau au bout de la queue qu’elles n’ont pas … Nous continuons notre promenade heureux d’être un tout petit peu moins ignorants.

Fleur de Lys ayant besoin d’être nettoyé nous nous rendons dans la marina de St Georges . C’est un endroit ultra moderne dirigé par un personnel local bien au fait de ce genre de travail. Nous y sommes amarrés le long d’un quai prévu pour accueillir les super yachts de plus de trente mètres. Notre sloop y paraît minuscule et bien vulnérable. Nous retrouvons avec grand plaisir le couple formant l’équipage d’un joli  voilier tout jaune rencontré aux Canaries.
A ma grande surprise, par des températures de plus de trente degrés, la skippeuse est en train de façonner un bonnet de grosse laine au tricot. J’ hallucine ? Non, ils sont grands parents pour la première fois et vont rendre visite à leur descendance dans quelques jours. Nous nous saluons chaleureusement. Comme je leur demande des nouvelles du chien qu’ils avaient à bord aux Canaries, j’apprends que ce n’était pas le leur. Le capitaine d’un bateau voisin, propriétaire de ce chien avait dû rentrer en France d’urgence pour des raisons médicales graves. Ils s’étaient gentiment proposé de servir de nounou jusqu’à son retour, sans se douter que ce troisième équipier devrait passer finalement  deux mois à bord.

Nous faisons la connaissance d’un catamaran belge ‘ Wakamé’. Ils sont six. Parents  accompagnés de leurs quatre enfants de sept à quinze ans. Ils se sont rendus propriétaires de ce voilier en Martinique afin de rejoindre la Polynésie, ayant le projet d’y revendre le navire et rentrer en Belgique . Ils se sont donnés deux années pour ce voyage.

Très vite nous nous lions d’amitié. Christophe donne quelques conseils informatiques à Daniel, le skipper, et devient finalement inséparable de l’équipage de Wakamé. Séparé de jeunes de son âge depuis plus d’un an, il est ravi de pouvoir renouer des relations autrement que par internet . Toute la journée il joue le rôle de frère aîné.

Nous profitons de ces quelques jours en marina pour repartir en exploration. Nous sommes invité à une marche locale. Nous laçons nos meilleures bottines de quinze lieues pour nous rendre au lieu de rendez-vous. Une association y organise cette activité tous les quinze jours afin de favoriser le sport à Grenade. Arrivant à bord d’un taxico nous constatons qu’une joyeuse bande de drilles est déjà présente. Si nous ne sommes pas dans le peloton de tête nous emprunterons des chemins battus par plusieurs centaines de marcheurs avant nous. Nous écoutons attentivement les consignes et nous inscrivons dans la section ‘ débutants’ puisque nous sommes ici pour la première fois.

Le responsable de l’organisation a le privilège d’accueillir chaleureusement les nouveaux mais aussi, celui nettement moins agréable de devoir boire une bière locale dans la chaussure d’un de ces novices. Dès l’heure de départ prévue atteinte, il profite  de la puissante sonorisation pour demander à ces  nouveaux de se faire connaître. Nous nous abstenons de nous dénoncer afin d’épargner nos bottines… Le départ est donné après les obligatoires discours des politiques. Après seulement vingt minutes de suivi minutieux du parcours balisé par des confettis,  nous constatons que nous revenons au point de départ. Déjà ? Eh oui, les débutants sont ici vraiment débutants. Nos glorieuses bottines de marche, embarquées depuis la Belgique ne serviront pas à grand chose, une fois de plus. Repassant par le bureau d’inscription nous y recevons un diplôme certifiant que nous avons perdu notre virginité de non- marcheurs. Pas chère payé cette initiation ! Nous retournons à bord pas du tout fatigués mais très amusés par cette locale expérience.

Le Grand Voyage de “Fleur de Lys” 9 ème partie.

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Les jours puis les semaines défilent. Notre vie s’organise entre farniente, navigations d’une vingtaine de milles, visites du pays en bus et pied, recherche de nourriture, natation et plongée sous-marine. Sans oublier les contacts avec nos amis en Belgique et les visites aux autres voyageurs dans les mouillages.

Nos lieux de prédilection en Martinique sont les anses d’Arlet pour les joies de la natation et de la plongée sous marine que nous pratiquons depuis une dizaine d’années Véronique et moi. Une trentaine de voilier y sont ancrés en permanence dont quelques grands voyageurs avec qui nous lions amitié.

Nous y faisons aussi la connaissance d’un ketch de 14 mètres : ‘You Min’. son couple de propriétaire se tâte pour savoir si oui ou non ils vont partir en grand voyage avec ce navire. Nous échangeons souvent avec eux et poussons pour qu’ils remontent leur ancre et quittent leurs habitudes avant de ne plus jamais avoir le courage de partir.

Les plongées aux Anses d’Arlet sont parmi les plus belles de la région. Les coraux y sont encore en bonne santé et la sur-pêche locale n’y a pas encore décimé toute la faune. Nous nous y rendons bouteille sur le dos grâce à notre annexe surchargée. Nous l’amarrons à une bouée de pêche et plongeons. L’eau est limpide, chaude et les fonds colorés. Nous y descendons jusqu’à une trentaine de mètres de profondeur juste avant que les clubs de plongées n’arrivent. Les poissons y sont alors encore nombreux et en général nous avons le privilège d’ assister à leur recherche de nourriture. Une heure plus tard nous effectuons nos paliers de décompression et retournons à bord de Fleur de Lys nous nous prélassons le reste de la journée en siestes et lectures diverses.

Lorsque deux ou trois jours sont passés nous partons pour Fort de France. Au vent la capitale est distante de seulement huit nautiques. Nous parvenons à les effectuer en seulement trois bords. Le mouillage se trouve devant le Fort Saint Louis. En saison nous y avons dénombré plus de trente voiliers.

Il est toujours très spécial de se trouver à l’ancre devant une grande ville car le brouhaha du bourg contraste avec le calme de la mer. Mais Fort de France n’est pas une capitale très tranquille. Le pouvoir municipal en place organise beaucoup d’activités différentes tant culturelles que musicales pour ses concitoyens. Et les citoyens, justement, ne conçoivent pas d’écouter de la musique autrement que le volume poussé au delà de ‘à fond’…Tellement au delà que les sons sont souvent distordus  ce qui est triste pour la qualité d’écoute. Ambiance et acouphènes garantis, par contre.

De la capitale nous prenons tout un réseau de bus afin de visiter les sites remarquables. Autant le dire tout de suite, une vie ne suffirait pas à tout appréhender tellement l’île est belle et finalement diversifiée en paysages bien que tous volcaniques. Le service de bus est moyen et souvent en gréve. Nous sommes les seuls touristes à en tirer profits. Les chauffeurs très bourrus au premier abord  se plieraient en quatre ensuite   pour vous plaire. C’est une caractéristique locale que cette immense gentillesse cachée sous une très fine couche de grognerie. Un jour, prenant l’un de ces bus jusqu’à son terminus, son chauffeur apprend que nous nous rendons plus loin pour y débuter une promenade pédestre. Il n’hésite pas à parcourir trois kilomètres de plus pour nous y déposer. Nous n’avons absolument pas eu à le lui demander. C’est sa gentillesse naturelle qui reprend le dessus. Formidable Martinique !

C’est ici que nous avitaillons Fleur de Lys. Nous retrouvons les mêmes enseignes qu’en Europe mais les prix pratiqués sont en revanche de deux à trois fois plus chers. Nous laissons le voilier à l’ancre et nous rendons à pied vers les grandes surfaces. Le marché local est encore    nettement plus onéreux car les vendeuses y appliquent des tarifs différents en fonction de la couleur de votre peau. Vraiment dommage à constater mais c’est la réalité et un des mauvais côtés de cette région. Après quelques jours à Fort de France nous levons l’ancre en direction de la ville de Saint Pierre. Située à trois heures de navigation, elle est au pied de la montagne pelée, volcan célèbre qui a tué tous les habitants de la ville ( trente milles morts) lors de son explosion en 1902. A présent une petite dizaine de milliers de personnes ont reconstruits sur les ruines de l’époque ce qui permet de bien se rendre compte de la catastrophe tant les vestiges y sont encore nombreux.

Nous nous ancrons juste face au ponton local afin de ne pas devoir effectuer un trop long trajet avec notre petite annexe lorsque nous désirons nous rendre à terre. Le site est vraiment spectaculaire d’autant que la journée le vent dévale les pentes du volcan et vient violemment frapper la dizaine de  navires qui tirent fortement sur leurs ancres.

De notre mouillage nous n’avons que trois minutes de dinghie en direction du large à effectuer pour plonger sur une célèbre épave coulée lors de la catastrophe du début du siècle dernier.

En effet, un voilier d’une grosse centaine de mètres, le Roraima, était à l’ancre presque à l’endroit ou nous sommes lors du phénomène volcanique. Il a coulé par soixante mètres de fond. Nous nous y rendons régulièrement au petit matin pour y profiter des rayons de soleil qui viennent le caresser doucement malgré la profondeur importante. La température de l’eau, cristalline,  atteignant presque trente degrés j’y plonge sans aucune combinaison.

Nous avons exploré cette épave couverte de coraux et squattée par un grand nombre de poissons divers une bonne dizaine de fois sans incident. Nous sommes équipés de bouteilles de dix litres gonflées à deux cents bar ce qui nous permet de rester une trentaine de minutes à la profondeur de quarante cinq mètres et de disposer ensuite d’air en suffisance pour une lente remontée en sécurité et les paliers de décompressions dont la durée peut atteindre une grosse vingtaine de minutes.

A Saint Pierre également, les journées sont douces et tranquilles. En dehors de la pongée et des promenades nous paressons doucement à bord. Christophe prépare ses cours de huit heures à midi tous les jours ouvrables en vrai petit fonctionnaire tandis que je lis, dors et lis encore. L’obscurité tombe vite sous les tropiques. Vers 18h00 la pénombre nous envahit suivie par la nuit. Nous soupons juste avant celle-ci car je n’aime pas manger dans le noir. En général je tombe dans les bras de Morphée vers vingt heures pour m’en extraire à sept. Presque un tour de l’horloge de sommeil. Mais je me réveille toutes les deux ou trois heures quelques minutes le temps de contrôler que tout va bien à bord.
J’écoute et surveille les bruits de la nuit. Un son inhabituel me fait immédiatement me lever et vérifier la position du voilier et la tenue de l’ancre. Le dérapage incontrôlé étant le plus grand des dangers qui nous guettent lorsque nous sommes au mouillage. Tandis que je paressais, justement, j’aperçois un gros dinghie à la dérive. Je l’observe le temps de m’assurer qu’il n’y pas un nageur au bout de son amarre qui s’en sert comme bouée géante. Je ne vois personne autour et décide dont d’aller le chercher avec notre annexe. Une heure plus tard j’entends des bruits sur le ponton à terre. Les propriétaires sont de retour et très paniqués de ne plus retrouver leur bien. Nous leurs faisons des signes et assurons leur transport jusqu’à bord d’où, soulagés, ils repartent vers leur ketch ancré à quelques dizaines de mètres.

De mouillage en mouillage les semaines puis les mois passent.

En avril, alors que nous sommes en route pour le Marin depuis fort de France, le vent est aux abonnés  absent  côté caraïbes, ou nous sommes. Nous avons le temps et nous aimons la voile. Au lieu de naviguer au moteur nous nous éloignons des côtes pour y chercher une meilleure brise.

Cette décision toute simple va avoir un grand impact sur la vie de deux personnes. Nous sommes seuls au large, remontant le peu de vent que nous avons trouvé en configuration ‘ tout dessus’ . Nous apercevons deux objets loin sur notre droite. Véronique décrète que ce sont des noix de cocos ce dont je ne suis pas du tout certain. Même à l’aide de jumelles je ne parviens pas à identifier ce que j’observe. Curieux, je dévie notre course. Stupeur ! Ce sont deux plongeurs. Un couple  qui a été entraîné par le courant. Au moment où nous arrivons la femme, en panique, est déjà en train de boire un peu la tasse alors qu’elle dispose de son gilet de plongée dont elle peut évidemment se servir comme moyen de flottaison aussi à la surface. Nous manœuvrons et affalons de manière à les embarquer. Nous prévenons ensuite les autorités locales qui sont ravies. En effet, ces plongeurs étaient recherchés par leur club mais pas au bon endroit. Sans notre passage inopiné il est probable que l’on ne les auraient jamais retrouvés car une fois au large on dérive très vite encore plus loin.

Du marin nous partons vers Sainte Lucie pour y acheter des légumes. Nous déplacer à la voile ne coute rien et ils y sont trois fois moins cher qu’ici. De plus nous avons le temps.

C’est à l’ancre dans la baie du Marigot que je décroche l’iridium. Ckool, de retour en Martinique après une visite plus au sud? nous informe que la courroie de distribution de leur moteur ayant cassée, ce dernier est  à remplacer. Le chantier naval du Marin leur annonce un cout de plus de huit milles euros pour tout réparer. Vu le modèle de moteur embarqué sur leur voilier déjà assez ancien, je suis révolté par cette vraie tentative d’escroquerie et leur propose notre aide qu’ils acceptent bien volontiers. Nous retournons donc illico en Martinique et les y rejoignons à l’ancre aux Anses d’Arlet. Après expertise le moteur est réparable assez facilement. Ils commandent les pièces en France et deux semaines plus tard, et cinq cents euros en moins, tout est réparé par eux en suivant mes indications. Ouf ! Ils entament le long trajet de retour dans quelques jours. Nous penserons souvent à eux.

Nous profitons de notre présence dans l’anse pour rendre un visite de courtoisie à nos voisins du voilier You Min.You Min est un ketch en acier d’une vingtaine d’années. ses propriétaires, à présent jeunes pensionnées, l’occupent depuis une dizaine d’années, travaillant en Martinique.  Ils nous proposent de naviguer de concert vers le nord afin de rejoindre les Iles Vierges britanniques à plusieurs jours de navigation d’ici.
L’idée semble bonne mais je suis partagé. En effet, la saison des cyclones approche à grand pas et il n’est pas vraiment sécurisant de nous rendre inutilement vers le nord alors que en cas de problème la survie de notre matériel nous imposera de nous protéger en nous rendant  le plus près possible de Trinidad, c’est à dire au Sud. De plus, en été les alizés vont fléchir au Sud Est ce qui va singulièrement nous compliquer le trajet du retour.

Néanmoins, fin Mai nous acceptons de les accompagner. Nous caboterons d’île en île jusque là.

Première étape : La Dominique où nous nous ancrerons le premier soir sans mettre pied à terre, toutefois. Nous la visiterons plus tard lors de notre voyage retour.

Le lendemain nous approchons des ‘ Saintes’ au sud de la Guadeloupe. Après une très belle journée de navigation au largue, c’est un vrai bonheur d’entrer dans ce minuscule archipel de quelques îles.
Celle que nous abordons est habitée de blancs…Nous n’avons plus l’habitude d’autant qu’ils utilisent les mêmes bateaux de pêche et les même techniques qu’en Martinique. Seule la couleur diffère. C’en est presque comique. Nous y resterons deux jours à l’ancre et visiterons la minuscule terre. Si la région est belle le tourisme de masse et le comportement des touristes a bien perverti certains habitants qui sont habitués à l’argent facile et n’ont plus aucun sens de la mesure. On voit des cahutes mal fagotées ou l’on vend une limonade à plus de cinq euros. Triste !    On y loue également des cyclomoteur à la journée au prix de l’or en oubliant de signaler aux touristes que l’ensemble du réseau routier ne mesure que moins de cinq kilomètres et qu’ils en auront fait le tour en moins d’une demi heure. Cela dit,la vue depuis le sommet de l’île vaut le détour et nous en profiterons pour tirer quelques belles photos de notre voilier et de celui de nos amis.
Les deux étapes suivantes nous portent au Nord de la Guadeloupe où je me sens de plus en plus mal à l’aise.

En effet, le cap retour sera Est Sud-Est. Or,alors que nous voguons vers le nord ouest les alizés tournent justement à l’est sud est. Contrairement à la majorité des équipages dans la région, je n’ai aucune envie de naviguer au moteur pour rentrer en Martinique. Sans compter que remonter le vent et la mer au moteur est une dure punition et nous met à la merci du moindre problème mécanique toujours possible. Je décide cependant de continuer et de naviguer encore ensemble, You Min et nous, jusqu’à l’île de Montserrat. La navigation de concert est agréable car nous avons tout le loisir d’observer nos voisins sous voiles. Et c’est vraiment un joli spectacle que de les voir tracer leur route à côté de la nôtre. Leur proue fend les flots avec puissance et grâce. Au milieu de l’après midi nous nous trouvons sous le vent des terres ce qui nous oblige à terminer notre trajet au moteur. Nous visons une baie au nord ouest, la seule encore praticable pour les voiliers de passage.

Le crépuscule approche à pas de loup. Nous sommes à l’ancre et la clarté nous autorise encore à  constater les immenses dégâts occasionnés par le réveil de son volcan en 1995. Les deux tiers de la population a quitté l’île depuis cette période tandis que ceux qui restent tentent de subsister à l’aide du tourisme qu’ils relancent doucement sur les quelques kilomètres carrés épargnés, ici au nord, la seule partie qui n’est pas envahie par les cendre volcaniques. Passer la nuit au mouillage dans un tel endroit est un peu surnaturel. Nous ne sommes que trois voiliers en tout, y compris nos amis. Le nuit sera agitée par les vagues levées par les vents catabatiques qui dévalent les pentes du volcan lorsque les parois de ce dernier se refroidissent à la faveur de l’obscurité. Fleur de Lys tire durement des bords sur sa chaine. Nous sommes au aguets du moindre indice nous permettant de croire que nous n’en sommes plus solidaires. Toute la nuit nous sommes secoués par des rafales atteignant parfois plus de trente cinq kts. Malgré que nous ayons mis une alarme nous signalant tout mouvement de plus de vingt mètres, je dors mal et vais régulièrement contrôler notre tenue. Ces levers nocturnes me permettent d’observer le volcan éclairé par la lave qui en sort encore.

Le lendemain, peut être un peu trop fatigué que pour y voir clair, je décide de faire confiance à mon instinct de prudence. Je vais annoncer à nos amis que je ne continue pas vers les îles vierges comme prévu. Ils sont un peu consternés, je le vois. Je suis triste de « manger ma parole »mais la santé du voilier passe avant toutes les autres considérations. Ils respectent notre décision mais je le sens chagrins. Dans tous les livres ont déconseille fortement de se trouver au nord de la Martinique à partir du mois de fin mai. Juin approchant je préfère y redescendre lentement.

Nous nous quittons donc un peu tristement. Eux partent vers le nord tandis que nous naviguons vers Point à Pitre où nous avons décidé de caréner notre voilier ce qui est bien nécessaire. Comme prévu la navigation est très dure vers la Guadeloupe puisque nous remontons la mer et le vent. Mais elle est vivifiante. 

Nous abordons le Nord du papillon que rappelle la forme du pays. Au centre se trouve la rivière salée qui marque en fait la séparation entre les deux parties de l’ile. La profondeur y atteint presque partout un peu plus de deux mètres sauf au début du chenal qui est ensablé sur une grosse centaine de mètres et ne permet plus le passage qu’aux unités de moins d’un mètre cinquante de tirant d’eau.

Nous voulons absolument, contre l’avis de locaux, tenter l’aventure de la traversée de ce canal naturel qui divise ce pays en deux entre la basse et la haute terre. Malheureusement le voilier ayant deux mètre de tirant d’eau il n’est pas possible, en théorie, de le franchir.

Mais, très décidés nous avons un plan. Puisque nous ne serons réellement bloqués que sur une petite portion d’un peu plus de cent mètres ou la profondeur ne sera pas garantie nous nous y échouerons volontairement. Ce que nous faisons joyeusement. Ensuite nous plongeons pour observer le résultat de notre échouage volontaire pour constater que la quille est enfoncée d’une trentaine de centimètres dans le sable. Nous portons alors une ancre à une cinquantaine de mètres à l’avant de la proue. Et … Nous attendons gentiment qu’un bateau à moteur local passe à côté de notre voilier. Comme ils naviguent à toute vitesse,  ils créent une grosse vague qui nous permet d’avancer de quelques mètres en tirant sur la chaine au bon moment avant de nous ré-échouer à nouveau.
Après le passage de la troisième vedette nous sommes à flots. C’est le sourire aux lèvres que nous remettons l’ancre à poste pour nous diriger vers Point à Pitre. Nous devrons malheureusement passer la nuit dans la mangrove car deux ponts levis enjambent la rivière. Ils n’ouvrent qu’à cinq heures du matin, une seule fois. Nous mouillons donc à quelques mètres du premier. Nous sommes seuls au monde …en compagnie des moustiques qui ne vont pas laisser passer une telle aubaine. Un trio d’idiots qui passent la nuit dans la mangrove ne se pointe pas tous les jours. C’est donc une vraie fête pour eux et je garderai les stigmates de cette nuit toute une année durant.

Au petit matin, allégés de quelques grammes de sang, nous reprenons notre route au moteur vers notre objectif. Les opérateurs des ponts étant arrivés bien à l’heure, à notre grand soulagement tellement nous ne désirions plus revivre une telle nuit sous les attaques en piqué des insectes vampires. Une fois arrivés dans la marina de Point à Pitre nous demandons les tarifs pour sortir notre voilier de l’eau. Ils sont raisonnables étant à peu près équivalents aux bons chantiers en Europe et quatre fois moins chers qu’au Marin. Ouf !

Nous sortons donc notre coque de l’eau pour un lifting bien utile. Nous la passons au nettoyeur haute pression afin d’enlever toutes les traces de l’ancien antifouling avant de la poncer légèrement pour favoriser l’accroche du primaire que nous allons d’abord appliquer. Les commerçants sur le terre plein sont plein de gentillesse et de prévenance malgré qu’ils aient bien compris que nous ne serons pas clients, effectuant tout nous même. Les uns nous conseillent, les autres nous prêtent des outils gratuitement … L’ambiance est totalement différente qu’en Martinique. Ici les commerçants sont commerçants et prêts à aider du mieux qu’ils peuvent les voyageurs très peu argentés que nous sommes.

Quatre jours seront nécessaires à nettoyer la coque et y appliquer cinq couches du cher antifouling. Travail de fourmis effectué en pleine chaleur sans le moindre vent pour nous rafraîchir. Une coque de voilier de quatorze mètres paraît infinie vue du dessous en compagnie d’un rouleau de peinture de quelques centimètres de largeur. Nous dormons sur Fleur de Lys la nuit malgré que nous soyons sur un ber. A cette occasion nous entendons souvent des rôdeurs à la recherche de maraude. Heureusement on nous a conseillé de monter l’échelle à bord une fois la nuit tombée pour éviter les visites nocturnes et de ne rien  laisser trainer que l’on ne veut se voir voler. Le chantier jouxte en effet un énorme bidon ville ou le niveau de vie est vraiment au plus bas. Certains de ces habitants n’ont pas d’autres solution que la rapine dans ce pays ou le chômage fait des ravages malgré le niveau de vie très élevé de certains.

Après cet épisode nous replongeons Fleur de Lys au bain-Marie que constitue presque la mer des caraïbes tant l’eau y est chaude en cet été approchant.  Il flotte sans présenter de fuites aux vannes. Ouf !

Sandra arrivant dans quelques jours nous voguons vers la Martinique non sans nous arrêter de nouveau aux Saintes.

Cette fois nous y rencontrons Pauwke , sloop de 33 pieds sur lequel Bob, le skipper belge néerlandophone parfait bilingue  bourlingue, sans date de retour, et navigue du nord au sud des caraïbes en fonction de la saison et de ses envies. En discutant autour d’un café avec lui nous obtenons un tas de renseignements intéressants sur l’ile de Grenade d’où nous admirerons les cyclones passant plus au Nord dans quelques semaines.

En quittant notre mouillage des Saintes nous passons à deux doigts de la catastrophe. Dans une passe étroite bordée de rochers notre hélice se prend dans un casier de pêche. Le moteur s’arrête et nous dérivons inexorablement vers ces rochers. Le naufrage approche. Heureusement à ce stade nous sommes bien entrainés et comme il n’est pas possible de lever une voile rapidement nous sautons sur le guindeau électrique afin de mouiller une ancre. Les fonds sont à vingt mètres. Toute notre chaine y passe mais Fleur de Lys met son étrave en direction du vent ce qui indique sans erreur possible que l’ancre accroche.  Nous prenons des amers pour vérifier si nous dérapons. Tout va bien, nous sommes provisoirement tirés d’affaire. Christophe qui s’équipait déjà  plonge afin de couper les bouts qui bloquent notre hélice. Une fois dégagée nous remettons en route pour hisser les voiles un peu plus loin et faire route en direction du Marin, en Martinique. Décidément, dans ce genre de voyage tout peut arriver à tout moment !

En aout, Sandra qui est ici depuis un mois se prépare à repartir. Mais avant elle va assister à un spectacle incroyable : «  la course de Yoles rondes ».

Les yoles rondes sont des pirogues d’une dizaine de mètres de long. elles ne sont ni pontées ni quillées. Dirigées par une douzaine d’équipiers qui font contre-poids grâce à des perches dépassant des cotés gauche et droit, elles peuvent remonter le vent à presque huit nœud. Chaque année une quinzaine d’équipe se mesure en effectuant le tour de la Martinique ce qui leur prend une semaine en naviguant des étapes d’une petite journée. L’évènement vaut ici le tour de France à vélo. Tout le monde veut le suivre et la radio locale lui est entièrement dévoué. Les Martiniquais louent tout ce qui peut naviguer pour suivre leur équipe favorite ce qui donne le spectacle d’un petite vingtaine de yoles entourées de plusieurs centaines de navires en tous genres. Catamarans, yacht à moteur, barquettes … Tout est bon du moment que ca flotte plus ou moins.

Une partie de la course se déroule le long de la côte sous le vent c’est à dire dans les eaux normalement calmes et protégées des caraïbes. Mais durant la compétition ces eaux sont tellement agitées par le passage des navires suiveurs  que certaines yoles y coulent .  Incroyable mais vrai ! Chaque soir l’arrivée ad lieu dans une baie différente. Les spectateurs y passent la nuit sur leurs yachts très souvent en surcharge. Ils  y dansent chantent et boivent jusqu’au petit matin. Le départ est donné à dix heures mais il n’est pas rare que les yoles se retrouvent seules en mer jusque midi, heure la plus matinale à laquelle les suiveurs ont réussi à se dégriser. Le spectacle est très coloré par les voiles différentes et nous assistons à une vraie fête populaire.
Je décide de placer stratégiquement Fleur de Lys à l’entrée de l’une de ces baies à deux jours de la fin de la compétition. Nous positionnons soigneusement notre ancre afin d’être à une bonne place tant pour assister à l’arrivée que pour nous trouver à l’endroit le plus sur pour ne pas nous voir percuter par les équipages de supporters en liesse.

Il est seize heures nous sommes fin prêts. Une myriade de petits points apparait à l’horizon. Ce sont eux. Les points colorés sont les compétiteurs tandis que les autres sont les spectateurs, vingt fois plus nombreux. L’eau s’agite de plus en plus, ils approchent. Nous entendons un mélange de musique, de bruit de moteur et de cris. Le volume sonore empire tandis que nous sommes à présent bien ballotés par des vagues d’un mètre. Les suiveurs font la course à la meilleure place pour passer la nuit. Nous sommes croisés par plusieurs centaines de yachts à moteur ou à voile mais naviguant au moteur. Nous sommes très impressionnés par l’ambiance folle de communion disparate qui règne à présent. Les derniers passent enfin une heure après le début des évènements et la mer se calme. Le bruit par contre restera assourdissant jusque très tard dans la nuit. Lorsque nous nous lèverons vers sept heures nous constaterons être les seuls éveillés et verrons passer les yoles alors que tout le monde dort encore.

La radio envoie une équipe à chaque étape. Elle y interview le maire qui parfois, dans un excès de lyrisme et de rhum transforme cette locale compétition  en ‘ championnats du monde des yoles rondes’.
Quelle fête !

Elle marquera le fin provisoire de notre séjour ici. Sandra étant retournée en Belgique nous partons vers le sud en destination de Grenade.

**Véronique tente de prendre les mails et les fichiers météos. Le bateau tangue et roule sous les effets de la mer qui grossit. L’ordinateur, posé sur la table à carte, ne demande qu’à ce débrancher de l’iridium ce qui nous oblige à recommencer toute l’opération de connexion à son début. Hors connexion nous positionnons Fleur de Lys sur une carte informatisée. Nous choisissons alors une zone pour laquelle nous désirons des informations météorologiques ainsi que la précision de ces données avant de brancher le pc au téléphone satellite et d’envoyer l’ordre de connexion. Plus les données demandées sont nombreuses plus la connexion sera chère et longue. Or,  il n’est pas rare d’avoir des coupures  parce que la couverture satellite est mauvaise à l’endroit où nous sommes. Dans ce cas  nous devons refaire toute la procédure. En conséquence nous sommes contraints de choisir  entre la demande de données très complètes qui nécessiteront une longue connexion avec les risques d’échec ou recevoir des informations plus succinctes mais qui demanderont moins de temps de connexion. Par expérience nous optons presque toujours pour la seconde solution.

Les fichiers reçus, il reste à les interpréter. Véronique vient me chercher dès que tout est prêt. A quelques heures de la tempête il n’y a plus de doute. Nous devrons étaler un vent de force onze qui lèvera au pire moment une mer de dix à douze mètres de hauteur. La bonne nouvelle est que ce vent   sera de direction ouest et nous gardera donc sur une route de rapprochement avec notre destination.

Il est temps, à présent de prévenir l’équipage du phénomène. .

Je profite d’un repas où nous sommes tous présents pour décrire la situation ainsi que les mesures de sécurité que nous allons à présent mettre en place pour y faire face. Je réalise à cette occasion combien nous sommes soudés. Tous nous font confiance, au voilier et à moi et acceptent mes décisions sans aucune objection. C’est très bon signe pour la suite car si nous nous retrouvons dans une situation désespérée il sera vital de travailler sans discuter sur les options que je serai amené à prendre. Pour ma part j’ouvre un livre que j’ai déjà lu dont le titre est : ‘ Survire en mer à un cyclone ‘ et le  referme aussitôt. C’est un peu trop déprimant et totalement inutile puisque je le connais par cœur. La peur revient. Pas vraiment la peur de mourir, mais celle de ne plus revoir nos enfants ou de perdre un équipier.

 Solitude …

Le grand voyage de Fleur de Lys : 8ème épisode….aux Antilles

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Après quelques jours consacrés au ré-avitaillement du navire nous planifions un peu notre vie des prochains mois. La Martinique se trouvant presque au centre de l’arc antillais nous la considérerons comme notre camps de base. Nos navigations d’une île à l’autre nous ramènerons donc ici. Et c’est dans cette île que nous nous imprégnerons de l’ambiance des Antilles et que nous tenterons de nous faire quelque amis parmi les habitants.

Nous retrouvons quelques voiliers rencontrés en Europe. Nos soirées, à l’ancre dans la magnifique baie des Anses d’Arlet nous permettront de découvrir le rhum local et surtout les différentes manières de le déguster. Tous les équipages ont des aventures diverses à raconter. Depuis les fortunes de mer aux joies des découvertes inattendues, personne ne regrette de voyager malgré les risques encourus.

Les conditions de navigations dans les Antilles sont faciles et agréables mais parfois musclées. Le vent, de secteur Est toute l’année, souffle en général de force quatre à cinq. Le mer est calme sous le vent des îles côté caraïbes tandis que, au vent, les vagues atlantiques venant du large sont parfois violentes.
Entre juillet et novembre sévit la saison des cyclones. Si il n’y a pas chaque année un grand cyclone qui dévaste la Martinique, le risque que le phénomène se produise est suffisamment important pour que nous allions nous protéger plus au sud durant cette période. Jusque il y a peu, La plupart des voiliers se rendaient au Vénézuela pour se mettre à l’abri. Malheureusement, depuis quelques années la sécurité n’y est plus du tout suffisante. Aussi nous choisissons Grenade, magnifique petit archipel juste au Nord du continent sud-américain comme option pour les mois d’aout et septembre.

Étant en fin janvier, nous avons largement le temps d’explorer la Martinique et les îles environnantes d’ici là. Mais avons d’abord l’immense joie d’accueillir l’équipage de Ckool qui termine sa transat par le mouillage où nous nous trouvons. Nous hurlons de joie à leur arrivée et buvons le champagne ensemble. Leur bateau mesurant quatre mètres de moins que le notre, ils ont plusieurs fois touché l’eau avec leur mât suite aux grosses vagues en travers. Ils ont eu de belles frayeurs et sont très soulagés de se retrouver en sécurité. Mais ils sont là … Dans quelques jours ils navigueront plein sud pour commencer l’exploration des Antilles en débutant par les Grenadines. Nous nous reverrons lors de leur passage vers le nord en avril lorsqu’ils débuteront le voyage de retour vers la méditerranée, leur bassin habituel de navigation.

Le temps … Nous avons l’immense luxe d’avoir le temps. Je me rends compte du privilège que nous nous nous sommes octroyé par la réalisation de ce voyage. Nous réservant deux années, nous disposons de plus de temps qu’il n’en faut et ne sommes donc pas forcés de visiter ce que nous désirons au pas de course. Nous ne sommes même pas obligés de faire des choix. Nous irons ou nous le voudrons quand nous le déciderons.


Pas de chance par contre car depuis notre arrivée la Martinique est soumise à une grève totale des dockers. Les magasins sont très peu achalandés, les chantiers de constructions sont à l’arrêt et toute la population ne parle que de cela. Nous expérimentons les joies de la vie insulaire totalement inféodée à l’approvisionnement extérieur. Nous admirons un immeuble de plus de trente étages où, à cause de cette grève, ne travaillent qu’une dizaine d’ouvriers accompagnés d’un grutier qui met une heure chaque matin à grimper au sommet de sa grue escaladant échelon après échelon. La somme de travail pour terminer l’ouvrage paraît titanesque au regard du peu de main d’œuvre disponible. En réalité les autres ouvriers sont au chômage technique puisque il manque de ciment suite à cette grève.

Sandra et Andy venant nous rejoindre pour un mois en Juillet, nous décidons de ne pas trop nous éloigner et de naviguer en Martinique et le long des côtes de Sainte Lucie jusqu’à leur arrivée dans cinq gros mois.

Sainte Lucie est une île indépendante mais anciennement sous domination britannique. On y parle anglais mais également français car dans son histoire elle a été parfois reprise par les Français. Elle est notre première destination des Caraïbes hors Martinique, notre camp de base. Nous y amarrons notre voilier dans la marina de Rodney Bay afin d’y accomplir les formalités d’entrées début février.
Nous ne mettons pas longtemps à comprendre que cette île présente peu d’intérêt pour les grands voyageurs que nous sommes devenus. Très pauvres, certains habitants vivent un peu mieux en pratiquant des tarifs prohibitifs sans aucune justification de service aux yachts de passage. Dommage d’autant qu’ils se tirent une balle dans le pied en faisant fuir l’immense majorité des clients potentiels avertis par les réseaux sociaux ou le bouche à oreille. Il ne leur reste que quelques pigeons qu’ils plumeront sans regrets mais qui se font de plus en plus rare avec l’explosion des moyens de communications. Nous resterons quelques jours dans cette marina où des vendeurs ambulants tentent de nous vendre des légumes dix fois plus chers que le prix normal. Des dealers viennent aussi régulièrement nous proposer de l’herbe. Pas pour nos vaches, pour nous !

Nous décidons alors de nous rendre dans la baie de Castries, capitale du pays. Nous y plantons notre ancre au milieu de trois immenses paquebots de plus de deux mille cabines. Étrangement, notre mouillage ici ne semble déranger personne. Nous semblons même plutôt les bienvenus. Au marché local nous sommes les seuls visiteurs étrangers. Aussitôt que les marchandes nous entendent parler français les sourires apparaissent. Je constate avec plaisir que nous y payons les même prix que les clients locaux. La population est francophile et situe même la Belgique dont elle a entendu parler en 2010 grâce aux cinq cents cinquante jours sans gouvernement qu’à connu notre pays.

Comme nous aimons les endroits improbables, nous restons. Un magnifique sloop japonais partage la place avec nous.

Et arrive le vendredi soir. Nous ne le savions pas mais le vendredi soir est jour de fête. En fait c’est un peu comme si la soupape de sécurité d’une machine à vapeur s’ouvrait. Vers 19h00 la musique surgit de partout. Éclectique mais très forte et de préférence très fausse. Ici on parle de «  friday nigths ».
Dans notre baie, nous sommes encerclés par les hurlements en provenance des enceintes des cafés locaux. Le niveau sonore est tel que nos tympans sont réellement en danger. Pour éviter des dégâts irréversibles  nous sommes contraints aux boules Quiès. Jusque tard dans la nuit toute la population est dans les rues à manger des brochettes en s’assourdissant de musique. Incroyable !

Le samedi matin le calme est revenu. Il ne reste que la montagne de détritus que les ouvriers communaux viennent ramasser avec sacs et pelles. La population reprend le train train quotidien visiblement impatiente du vendredi à venir. Une grande partie des habitants, très pauvres voir miséreux ne vit que pour cette soirée.

Un matin nous entendons que l’on nous appelle depuis un navire de croisière italien. Sortant la tête du carré,  nous apercevons un pavillon belge  flottant au vent d’une cabine d’un pont supérieur. Ce sont des belges en vacances qui nous ont repéré et nous saluent avec nos couleurs. Je ressens une drôle d’impression en pensant qu’ils sont à quelques jours de la Belgique alors que nous en sommes éloignés de plus d’un an. Décidément je souffre encore du mal du pays. J’ai beau être parfaitement heureux ici la nostalgie me guette à chaque étape de ce voyage.

Le samedi après midi suivant nous constatons que l’on effectue des grands préparatifs pour une autre fête. Y auraient-ils des ‘Saterday nigth’s'  ?

Non ! Cette animation est à l’occasion de la fête nationale. Des employés installent un camp retranché sur le terre plein juste en face de notre mouillage. Ensuite arrivent des gradins, de la sono ( encore) et des chaises.

La nuit tombe et nous assistons à un concert de musique classique. Le chef est Anglais. Et par tous les saints je jure qu’il ne connaît rien à la musique. Sous son égide tout l’orchestre, composé principalement de blancs locaux joue faux. Nous n’avions encore jamais entendu cela. Vraiment dommage car hors musique classique il y a évidemment des tas de bons musiciens ici.  Pourquoi n’ont-ils pas fait appel à des artistes et à de la musique locale ?

Curieux, nous tentons d’aller à terre. Nous n’y croyons pas vraiment car le premier ministre discourt face aux notables que sont les ambassadeurs étrangers et quelques industriels du même cru.

Avec notre annexe nous approchons tout doucement et silencieusement du quai. Les gardes nous ont aperçus et s’approchent.  Ils nous interpellent gentiment en anglais : «  voulez vous participer à notre fête nationale . » Comme nous répondons par l’affirmative ils nous invitent à entrer dans la zone protégée et nous voila en train d’écouter les paroles du tribun à quelques centimètres des VIP.

C’était vraiment très gentil de leur part. Rien ne les obligeaient, en effet, à nous laisser nous approcher. Nous constatons que la paranoïa qui lobotomise trop souvent nos autorité n’a pas encore sévit dans ce pays. Les officiers de police y sont encore capables et autorisés à prendre des initiatives. Nous assisterons ensuite à quelques danses locales suivies du plus grand feu d’artifice que je n’aie jamais vu. Toutes les autres expériences de ce spectacle auxquelles j’ai assisté en Europe sont des lancers de minuscules pétards mouillés par comparaison. Le ciel est enflammé dans un boucan constitué d’un mélange de sifflets des fusées ascendantes et d’explosions grandioses de la bombe à son zénith. Les scories descendant vers le sol donnent l’impression que nous sommes entourés de saules pleureurs fluorescents. Le phénomène dure plus d’une demi heure et enveloppe toute la région d’un brouillard odorant bon la poudre ne servant pas à tuer mais à admirer la beauté du mélange des couleurs.

C’est à peu près tout ce que nous visiterons de Sainte Lucie. Échaudés par la lecture de ce qu’en disait la célèbre navigatrice Annie Vandewiele et par ce que nous constatons par nos yeux, nous décrétons cette île définitivement sans intérêts pour nous d’autant que du point de vue des paysages toutes les caraïbes se ressemblent.  Nous reviendrons peut être pour nous y approvisionner mais sans plus. Le pays n’est malheureusement pas encore très stable et la population encore échaudée par des années de propagande contradictoire distillée par des pouvoirs souvent illégitimes. Nous remontons donc notre ancre et faisons route vers la Martinique.

Cette dernière n’est distante que de vingt cinq milles marins, mais les vents sont contraires et nous devons franchir le chenal très agité qui la sépare de Saine Lucie. Grand voile à deux ris et trinquette à poste nous entamons la traversée au petit matin. Nous parvenons à tellement bien serrer le vent que nous dépassons des catamarans de croisières qui sont pourtant appuyés par leurs deux moteurs mais plantent des pieux à cause de la mer contraire. A la gîte, Fleur de Lys avance à plus de sept nœuds suivant une magnifique trajectoire rectiligne. Naviguer contre le vent est très fatiguant mais aussi très exaltant car nous ressentons toute la puissance des septante mètres carré de voiles propulsant le navire pesant pourtant plus de douze tonnes. A cette allure nous ne mettons que quatre heures pour rejoindre la baie du Marin. Nous nous y ancrons le plus près possible du ponton permettant de rejoindre le centre. Dominé par le Mango-bay restaurant et bar, repaire des marins de toutes nationalités, ce ponton est notre lieu d’accostage favori pour magasiner.Deux bonnes dizaines de dinghies y sont déjà cadenassés. Nous prenons un rafraichissement au dit bar et en profitons pour utiliser leur connexion internet gratuite. Skype est en effet le seul moyen raisonnable pour appeler Sandra aussi longtemps que nous le voulons sans nous voir ruinés par la facture. Une bonne vingtaine d’autre personnes y surfe déjà ce qui ralenti parfois considérablement le débit et rend notre communication approximative. Parmi ces gens quelques « transatlantiquards »en attente de la suite de leur voyage malheureusement impossibles à repérer au milieu des touristes locataires de catamarans à la semaine ou des propriétaires d’un voilier qui reste toute l’année dans la marina.

Le soleil brille, il fait plus de trente degrés dans l’air tandis que l’eau atteint presque la même température. Nous sommes bien dans les caraïbes à présent.

La baie du Marin a dû être magnifique jusqu’à il y a quelques années. Malheureusement, elle est aujourd’hui squattée par des centaines de voiliers de métropolitains qui ne viennent qu’une fois par an, quand ils viennent! De plus, un grand chantier naval ne respectant aucune norme environnementale alors que les tarifs qui y sont pratiqués sont prohibitifs y déverse sont flot d’eaux polluée par les produits chimiques que l’on utilise pour l’entretien et la réparation des navires de plaisance. Plusieurs métropolitains ravagés par l’alcoolisme y travaillent dans des conditions d’hygiène en dessous de tout et pour un salaire de misère. Triste spectacle de l’exploitation de l’homme par l’homme et de destruction de l’environnement. Les Antillais sont bien gentils de tolérer pareille attitude chez eux.

Nous retrouvons un voilier Turc rencontré au Cap-Vert et y prenons le café offert avec beaucoup de gentillesse par son skipper. C’est le seul équipage de cette nationalité que nous ayons vu de tout notre périple. Dommage car ils s’y connaissent en hospitalité et sont maîtres dans l’art de passer le café. Nous retrouvons également l’équipage du petit Pogo de 8m50 qui nous avait dépassé au début de la transat. Nous apprenons qu’incommodés par l’inconfort de la mer, ils ont changé d’allure et navigué au vent plein arrière comme nous le faisions. Finalement,  ils ne sont arrivé qu’avec un jour d’avance sur nous. Dans une semaine ils quittent définitivement la Martinique pour explorer le Belize et Cuba. Ils vogueront en Juin vers leur France natale.

Nous décidons de naviguer localement tous les deux ou trois jours pour bien profiter des ambiances et paysages locaux. Il est important de ne pas devenir paresseux dans ces contrées tropicales car la chaleur et le farniente peuvent très vite nous faire sombrer dans une indolence dont nous pourrions avoir toutes les difficultés à ressortir.

Le pays mesure une cinquantaine de kilomètres du nord au sud. Les côtes au vent sont harcelées par la mer mais on y trouve quelques baies extrêmement bien protégées mais d’accès difficile et mal cartographié. Nous y débutons notre exploration de la Martinique et Fleur de Lys, contre le vent et la mer, passe péniblement la pointe nord de la terre en fin de matinée pour redescendre vers le Sud Est côté atlantique. Nous sommes bien secoués mais obstinés à visiter les Baies du Robert et du François dont on nous a dit le plus grand bien. Au beau milieu des cailles de corail nous admirons une minuscule île de sable blanc . Un transat et un parasol y trônent au beau milieu. Étrange, mais plus tard nous constaterons que des antillais viennent y échouer leur petits bateaux à moteur afin d’y écouter de la musique en dégustant une bière ou du rhum. C’est minuscule mais cela ressemble un peu à l’idée que l’on se ferait du paradis.

Prudemment nous approchons des eaux calmes de la baie . C’est un peu chaud car nous sommes contraints de nous faufiler très près des récifs pour y chercher les zones les plus profondes puisque nous avons deux mètres de tirant d’eau. Nous faisons des aller retour entre le poste de barre et la table à carte et sommes bien inquiets du risque de heurter des rochers non répertoriés,  mais nous nous retrouvons bientôt en sécurité . Le paysage est magnifique. Nous sommes comme posés sur un lac saupoudré de petites îles et bordé de collines. Nous nous trouvons assurément dans un bon abri mais il doit être par contre très difficile d’en sortir par vents forts. Il sera donc indispensable de surveiller l’évolution de l’aérologie de très près afin de ne pas être coincés ici contre notre gré. Nous profiterons de trois belles journées sans vent pour folâtrer le long de cette côte Est. Le seul point négatif est que cette zone est une mangrove dont l’eau, opaque, ne donne nullement envie de se baigner bien qu’elle soit propre. Bien protégés de la houle, les nuits sont calmes. Fleur de Lys ne roule pas et comme le vent s’absente une fois la pénombre installée, nous ne tirons même pas sur notre chaine d’ancre. Le réveil par contre est difficile car vers 9h00 nous sommes tirés du lit par le bruit de plusieurs canot à moteur suivi d’une énorme houle qui fait brinquebaler dans tous les sens ce qui n’a pas été bien fixé à bord. Ce sont des pêcheurs locaux qui ont reconvertis leur fière yole en navire de promenade à la journée pour les touristes. Ils partent de l’embarcadère le plus proche et, surchargés, foncent ventre à terre pour déposer leur cargaison sur l’îlot derrière lequel nous sommes abrités. C’est un peu triste comme méthode de travail car le principal charme du lieu, la tranquillité, n’est plus vraiment assurée. Nous nous demandons ce qui les pousse à travailler de cette façon au lieu d’approcher au ralenti afin de contrôler le bruit.

Le Grand Voyage de ” Fleur de Lys” 7ème partie

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Les jours passent doucement.

Nous découvrons la vie à bord d’un petit voilier en route pour une traversée de l’Atlantique.
Le sommeil tient une grande place dans ces circonstances car en plus du grand air, se faire secouer toute la journée et effectuer un grand nombre de manœuvres nous fatigue énormément.
De temps en temps, une absence totale de vent nous oblige à tout affaler pour éviter le battement des voiles sans vie sur le mât. Encore une manœuvre de plus. Puis, nous devons tout remonter dès que la situation initiale réapparait.

Parfois, nous voyons des oiseaux. De toutes sortes de très haute mer, ils viennent totalement infirmer la théorie qui dit qu’en fonction de leur espèce il est possible de savoir si nous approchons une terre. Au milieu de nulle part nous observons aussi bien des pailles en queue que des Fous. Ils se comptent sur le doigt de la main, mais ils sont présents.

Nous admirons également des baleines.
Un après midi, un couple vient jouer autour de Fleur de Lys. Le mâle mesure une dizaine de mètres et frôle régulièrement notre gouvernail. Je n’ose imaginer ce qui nous arriverait si nous avions affaire à un maladroit qui nous l’emporte dans son élan.
Elles doivent nous trouver à leur goût car elles nous tiennent compagnie jusque tard dans la nuit. Elles y nagent au milieu du plancton dans un éclair de lumière permanent. C’est beau, étrange, presque surnaturel que de deviner leurs formes éclairées par la  fluorescence de certains organismes marins.

Tous les quatre jours, à l’aurore,  nous plongeons la ligne de pêche. En une heure nous remontons une belle daurade  que nous cuisinons de différentes façons. Interdiction absolue à présent , de la manger en filets crus. En effet, la dernière fois Véronique a été tellement malade que nous avons eu peur pour sa vie.

Nous fabriquons notre eau potable par osmose inverse. Notre appareil est capable de nous offrir cinq litres d’eau pure par heure de fonctionnement. Mais c’est un procédé qui consomme de l’électricité en conséquence et est bruyant. Nous limitons donc son emploi à la stricte nécessité de la cuisine et de la boisson.

Nous produisons cette électricité grâce à un hydrolienne tractée à l’arrière du tableau arrière.
C’est une machine mixte fabriquée au Royaume-Uni. Elle peut se transformer en une éolienne performante en moins de deux minutes par un procédé très astucieux. Naviguant vent arrière, une hydrolienne est performante profitant de la vitesse du voilier dans les flots pour faire tourner une hélice reliée à un alternateur par un arbre en composite. L’éolienne, par contre, ne fonctionne pas au vent arrière puisque la puissance du vent qui vient l’alimenter se voir diminuée de la vitesse propre du navire qui navigue dans la même direction.

Les réserves d’eaux de Fleur de Lys sont de quatre cents litres dans les deux réservoirs. Ce précieux liquide, en principe potable également, est destiné à la cuisine, au dernier rinçage de la vaisselle et aux deux litres par jour et par personne qui nous sont alloués pour les ablutions. Nous nous lavons donc abondamment à l’eau de mer et utilisons notre part pour nous rincer ensuite.

Fleur de Lys trace sa route. Des millions de mètres cubes d’eau défilent sous notre quille. Notre sillon éphémère ne changera  rien à la faune qui y vit. Nous ne sommes que des passants. Le sentiment d’être totalement insignifiant est très présent. L’infini qui nous entoure remet Fleur de Lys à sa juste place : Une poussière sur l’océan. Les dauphins répondent présents plusieurs fois par jour. Nous nous demandons comment ils pratiquent pour se nourrir alors que ces fonds sont de abîmes. Les habitudes deviennent rituels. Les secondes, minutes et heures prennent leur temps. Les jours défilent lentement. Solitude. Solitude. J’essaye de na pas penser à notre fille, aux études en Belgique. A quelques heures d’avion pour les touristes, à des années lumières pour nous.

Je suis un peu déçu de ne pas avoir une ou deux journées de répit sans vent et sans mer qui nous permettraient de lire et de profiter confortablement de cette traversée. D’un autre point de vue nous progressons à raison de 130 milles marins par vingt quatre heures. L’arrivée se profile lentement mais surement à l’horizon.

Serge et moi avons dur. Je suis un peu marqué mentalement par le poids des décisions que je dois prendre en permanence afin d’anticiper les changements de vent et physiquement par les incessantes manœuvres qu’elles impliquent. Les conséquences en sont que je commence à être en dette de sommeil. Pas assez toutefois que pour me résoudre à laisser le voilier sans surveillance… Il a des difficultés à dormir et son état de fatigue commence à m’inquiéter . Un signe surtout me fait peur : il a déjà accepté deux fois que je le remplace pour son quart. Lambiner n’est pas du tout son genre, si il retourne dans sa cabine sans rechigner lorsque je lui propose cette solution alors que c’est son tour c’est qu’il est vraiment très mal. Il reste quelques jours de navigation. Les pires du point de vu de l’inconfort car la station météorologique annonce des vents forts et une mer dangereuse à l’approche de la Martinique.
Heureusement, Véronique et Christophe sont en pleine santé. Pour eux la transatlantique peut encore durer des semaines avant qu’ils ne soient au bout de leurs ressources. Tant mieux ! Il est évident que nous ne sommes pas tous fabriqués de la même façon. Ce qui touche les uns laisse totalement indifférent les autres. Mystères de la condition humaine.

Demain, nous arriverons demain. Je n’y crois même pas tellement il est merveilleux, pour des apprentis marins que nous sommes, de voir notre rêve d’effectuer une transat sur notre voilier se terminer avec fruit. Plus que jamais je vérifie tout. Je veux à tout prix ménager notre monture jusqu’au dernier moment et réduis encore un peu la toile pour la soulager. Malgré la fatigue et les douleurs physiques conséquences de la houle, je veux profiter pleinement des dernières heures. Je me pince pour être certain de ne pas rêver. Nous sommes à quelques heures de terminer notre première transatlantique.

Le 12 Janvier nous accostons un ponton dans la marina du Marin, en Martinique. Il est midi et personne n’a répondu à nos appels radios lancés pour annoncer notre présence. Véronique part en éclaireuse pour trouver la capitainerie.  J’avais envoyé un mail depuis Mindelo pour réserver une place ici, si possible. On m’avait gentiment répondu m’attendre pour le dix janvier. Arrivée dans le bureau du port, Véronique se voit engueulée car nous n’avons pas envoyé de mail pour signaler notre retard… Un mail! Je rêve ! Nous étions en haute mer, il n’y avait pas de wifi. Ben alors vous auriez pu employer votre GSM… La Martinique ! Ils sont envahi de touristes qui soit y louent un voilier depuis la métropole soit en possèdent un sur place qu’ils font naviguer trois mois par an durant notre saison d’hiver. Les employés de la marina n’ont absolument pas conscience qu’une centaine d’équipage ne vient pas par avion mais arrive par le mer après un voyage souvent pénible.
Les » grands voyageurs »sont noyés dans le troupeau. Le retour à terre est dur.

Nous sommes amarrés juste aux côtés de Baloo, voilier allemand rencontré à Madère. Comme le skipper n’y est pas présent nous prenons  de ces nouvelles auprès de notre voisin de droite. Douche froide…Il nous apprend que le sloop a été retrouvé vide par les sauveteurs locaux. A quelques milles des côtes, en arrivant de Mindelo  après vingt jours de mer, son skipper est tombé à l’eau et n’a pas été retrouvé. Nous sommes consternés. Deux jours plus tard la famille vient récupérer ses affaires et nous parler de lui. Ils nous laissent quelques objets utiles pour nous tandis que nous les aidons à démarrer le moteur afin de naviguer en direction du chantier naval qui se chargera de le vendre.

Nous sommes en Martinique. Une grande étape a été franchie au propre comme au figuré. Nous sommes en Janvier, nous devrons prendre la route du retour dans un an et trois mois. Nous pouvons donc profiter pleinement du climat, des paysages et de l’ambiance locale.

Le Grand voyage de ” “Fleur de Lys” 6 ème partie….la transat commence.

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Nous sommes le 24  décembre, dans quelques heures nous fêterons le réveillon de Noël.

Les Belges du voilier Ckool sont arrivés à Mindelo plusieurs jours avant nous. Ils espèrent partir pour les Caraïbes début janvier.  Nous décidons de faire le fête ensemble et partons à la recherche de nourriture festive. Pas facile du tout ici alors que les simples chocolats se trouvent sous clef dans les magasins comme produits de luxe.

Heureusement ils avaient du foie gras tandis qu’il nous restaient plusieurs bouteilles de champagne offertes par des amis à notre départ. Sur chaque bouteille le nom du donateur inscrit nous a permis d’envoyer un  grand merci accompagné de précisions sur l’endroit ou nous avions consommé le nectar.

Nous banquetons donc ensemble dans la joie et la bonne humeur.

Le vingt-cinq, c’est branle bas de combat à bord. Nous quitterons le Cap-Vert demain. Nous terminons donc les préparatifs et l’approvisionnement et tentons de convaincre nos compatriotes de partir sans tarder également . Mais ils préfèrent attendre le deux janvier, comme ils l’avaient décidé au départ. 

De plus, ils prévoient de nous appeler par téléphone satellite juste avant de partir afin de connaître nos premières impressions sur l’état de la mer lors d’une grande traversée.

Nous avitaillons Fleur de Lys en nourriture fraîche pour plus de trois semaines. En réalité nous avons également plus de deux mois de féculents et de conserves à bord. Juste au cas où.

Malheureusement on ne trouve pas à Mindelo de jambon sous vide ou autres charcuteries. Nous embarquons donc un maximum d’œufs, trois jours de viande fraiche et mettons nos espoirs sur la pêche pour ne pas devoir manger des pâtes au  lard durant trois semaines.

Nous effectuons également les pleins en fuel afin de pouvoir naviguer environ quatre jours juste au moteur si le vent venait à manquer. Nous nous amarrons au poste de carburant et commençons l’opération sous le regard de la pompiste. Comme nous terminons je lui tends ma carte de crédit…et la laisse tomber stupidement dans la mer avant qu’elle n’aie eu le temps de l’attraper. Je vois la panique dans ses yeux. Elle se demande comment je vais payer et surtout comment elle va faire pour ne pas se faire virer par son patron si je ne paie pas. Elle est vraiment effrayée, je le vois. Je tente de la rassurer : nous allons plonger et retrouver la visa. C’est Véronique qui s’y colle. En quelques minutes elle est équipée de tout le matériel de plongée autonome et dans un splash d’anthologie elle disparaît sous la surface des eaux opaques de la baie de Mindelo. Je ne suis pas très rassuré car l’an passé un plongeur a été tué par les requins au même endroit dans les mêmes circonstances. Dix minutes, vingt, Je m’inquiètes de plus en plus…trente, quarante. Elle remonte enfin …avec un horrible seau noir (que nous avons encore) qu’elle a trouvé. Je l’engueule un peu pour faire bonne mesure et elle y retourne . A mon immense soulagement elle refait surface quelques minutes plus tard avec la carte et une très belle gourmette en argent.  Perdue par un client, sans doute. La pompiste est très soulagée. Elle ne se fera pas remercier par son patron aujourd’hui. Elle se montrera ravie lorsque nous lui offrirons le bijoux. Nous pouvons retourner nous amarrer le long du quai qui nous est réservé. Fleur de Lys est prêt.

Le vingt-six décembre je donne l’ordre d’appareillage.
C’est une scène touchante que donne  celle de nos amis Françoise et Jean-Pierre, skippers de Ckool, qui viennent larguer nos amarres pour cette grande traversée de l’Atlantique. Comme le veut la tradition depuis de nombreuses années, les klaxons de la capitainerie meuglent pour marquer l’évènement que constitue ici chaque départ. Nous sommes émus. Jamais nous n’avons quitté la terre pour une si longue période. Trois semaines sont prévues.

Nous quittons Mindelo. Il y a quelques mois je n’avais qu’une vague idée de ce qui nous attend. Depuis, nous avons rencontré quelques marins ayant déjà fait ce périple en cette période et je devine que ce sera intense mais dur. Parcourir deux-mille-quatre-cents milles à la voile pour effectuer cette traversée est une épreuve qui peut s’avérer très difficile pour le bateau et pour certains équipiers. Nous sommes quatre. Véronique, Christophe, Serge et moi. Nous effectuerons les quarts à trois mais notre fils cassera le rythme en surveillant le voilier deux heures tous les après-midi.

En cette fin de matinée, nous levons la grand voile réduite au premier ris. Les alizés sont soutenus. De force cinq, ils devraient nous permettre d’avancer à près de cent-quarante milles par jour. Fleur de Lys est capable de croiser à plus de huit nœuds avec ce vent. Mais dans quelques heures nous serons évidemment hors d’atteinte de tout secours. Il n’est pas question de casser du matériel. J’ai donc décidé de sous-toiler notre sloop en permanence. Nous perdrons plus de deux nœuds, mais nous ménagerons énormément le matériel.

Les premières heures la houle est grosse mais pas encore énorme. En fait nous sommes encore protégés par l’archipel que constituent les iles du Cap-Vert. Je me dis que le voyage ne va pas être très confortable mais que nous ne serons pas si secoués que je ne le craignais.  Nous organisons la vie de ces vingt-et-un prochains jours. La nuit tombe. La première de cette traversée. Serge vient près de moi et me dis : « On y est,  nom d’un petit bonhomme ! ». Cela fait déjà un mois qu’il nous a rejoint pour cette Transat, et en effet, nous y sommes !

Nous y sommes vraiment car à présent que les Iles du Cap-Vert ne sont plus en vue nous recevons trois houles différentes. Une par l’arrière et deux par les côtés. Notre esquif avance à un peu plus de cinq nœuds. Toutes les sept secondes il est rattrapé par l’onde arrière. Dans le même temps il reçoit une grosse claque à droite puis à gauche, conséquences des vagues croisées. Le matériel est soumis à rude épreuve et je suis quand même un peu inquiet.  J’imagine un démâtage ici au beau milieu de… nulle part. J’ai une seconde très grosse inquiétude : nous n’avons qu’un seul pilote automatique. En effet, nous n’avons pas eu les moyens financiers de le doubler par un autre pilote électrique ou par un régulateur d’allure, mécanique. Or, je viens de barrer le voilier durant une heure, comme je le fais à chaque quart pour garder la main et j’ai bien du constater la difficulté de tenir une trajectoire correcte au vent arrière avec trois houles différentes.

Au pire du pire, si l’électronique vient à faillir, il sera évidemment possible de s’en passer mais ce sera extrêmement fatiguant et cela transformera assurément cette traversée en galère.

Finalement, l’ordre des quarts de trois heures, est le suivant : « Olivier,Serge,Véronique ». Je n’ai pas voulu imposer à un adolescent de quinze ans la responsabilité de la surveillance de Fleur de Lys alors que tous, nous dormons. Comme prévu dans nos projets, il nous remplacera deux heures les après-midis.

Chacun d’entre nous est responsable de son réveil. Il est bien entendu qu’il n’est absolument pas admissible de relayer l’équipier précédent avec retard. Avec la fatigue et le stress d’une grande traversée cela plomberait très rapidement l’ambiance à bord.

Serge me succède. J’ai de la chance. Après près de trois heures de quart de nuit, seul, je suis épuisé et ai vraiment envie d’aller dans ma bannette. Mais, un quart d’heure avant que ce ne soit son tour, à chaque fois, je distingue dans la nuit la loupiote de sa cabine qui s’éclaire. Il est réveillé et va me remplacer dans quelques minutes. J’en ressens une douce reconnaissance.

Alors, je descends doucement dans le carré pour nous faire deux expresso que nous boirons ensemble sous la voute étoilée. Ambiance incroyable de solitude totale. Nous ne sommes qu’à quelques centaines de kilomètres des côtes. Mais nous sommes totalement livré à nous-mêmes. C’est la particularité de la vie en haute mer.

L’air est à près de trente degrés tandis que la mer atteint vingt-sept degrés. Il fait donc chaud. Nous avons un taud pour nous protéger du soleil que nous déployons au dessus du cockpit durant toute la journée. Nous l’enlevons la nuit pour profiter des étoiles. C’est magnifique ! Un peu inquiétant aussi.

Le second jour nous sommes dépassés par un gros catamaran toutes voiles dehors. Nous conversons quelques minutes à la radio. Son équipage, outre le skipper se compose entre autre d’un couple de bateau-stoppeurs Suisses dont nous avions fait connaissance aux Canaries.

Ils vont facilement trois nœuds plus vite que nous et sont bien secoués.

Quelques heures plus tard, incroyable ! Un petit voilier conçu au départ pour la course, un Pogo de huit mètres cinquante, nous dépasse également.

Son jeune équipage composé d’un frère et de sa sœur nous appelle sur la VHF. Ils souffrent un peu de solitude. Nous échangeons nos premières impressions et nous nous encourageons mutuellement. Ils se rendent également en Martinique. Nous nous donnons rendez-vous au port du Marin, dans deux grosses semaines. Petit à petit ils disparaissent à l’horizon. J’en ai les larmes aux yeux.

Leur voilier est fait pour le vent de travers. Ils ont donc choisi de tirer des bords de largue plutôt que, comme nous, faire du plein vent arrière.

Ils devront donc parcourir plus de milles mais iront beaucoup plus vite et leur allure semble ici plus confortable. Ils devraient arriver deux ou trois jours avant nous.

Nous ne le savons pas encore, mais ce seront les derniers signes de vie humaine que nous verrons avant deux semaines.

Notre radar de bord permet d’observer le trafic éventuel à plus de vingt nautiques autour du voilier… personne ! Absolument personne !

Nous suivons la route des Alizés. Ces vents d’Est en Ouest poussaient les navires de commerce du temps de la marine à voile. Mais à présent les armateurs ont choisi le pétrole comme mode de propulsion. Cela détruit notre environnement mais semble infiniment plus rentable. A moyen terme en tout cas.

Ces cargos prennent une route plus directe entre l’Europe et les Amériques. Nous trouvant plus bas que le Tropique du Cancer nous n’avons donc normalement aucune chance d’en croiser . Solitude.

Nous avons la chance de pêcher une magnifique daurade coryphène que nous allons manger trois jours durant. Ces magnifiques poissons pèsent souvent plus de cinq kilos. Ils sont délicieux et tellement magnifiques avec leur couleur bleue électrique que j’ai une peine presque insurmontable à les pêcher.

C’est au lever du jour ou au crépuscule que l’on peut tenter d’en ferrer une. En pleine journée nous n’avons à peu près aucune chance.

Les daurades se nourrissent de poissons volants que l’on verra , innombrables missiles volants, durant toute cette traversée. L’étrave de Fleur de Lys fend les flots en faisant jaillir ces jolies créatures en continu devant elle. Il doit y en avoir des milliers de millions.

Une fois la daurade  ferrée, tout l’équipage y compris les dormeurs est appelé sur le pont. Nous réduisons alors les voiles afin de diminuer le vitesse et ne pas risquer de casser la ligne . Dès que le voilier va moins vite nous commençons à la remonter en la tenant bien tendue. De temps en temps notre proie apparaît à la surface ou elle saute pour essayer de se libérer dans un vain effort. Je trouve que la pêche est cruelle. En dix minutes l’affaire est dans le sac. Ou plutôt le poisson est à bord. Il reste à le tuer avant de le découper, ce que nous accomplissons en lui injectant grâce à une seringue sans aiguille, du rhum dans les branchies. Dans ces conditions, comme il ne souffre pas, il ne se débat pas et donc ne se blesse pas, ce qui évite de répandre du sang sur le pont. Et puis il reste à en lever les filets ce que, évidemment, personne ne veut accomplir. En bonne équipière débrouillarde c’est Véronique qui doit à chaque fois s’y coller. Et ce n’est pas si facile à réaliser car pour ne pas tout salir elle doit accomplir cette corvée sur le roof tout en prenant garde  de se ne pas se voir propulsée à l’eau par les incessants mouvements de roulis induit par les difficiles conditions de mer que nous rencontrons. Mais quel délice! La daurade, pas Véronique !

Nous réalisons un repas chaud par jour que nous prenons en commun le soir. Serge a vécu en Italie et est très bon cuisinier. Il nous gratifie régulièrement de plats savoureux malgré la pauvreté des matières premières. A l’aide d’épices et de son talent Il est capable de préparer un festin à l’aide de quelques boites de conserves pourtant peu appétissantes au départ. Tous les matins Véronique pétrit le pain . Christophe se lève fin de matinée et travaille ses cours environ quatre heures durant. Il profite pleinement de la situation. Parfaitement dans son élément, il lit, dort et étudie. Puis il dort de nouveau. Il  ne rechigne pas à participer aux manœuvres lorsque le besoin s’en fait sentir. C’est un vrai bonheur de l’avoir à bord car il est toujours positif et souriant. Assis dans le cockpit pour étudier ses maths, il bénéficie de la classe avec la plus belle vue du monde. D’autant que souvent, des dauphins facétieux viennent faire un bout de chemin avec nous. Il n’est pas rare qu’ils restent plus d’une heure à l’étrave surfant sur notre modeste vague ou nageant à la poupe à nous observer. Très curieux, Ils sortent souvent la tête hors de l’eau pour mieux voir ce qui se passe à bord.

Nous aussi les observons. La nature est vraiment bien faite. Ces mammifères sont fantastiques d’agilité et de beauté. Nous ne nous lassons pas de ces rencontres.

Heures après heures, Fleur de Lys se glisse dans les flots. Nous avançons mais l’allure n’est pas du tout confortable. Nous roulons tellement que la lecture est pénible. De plus, la vitesse du vent n’est pas totalement constante. Régulièrement il diminue d’un ou deux beauforts durant plusieurs heures. Ce ne serait rien si la houle diminuait d’autant, mas malheureusement ce n’est pas du tout le cas et elle fait très durement souffrir le gréement qui n’est plus suffisamment appuyé par Eole. Nous sommes alors contraints de mettre plus de toile pour augmenter la portance à chaque diminution de vent et de réduire la voilure lorsque il augmente à nouveau. Nous effectuons ce genre de manœuvre plusieurs fois par jour ce qui demande un grand self contrôle pour ne pas piquer une crise de nerfs.

La nuit tombe. Par prudence nous prenons un ris supplémentaire. Nous enlevons le taud, allumons les feux de position ( à LED) et soupons tous ensemble. Comme nous avons réduit la toile, Fleur de Lys a ralenti d’un bon nœud, environ. Le chant de l’eau contre la coque a diminué en proportion. Le calme tombe sur nous au rythme de l’obscurité qui nous envahit. Angoisse… parfois.

C’est l’heure de l’observation des étoiles qui, comme du sel projeté, saupoudre l’éther. Nous comparons ce que nous voyons avec une carte du ciel emportée avant notre départ. Nous nous amusons à nommer ce que nous reconnaissons, nous rêvons et imaginons les marins de l’antiquité qui naviguaient  les yeux vers ce ciel. Nous sentons naitre une communion avec ces pionniers.

Le pire quart est celui de minuit à trois heures. L’équipier qui en est de corvée va se coucher dès la tombée de la nuit et tenter de dormir afin de relayer frais et dispos celui qui a la chance de terminer à minuit et profitera d’une nuit complète de sommeil avant de reprendre le relai à huit heures du matin. Nous allumons le radar pour faciliter la surveillance. Rien à cinq milles à la ronde ! Rien non plus à douze milles, et toujours rien à vingt-quatre milles. Nous sommes seuls. Nous le laissons en veille et le réactivons tous les quarts d’heures pour quelques minutes. Très consommateur d’électricité, nous évitons de le laisser en fonctionnement inutilement.

Il est trois heures, je remplace Véronique. Je verrai le soleil se lever juste avant la fin de mon quart. La nuit est étoilée mais, de temps en temps, un nuage totalement noir que je n’avais jamais vu auparavant, nous rattrape. Durant quelques minutes le vent est plus fort. Nous battons des records de vitesses trompant notre calculateur de position qui avance la date d’arrivée de plusieurs jours à ce rythme. Puis, une fois le phénomène passé le calme revient et notre électronique prévoit notre atterrissage à la date prévue initialement : déprimant, parfois. Le lecteur de carte est allumé dans le cockpit. Je vois que nous survolons des fonds à quatre-milles mètres. J’observe notre route. Nous effectuons presque une droite vers les Caraïbes au cap plein Ouest. La journée, le vent mettant un peu de Nord dans son Est, nous prenons quelques degrés vers le Sud, tandis que la nuit il vient un peu à l’Est-Sud-Est ce qui nous conduit à prendre une route très légèrement Ouest-Nord-Ouest. Un lent et léger zigzag.

Il est l’heure de réveiller Julien. C’est son tour. C’est un peu la corvée que d’aller le chercher car, étalé dans la cabine avant, il dort comme un bienheureux. Je sais que lorsque je vais l’appeler doucement il va hurler comme si je lui braquais une arme sur la tempe. C’est comme cela depuis qu’il est à bord. Julien se réveille toujours en sursaut. Et moi, à chaque fois je sursaute également alors que je m’y attends.

Nous avons embarqué Julien et Louise la veille de notre départ de Saint-Martin; dans les Caraïbes. Ils réalisent le même voyage que nous, mais sans avoir de voilier. Couple âgé de vingt sept ans tous les deux, ils sont adeptes du Bateau-stop.  Fin de journée j’entends toquer doucement contre notre coque. C’étaient eux qui venaient nous demander si nous rentrions en Europe et si nous acceptions de les embarquer. Pour eux comme pour  nous le voyage se termine. Pour notre bonheur nous avons accepté. Une vraie bonne décision car en plus de nous faciliter la tâche ils sont très sympathiques. Nous sommes cinq à bord. En plus des jeunes, Jan un ami, a embarqué début mai pour nous accompagner jusque aux Açores ou il prendra l’avion pour la Belgique. Christophe notre fils, est déjà rentré il y a quatre mois afin de présenter les examens de fin d’humanité.

Julien va me relever. ensuite ce sera le tour de Louise puis Véronique et enfin Jan. Je vais tenter de dormir alors que je suis impatient d’avoir les dernières prévisions météo. Malheureusement je ne suis pas capable de faire fonctionner « l’usine à gaz » que constitue l’assemblage de l’iridium et de l’ordinateur qui nous permet d’accéder à ces données. J’ai un peu de mal à m’endormir excité à la pensée que, peut être, le mauvais temps annoncé a changé de route et nous épargnera.

Le Grand voyage de Fleur de Lys

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